ACTIFS
- -
On proposera ici un raccourci de la Crise avec un grand C: les actifs (de la population) sont condamnés à l'inactivité par les actifs (toxiques) des banques et des autres organisations financières. Traduction et simplification: les excès de la spéculation ont détruit les emplois.
Jamais les actifs, terme réservé naguère aux experts, de la comptabilité pour les uns, pour les autres de la démographie, n'ont à ce degré tenu le devant de la scène. Il n'y en a plus, croirait-on, que pour les actifs. Pour sa "Négresse blonde", Georges Fourest en aurait rimé un pantoum à la manière de Baudelaire:
Voici venu le temps où pleurent les banquiers,
Comptant et recomptant le montant des actifs,
De devoir constater, en s'arrachant les tifs,
Qu'en à peine un seul jour ils se sont dépréciés.
Comment s'en débarrasser? aurait demandé Eugène Ionesco. Qu'on les cantonne, jette-t-on à ma droite. Qu'on les provisionne, lance-t-on à ma gauche. Mais chacun tergiverse, car c'est à une révolution culturelle que la conjoncture nous oblige. Mieux, à un saut structurel. Mieux encore, à un renversement dialectique. C'est qu'il faut transformer les actifs vérolés en passif sans, pour autant, contaminer les bilans. D'où un retour à l'idée, déjà utilisée pour le règlement de l'affaire du Crédit lyonnais, d'une "bad bank", selon les Anglo-saxons, ou d'une structure de défaisance, plutôt, ainsi que le prescrirait le galimembrouille, charabia propre aux technocrates de l'Hexagone, avec davantage d'élégance.
Si la conjoncture prêtait à sourire, on pourrait prendre plaisir à la notion de défaisance elle-même. On rêverait d'une effeuilleuse qui se défait de sa lingerie, ou de jolie-jolies qui se défont de leur fourrure en arrivant chez leur coquin. La défaisance, on le soulignera avec plus de sérieux, repose sur la théorie que les actifs dont on veut se défaire d'urgence conservent, aussi toxiques ou pourris soient-ils, une valeur - ou qu'ils retrouveront un peu de leur valeur, peut-être, avec les années. Peut-être... un peu... bref, ce qu'on avait acquis à 100 et valorisé à 200 sera liquidé, longtemps après, à 10, voire à 15... sauf si l'on n'a que des zéros pointés à porter dans la colonne des crédits. Si le pire n'est pas toujours sûr, on est en droit, ces jours-ci, de lui affecter - jargonnons un brin - un coefficient de probabilité élevé. Mais en réalité, la défaisance part du postulat, dissimulé au peuple, que les débours des uns pour cause d'actifs dévalués - les banques et consorts - seront rembourses par les autres - les contribuables. On réhabilitera donc l'impôt comme le PS le réclamait à cor et à cri.
En France et ailleurs, les administrateurs des Finances publiques ne brillent pas par leur imagination, ni leur faculté d'innovation. On va recourir aux remèdes d'antan, défaisance ou pas, et remettre au goût du jour les recettes de Grand-papa. Au nom du sens commun, on prétendra que c'est dans les vieux pots que l'on cuit la bonne soupe et dans le vieux velours que l'on taille les belles culottes. Pour le sauvetage, indispensable, du système financier, on en reviendra dare-dare aux classiques du capitalisme: on privatisait les profits, on va nationaliser les pertes. Lénine, au secours! Ils ne sont pas fous! Sans même parler du risque d'inflation que les politiques, au nom d'une relance non moins indispensable, ont accepté le cœur léger. Sans non plus aborder les déficits qui se creusent, avec, affirme-t-on de toutes parts, l'approbation posthume d'un Keynes en peine de protester. Et le pouvoir d'achat moyen sera in fine amputé deux fois, par la hausse des prix, jamais compensée malgré l'indexation, et par la progression de la fiscalité. Des classiques, on le disait.
Dernière minute: aux États-Unis, on n'évoque plus les actifs toxiques ("toxic assets"), remplacés derechef par les "troubled assets". Quelle pudeur! Comment traduire: des actifs à problèmes, des actifs de m... ou des actifs en folie?
Marc Menonville
crédit:Reuters, chute du Down Jones à New York après l'annonce de l'administration Obama d'un plan pour purger les actifs toxiques.
Mis à jour le 07/05/2009 à 17h47












































Assez lucide notre auteur, je suis bien d'accord avec lui, je rajouterais , "business as usual":
En finance principe de base il faut gagner quand tout le monde gagne et perdre avec les autres. C'est trés moutonniers, ainsi tout le monde est bon ou nul en même temps, ainsi l'honneur est toujours sauf.
Ce qui est l'esentiel pour l'image de la profession. Biensur il y a toujours un Madoff et là on est intransigeant. On peut perdre des milliards en consensus, mais pas se faire voler, il y a quand même des règles....
L'autre avantage de perdre tous en même temps ( je parle des Europeens et des Américains) c'est que globalement on est toujours aussi riche les uns par rapport aux autres enfin nous les occidentaux; par contre c'est une sorte de dévaluation globale au dépens des prêteurs (la Chine + Middle east) qui se prépare et là tant pis pour eux, c'est la vie.
Nos bons banquiers londoniens leur expliqueront demain encore que le meilleur placement sera de continuer a soutenir nos monnaies s'ils ne veulent pas tout perdre. Pas de soucis ce ne seront pas nos enfants qui paieront la dette. Mais les autres....