Monde

L'héritage atomique de Kim Jong-il

Felix de Montety, mis à jour le 19.12.2011 à 9 h 49

Sur le plan interne, le nouveau chef de l’État nord-coréen comptera sans doute toujours sur le programme nucléaire national pour mettre en scène son prestige national. Dans les relations qu’il établira sur le plan international, comment pourra-t-il tirer parti de la menace de la bombe?

Un opposant nord-coréen brandit le journal annonçant la mort de Kim Jong-il, à Séoul le 19 décembre 2011. REUTERS/Lee Jae-Won

Un opposant nord-coréen brandit le journal annonçant la mort de Kim Jong-il, à Séoul le 19 décembre 2011. REUTERS/Lee Jae-Won

Le dirigeant autoritaire nord-coréen Kim Jong-il serait décédé le 17 décembre dans son train personnel, a-t-on appris ce lundi de sources médiatiques nord-coréennes (ce 19 décembre au matin, aucun communiqué n’avait été publié sur le site officiel anglophone du pays).

Les États-Unis ont réagi à cette nouvelle avec prudence, affirmant «surveiller de près» les informations sur sa mort.

D’autres sont moins prudents, et voient déjà à la tête du pays son fils Kim Jong-un, comme l’avait par exemple imaginé le scénario élaboré par les médias sud-coréens il y a un an à la suite de son apparition publique aux côtés de son père lors d’une parade militaire.

Pourtant, ce n’est peut-être pas le scénario qu’avaient souhaité les autorités du pays. Au contraire, Kim Jong-il souhaitait passer la main à son fils de son vivant, en 2012, à l’occasion du 100e anniversaire de naissance de Kim Il-Sung, père du premier et fondateur de la Corée du Nord.

Faire avec l'armée

Il voulait certainement éviter à son successeur les luttes internes qu’il avait lui-même rencontrées en 1994 à la mort de son père.

Même dans un État autoritaire, la concurrence politique interne oppose différentes tendances, et pourrait prochainement mettre à mal l’assise du régime. L’armée jouera sans doute un rôle clé dans ce processus.

Si Kim Jong-un est un dignitaire de la commission militaire centrale du Parti des travailleurs de Corée, il n’a pas vraiment d’expérience dans l’armée, et il lui faudra convaincre ses dirigeants que la lignée des Kim doit rester en place.

Si les tensions internes devaient se développer, ce serait loin du peuple, certainement trop conditionné pour initier un «printemps coréen», et plutôt dans les cercles proches du président, mais le soutien de l’armée assurerait sans doute une transition plus aisée à Kim Jong-un.   

La majorité des gouvernements occidentaux attendent donc désormais les signes d’une évolution, mais les services sud-coréens, «en état d’alerte», n’ont remarqué aucune activité anormale de l’armée nord-coréenne ces dernières heures.

La Corée du Nord est en effet considérée aujourd’hui comme un État disposant d’armes de destruction massive, notamment d’un arsenal nucléaire. Le souhait du régime nord-coréen de se doter de l’arme nucléaire date des années 1950, Kim Il-Sung ayant été impressionné depuis 1945 par la puissance sur les plans technique et militaire, mais surtout politique et psychologique, des bombes d’Hiroshima et Nagasaki.

Assez de plutonium

La Corée du Nord possède certainement aujourd’hui assez de plutonium pour fabriquer une voire plusieurs bombes, mais elle n’en a peut-être pas la capacité.

Le 9 octobre 2006, le gouvernement de Pyongyang affirmait avoir procédé à un test nucléaire souterrain sur son sol, ce que corroborait des relevés sismiques effectués alors.

La poursuite d’essais en 2009 a montré que les bombes testées jusqu’alors ne sont pas d’une puissance comparable à celles dont disposent les autres puissances nucléaires, ni même à celle d’Hiroshima. Elle a poussé le conseil de sécurité des Nations unies à voter la résolution 1874, qui condamne la poursuite du programme nucléaire nord-coréen.

Depuis 2008, l’Agence internationale de l’énergie atomique ne peut plus mener d’inspections sur le territoire nord-coréen.

Sur le plan interne, le nouveau chef de l’État nord-coréen comptera sans doute toujours sur le programme nucléaire national pour mettre en scène son prestige national. Dans les relations qu’il établira sur le plan international, comment pourra-t-il tirer parti de la menace de la bombe?

Ce programme nucléaire a d’abord une valeur diplomatique, qui permet au régime de continuer à faire peur à Séoul, Washington, Paris ou Moscou.

Aujourd’hui, c’est peut-être face à la Chine que la Corée du Nord veut jouer la carte de la dissuasion nucléaire. Alors que l’influence régionale de Pékin se développe, les autorités chinoises s’inquiètent  de la politique nucléaire nord-coréenne à leurs frontières. Aussi sont-elles un élément moteur dans les négociations internationales autour du désarmement nord-coréen.

En septembre dernier, Pékin n’avait pas réussi à relancer le dialogue, mais le nouveau régime nord-coréen devra prochainement mettre en scène son renouveau tout en composant avec des caisses vides, et des famines récurrentes, et pourrait accepter d’infléchir sa position en échange d’aide alimentaire. On sera alors très loin de l’illusion d’un «printemps coréen»...

Felix de Montety

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