France

Combien de femmes portent des prothèses mammaires en France?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 23.12.2011 à 14 h 02

On ne sait pas vraiment.

Un laboratoire à Rio, au Brésil, le 27 mars 2003, 	REUTERS/Sergio Moraes

Un laboratoire à Rio, au Brésil, le 27 mars 2003, REUTERS/Sergio Moraes

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Les autorités sanitaires ont demandé ce vendredi 23 décembre aux 30.000 femmes porteuses de prothèses en silicone fabriquées par la société Poly Implant Prothèse (PIP) de se les faire enlever. «A titre préventif et sans caractère d’urgence», le ministre de la Santé Xavier Bertrand et la secrétaire d'Etat à la Santé Nora Berra «souhaitent que l'explantation des prothèses, même sans signe clinique de détérioration de l'implant, soit proposée aux femmes concernées», indique le ministère dans un communiqué. Si rien ne permet pour l’instant d’établir un lien entre ces prothèses et risque accru de cancer, cette décision fait suite à la signalisation de huit cas de cancer chez des patientes, dont une qui en est morte. Combien de femmes portent des prothèses mammaires en France?

Environ 500.000 selon l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), ce qui voudrait dire que 6% des porteuses d’implants mammaires françaises ont des prothèses PIP, et doivent se les faire enlever. Mais il ne s’agit là que d’une estimation. Il n’y a en fait aucun fichier recensant toutes les porteuses d’implant mammaire, que ce soit à la Direction générale de la Santé ou à l’Afssaps.

La Société française de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique (SOF.CPRE) travaille actuellement à la mise au point d’un registre national sur lequel les professionnels de la santé pourront eux-mêmes rentrer les données (date d’implantation, type de prothèse, etc.) des opérations qu’ils réalisent. Comme pour tout fichier contenant des données personnelles, un tel registre pourrait poser des problèmes de vie privée à certaines patientes.

Additions

En attendant, le seul moyen d’obtenir une estimation est d’additionner les chiffres de ventes des différents fabricants, ou de faire le calcul à partir des données des différents chirurgiens par région et des marchés hospitaliers. Selon les estimations, les femmes porteuses de prothèses de reconstruction après un cancer du sein représentent de 12% à 25% de l’ensemble des porteuses d’implant mammaire, le reste étant des opérations purement esthétiques. Le chiffre le plus couramment accepté est une proportion de 20%-80%.

Il faut ici distinguer le nombre de prothèses et le nombre de porteuses de prothèses: les femmes qui ont subi une chirurgie réparatrice à la suite d'un cancer du sein n’ont en général qu’un implant, tandis que celles qui ont demandé des prothèses pour raisons purement esthétiques en ont deux. En termes de prothèses mammaires à l’unité, le rapport est donc plus proche de 13%-87%.

On sait qu’autour de 60.000 prothèses sont vendues en France chaque année, tandis qu’il y a autour de 30.000 opérations de pose. Cela correspond à peu près à la proportion de 80% de prothèses purement esthétiques. Mais il faut ensuite tenir compte des remplacements et des décès, d’où la difficulté d’estimer le nombre de prothèses à un instant «t».

Plus de remplacements, moins de nouvelles prothèses l'année prochaine

Une chose est sûre: le nombre d’opérations et de prothèses vendues va augmenter l’année prochaine avec le remplacement des 30.000 prothèses PIP. Cela n’augmentera pas le nombre de porteuses de prothèse, d’autant plus que l’on devrait assister à une baisse des nouvelles porteuses à la suite de la mauvaise publicité faite par l’affaire PIP. Un phénomène que l’on a déjà observé dans les années 1990, quand les implants en silicone avaient fait l’objet de polémiques.

Les prothèses en silicone ont d’ailleurs été interdites en 1992 aux Etats-Unis et de 1995 à 2001 en France, période où seuls les implants contenant du sérum physiologique étaient autorisés. A la suite de nombreuses expertises, et aux progrès en termes de qualité du gel et de solidité des enveloppes, la silicone a été réhabilitée par l’Afssaps en 2001, et représente aujourd’hui l’écrasante majorité des implants vendus.

Les prothèses mammaires sont apparues dans les années 1950, mais se sont véritablement popularisées dans les années 1970 et 1980 en occident. En 1996, on estimait le nombre de femmes porteuses d’implants à entre 100.000 et 200.000 en France. Depuis 20 ans, les ventes unitaires de prothèses augmentent de 5% à 15% par an, avec un bond de 53% en 2001 après le changement de législation. En 2005, le docteur François Petit avait mené une étude sur le marché des prothèses en France à partir des chiffres des fabricants. Tous avaient coopéré… sauf Poly Implant Prothèse.

Augmentation de volume

En France, le marché est dominé par une petite dizaine d’entreprises, dont trois françaises. Les firmes françaises exportent une bonne partie de leur production (à l’image de PIP dont seulement 10% des prothèses sont en France), vers le reste de l’Europe et l’Amérique du Sud surtout, mais pas les Etats-Unis, où le marché est dominé par les entreprises américaines. Seulement deux entreprises (toutes deux américaines) produisent le silicone utilisé par les fabricants, ce qui ne favorise pas la baisse des prix.

Les poses d’implant mammaire après une mastectomie sont remboursées par l’assurance maladie, et coûtent de 0 à 1.500 euros pour la patiente en fonction de sa mutuelle. La chirurgie pour raison esthétique n’est elle pas remboursée, et le coût moyen d’une pose, qui inclut les honoraires du chirurgien, de son aide opératoire et de l’anesthésiste, la chambre et les prothèses (de 400 à 700 euros l’unité la paire), est de 4.000 euros. Un prix qui peut aller jusqu’à 7.000 voire 8.000 euros dans un établissement privé à Paris.

La taille des prothèses vendues augmente aussi de manière régulière: il y a 20 ans, les implants tournaient autour de 170 centimètres cube de volume, tandis que les prothèses vendues aujourd’hui font généralement autour de 300 centimètres cube, soit l’équivalent d’une petite orange sanguine, et font augmenter la poitrine des patientes d’une taille ou deux.

Si l’estimation du nombre de prothèses mammaires en France est difficile, elle l’est encore plus à l’échelle mondiale, et varie du simple au double. La Food and drug administration (FDA), l’organe de contrôle sanitaire américain, estime qu’il y a entre 5 et 10 millions de femmes porteuses d’implants mammaires dans le monde. Le Danemark est un des seuls pays au monde à avoir un registre central des prothèses mammaires.

Grégoire Fleurot

L’explication remercie les docteurs Alfred Fitoussi et François Petit, chirurgiens plasticiens, les laboratoires Sebbin et l’Afssaps.

Article mis à jour le 23 décembre avec la recommandation gouvernementale.

Grégoire Fleurot
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Journaliste
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