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Grand Dirigeant, Cher Dirigeant: qui décide du surnom des dictateurs de Corée du Nord?

Will Oremus, mis à jour le 21.12.2011 à 11 h 03

Comment va pouvoir s'appeler Kim Jong-un?

Kim Jong-un devant la dépouille de son père Kim Jong-il, le 21 décembre 2011 à Pyongyang. REUTERS/KRT via REUTERS TV

Kim Jong-un devant la dépouille de son père Kim Jong-il, le 21 décembre 2011 à Pyongyang. REUTERS/KRT via REUTERS TV

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Pour les Coréens du Nord, Kim Il-sung était connu sous le nom de «Grand Dirigeant». Son fils et successeur, Kim Jong-il était le «Cher Dirigeant». Son successeur, Kim Jong-un sera-t-il un Grand Dirigeant, un Cher Dirigeant ou encore autre chose? Qui est donc chargé de décider du surnom des dictateurs nord-coréens?

C’est le département de la Propagande et de l’Agitation. Comme dans d’autres régimes staliniens, la propagande est une affaire sérieuse en Corée du Nord. Les services de propagande du pays, modelés selon les mêmes principes que l’Agence soviétique du même nom et qui a donné naissance au terme d’agit-prop, a pour tâche de diffuser des slogans, œuvres d’art, films et aux reportages visant à renforcer le régime.

Lorsque le besoin se fait sentir de mettre en avant une nouvelle personnalité, comme un nouveau dirigeant ou un héritier désigné, ce sont eux qui sont chargés de lui trouver un surnom.

Il est difficile de déterminer avec précision le moment où Kim Il-sung, le dictateur qui s’empara du pouvoir en Corée du Nord soutenue par l’Union soviétique à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, fut surnommé le Grand Dirigeant. Certains récits lui attribuent cette épithète grandiose dès 1949. D’autres affirment que le terme ne fut véritablement répandu qu’à partir des années 1960, lorsque la rupture entre les Chinois et les Soviétiques le contraignirent à s’éloigner de ces derniers et à remodeler la Corée du Nord à son image.

Plus ou moins exalté

Son fils est, sans doute, celui qui a le plus œuvré en ce sens. Sans doute soucieux de se présenter comme un successeur digne de ce nom, Kim Jong-il a joué un rôle de tout premier plan dans la machine de propagande de son père et fut un des principaux architectes de son iconographie.

S’il n’a pas été l’inventeur du terme de «Grand Dirigeant», il l’a promu sans relâche. Dès le début des années 1980, Kim Jong-il était devenu un des principaux chefs du parti et l’héritier naturel de son père. Il fut ainsi affublé du surnom de «Cher Dirigeant», que l’on pourrait aussi traduire par «Dirigeant Bien-Aimé», dès 1982, alors que son père était encore le Grand Dirigeant.

Ces titres de «Grand Dirigeant» et de «Cher Dirigeant» peuvent laisser croire que tout dictateur nord-coréen pourrait se voir affublé d’un surnom attachant un adjectif au terme de dirigeant.

Mais les traduction peuvent être trompeuses: les surnoms de Kim Il-sung et de Kim Jong-il sont composés de manière tout à fait différentes et le premier est de loin le plus exalté. En coréen, le surnom de Kim Il-sung est un seul mot, suryong, tandis que celui de Kim Jong-il est un groupe nominal, chinaehaneun jidoja.

Qu’en est-il de Kim Jong-un, le plus jeune fils du défunt? En 2009, le mécanisme de sa succession fut enclenché et il reçut le titre de «Brillant Camarade». Son accession vers le pouvoir sembla scellé lorsqu’il fut ensuite surnommé «Cher Jeune Général». Et dès la nouvelle de la mort de son père connue, les médias officiels le surnommèrent immédiatement «Grand Successeur». Kim Jong-un, la vingtaine, n’ayant pas accompli grand-chose, son surnom met ainsi l’accent sur un trait censé renforcer sa légitimité: son ascendance.

Ce nouveau dirigeant gardera-t-il ce surnom? Tout dépendra de la suite des événements. S’il devait conserver le pouvoir durant de très nombreuses années, il est probable qu’il finisse par devenir un genre de «Dirigeant» à part entière.

Will Oremus

Traduit par Antoine Bourguilleau

L’explication remercie David Kang de l’Institut d’études coréennes de l’université de Californie du Sud; Han S. Park du Centre d’études des Questions globales de l’université de Georgie; et Clark Sorensen de l’Ecole Jackson d’Etudes internationales de l’université de Washington.

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