Life

Avec la Timeline, Facebook vous redonne la main sur votre passé

Farhad Manjoo, mis à jour le 21.12.2011 à 19 h 48

Le réseau social met en place une fonctionnalité tout à fait antisociale mais hautement appréciable: gommer votre passé devient un jeu d'enfant.

Mark Zuckerberg présente la Timeline, en septembre 2011. REUTERS/Robert Galbraith

Mark Zuckerberg présente la Timeline, en septembre 2011. REUTERS/Robert Galbraith

La beauté n'est pas vraiment un mot que l'on associe normalement aux modifications de Facebook. Quand le réseau social sort une nouveauté –hé, regardez, Facebook va dire à vos amis tout ce que vous écoutez sur Spotify!– on cherche en général à éviter la honte ou les ennuis, au mieux.

Mais avec la Timeline (ou «Journal»), le nouveau profil que le site a mis en service mi-décembre, on peut vraiment et réellement parler de beauté. Avec la Timeline, tout ce que vous postez sur Facebook est organisé de manière claire et précise et c'est comme si votre existence sur le réseau social prenait des airs de magazine sur papier glacé.

La chose est aussi plutôt intelligente. Grâce à la Timeline, vous avez plein de manières de contrôler ce qui apparaît sur votre page, mais elle a aussi réussi automatiquement à trouver et à mettre en valeur les événements les plus significatifs de ma vie (mon mariage, par exemple).

Tout tout tout tout

Mais le plus important avec la Timeline, c'est son exhaustivité. Elle collecte et chronique tout ce que vous avez pu poster sur Facebook. Un réflexe saugrenu au moment de l'élection de Barack Obama? Votre passion pour le balloon-boy et vos nombreux statuts correspondants? Ce rêve bizarre que vous avez fait au printemps 2010? Auparavant, tous ces trucs –toutes vos interventions sur Facebook, comme sur n'importe quel réseau social– disparaissaient rapidement dès qu'ils quittaient la première page de votre profil. Mais aujourd'hui, tout est là, et votre réseau a la possibilité de naviguer à travers tout votre historique.

On pourrait y voir un cauchemar, surtout si, comme certains utilisateurs de Facebook, la mémoire à court terme du site était synonyme de protection de votre vie privée. Mais aujourd'hui, Facebook a décidé d'un coup d'un seul de faire voler en éclat tous les murs de vos placards et de faire sortir tous les squelettes qui s'y cachaient.

En même temps, prendre les amnésies de Facebook pour un pudique paravent a toujours été une erreur. Le seul moyen fiable que vous aviez d'effacer des trucs de Facebook était de les supprimer manuellement. Le bonheur, c'est que Facebook vous permet aujourd'hui de le faire, grâce à l'Activity Log (ou Historique personnel) qui est peut-être la fonctionnalité la plus révolutionnaire que Facebook a mis en place depuis l'arrivée du Fil d'actualités.

L'Historique personnel liste chronologiquement la moindre chose que vous avez fait sur le site –tous vos ajouts d'amis, tous vos statuts, toutes vos photos, tout, absolument tout. (Ne vous en faites pas, vous êtes le seul à y avoir accès, Mark Zuckerberg n'est pas si fou que ça). A côté de chaque élément, un menu déroulant vous propose deux options cruciales: cacher ou supprimer...

Vous avez aussi la possibilité de changer vos critères de confidentialité pour chaque post. En d'autres termes et pour la première fois de son histoire, Facebook vous permet d'éditer facilement votre passé.

Pourquoi Facebook fait-il cela –quel intérêt a-t-il de vous donner autant de contrôle sur votre historique? Par le passé, Facebook avait peut-être révélé la Timeline sans mentionner aucun paramètre de confidentialité précis; depuis le début, le site a toujours modifié son interface d'abord, pour ensuite s'excuser de la gêne occasionnée.

Mais Facebook a souvent dû faire les frais de polémiques autour de sa gestion de la vie privée, et maintenant que le gouvernement surveille ses moindres faits et gestes, l'entreprise doit être beaucoup plus prudente avec ses nouveaux produits –voilà pourquoi nous avons tous aujourd'hui l’opportunité de policer nos profils.

Le pouvoir est à portée de votre clic

Je vous conseille de profiter tout de suite de cet extraordinaire et nouveau pouvoir. Quand vous aurez la Timeline –vous pouvez l'activer tout de suite ou simplement attendre que Facebook vous la propose ce qui, dans tous les cas, est pour bientôt– vous devriez prendre quelques minutes pour gérer l'apparence de votre profil, puis passer encore davantage de temps dans votre historique pour déterminer ce que vous souhaitez voir apparaître et ce que vous voulez cacher.

Du moment que votre profil Facebook est public, votre Timeline vous sert fondamentalement de vitrine personnelle sur le Web (ici, Facebook vous explique comment gérer les paramètres de confidentialité de votre Timeline; ce nouveau profil me donne l'impression d'être plus maniable, mais –vu que c'est toujours Facebook– ce n'est pas non plus super évident de savoir qui a accès à quoi).

C'est cette page que consulteront de potentiels employeurs, de potentiels amoureux, ceux qui auront votre dossier d'admission à l'université entre les mains, ou encore tous ces gens du lycée dont vous n'aviez pas grand-chose à faire... lorsqu'ils vous chercheront sur Internet. Si la manière dont le monde vous perçoit vous importe, vous devriez vous mettre à tripatouiller votre Timeline dès que possible.

Ce que j'adore dans la Timeline, c'est qu'elle est honnête avec votre passé –finie l'illusion voulant que les choses postées sur Facebook aient disparu pour toujours. Les trucs que vous avez postés sur le Web ne sont peut-être pas faciles à trouver, mais c'est idiot de croire qu'ils ne sont pas là. Facebook, Twitter, Google, et de nombreuses entreprises bien plus douteuses sont constamment en train de battre le Web à la recherche d'informations. Vous avez toutes les raisons de penser que la moindre miette laissée un jour en ligne a déjà été aspirée par l'un de leurs serveurs.

A vos marques, triez!

Plusieurs fois par semaine, j'entends des histoires horribles venant de lecteurs dont la vie été ruinée à cause de trucs qu'ils avaient partagés en ligne. Des tweets politiques lâchés il y a des années pourraient remonter à la surface, sortis de leur contexte, lors d'une requête sur un moteur de recherche et faire un carnage auprès de votre nouvelle petite copine. Cette photo que votre ancien collègue de bureau avait prise de vous en 2008, lors d'un pot de fin d'année, révèle un peu trop votre esprit de Noël  –et c'est la première qui sort lorsqu'on tape votre nom dans Google Images. Et quant à cette ribambelle de statuts célébrant vos chansons préférées de Maroon 5 –vous avez vraiment envie que vos enfants voient ça?

Non, évidemment. Ce week-end, en remontant ma Timeline, j'ai trouvé de nombreuses choses que j'aurais préféré oublier –quelques images prises à mon mariage que je n'aime pas, deux ou trois photos embarrassantes de moi au lycée, postées par quelqu'un d'autre. Grâce à la Timeline et à l'historique personnel, j'ai été content de pouvoir les expédier directement dans la stratosphère. Si vos photos sont ne serait-ce qu'à moitié aussi fâcheuses que les miennes, je vous suggère d'aller y faire un tour. 

Farhad Manjoo 

Traduit par Peggy Sastre

Farhad Manjoo
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