Le plan de victoire d'Obama

Les conseillers de campagne du président exposent les grandes lignes de leur stratégie de réélection. Ce n'est pas glorieux.

Barack Obama à Chicago, le 3 août 2011. REUTERS/Jim Young

- Barack Obama à Chicago, le 3 août 2011. REUTERS/Jim Young -

Les directeurs de campagne du Président Obama ont organisé la semaine dernière une conférence de presse réservée aux journalistes américains à Washington, DC, une tentative précoce visant à persuader les médias qu'une victoire est possible et même probable. L'inévitable présentation PowerPoint a laissé l'impression d'une armée en plein essor et aux options nombreuses.

Les diapos mentionnaient 1 million de conversations avec des électeurs, 90.000 meetings et 45% de nouveaux donateurs qui n'étaient pas là en 2008. Un écran rempli de cartes montrait qu'Obama pouvait remporter cette élection de cinq manières différentes, soit via une «trajectoire de l'ouest» où il gagnerait des États comme le Colorado, le Nevada et le Nouveau Mexique, soit par la «trajectoire de la Floride».

Le message général, c'est que l'équipe d'Obama a échafaudé quelque chose de suffisamment solide pour contrer le déluge de mauvais chiffres et de tendances historiques qui sont en train de jouer contre le président: un chômage élevé, un taux d'opinions favorables descendu de 7 points sous la barre fatidique des 50% et une grande majorité d'électeurs pensant que le pays se dirige dans la mauvaise direction.

Un sondage USA Today/Gallup portant sur les Etats capables de faire basculer l'élection montre que les républicains sont plus enthousiastes que les démocrates. Les chiffres du président y sont plus mauvais que dans le reste du pays. Dans ces États, les républicains Romney comme Gingrich devancent Obama.

Le candidat républicain importe peu

Dans l'équipe de campagne d'Obama, évidemment, ils avaient leurs propres chiffres montrant que le président s'en sortait bien mieux. Ils ont pinaillé sur les résultats d'USA Today/Gallup et ont même poussé un journaliste à dire en rigolant que Susan Page d'USA Today, qui était à ce moment-là en train de taper sur le clavier de son portable, allait devoir prendre 30 secondes pour répondre.

Le second objectif de cette présentation consistait à nous convaincre que la bataille pour l'investiture républicaine était devenue extrêmement moche. Il a beaucoup été question du candidat qui allait se retrouver contre le locataire de la Maison-Blanche. Lors de la conférence, les conseillers d'Obama s'en sont autant pris à Gingrich qu'à Romney, même si la description faite par David Axelrod du premier a été la plus savoureuse.

«Rappelez-vous que plus un singe arrive en haut d'un poteau, a déclaré Axelrod en citant une expression empruntée à un conseiller municipal de Chicago, plus vous pouvez voir son arrière-train. Donc voilà, l'ancien président de la chambre des représentants est aujourd'hui très haut sur le poteau, reste à savoir ce que les gens pensent de la vue

Au final, selon les hommes du président, le nom du candidat du GOP importe peu puisque la primaire républicaine est une bataille encore plus extrême et qui se joue aux confins du Tea Party. «Ils hypothèquent leurs propres chances de victoire finale en louvoyant comme ils le font», a déclaré Axelrod, citant le durcissement des positions contre les immigrés illégaux, qui nuiront aux électeurs hispaniques, et le combat pour soutenir un projet budgétaire de Paul Ryan, qui modifie radicalement la nature du Medicare (Assurance santé).

Les candidats ont toujours fait appel à leurs bases partisanes lors des primaires pour réussir ensuite à courtiser des électeurs idéologiquement plus modérés lors de l'élection générale, mais cette fois-ci, a bien insisté l'équipe d'Obama, le mouvement est irrévocable –impossible de faire marche-arrière. Ils semblent croire qu'en arrivant à délégitimer la course à l'investiture républicaine, son gagnant ne pourra rien tirer de son succès.

Selon eux, le message que le président portera jusqu'à la victoire est celui qu'il a exposé la semaine dernière, lorsqu'il était au Kansas. A ce moment-là, Obama en a appelé à un effort commun visant à restaurer la grandeur nationale fondée sur l'idée que tout un chacun a le droit à une part équitable du rêve américain.

Mais cela doit vous dire quelque chose, non? C'est parce que le président n'a pas cessé de nous rejouer cette scène. Rien que cette année, le nouvel Obama s'est fait connaître en septembre, lors de son discours sur l'emploi, en avril, quand il s'opposait à Paul Ryan et en janvier, dans son Discours sur l'état de l'Union.

En décembre 2010, le président avait déclaré que l'Amérique était face à un «moment Spoutnik». La semaine dernière, le président a vu dans Teddy Roosevelt sa pierre de touche historique et a placé la barre tout aussi haut en déclarant que les Américains étaient arrivés à un moment où «ça passe ou ça casse».

L'équipe d'Obama a bien précisé que le message n'était pas nouveau. Axelrod a fait référence aux premiers faits d'armes d'Obama, lorsqu'il était venu en aide aux ouvriers déplacés après la fermeture de leurs aciéries, aux discours prononcés par le président en 2004 et 2005, et pendant la campagne de 2008. Mais c'est aussi ce qui rend les promesses actuelles si routinières.

Une campagne relativement difficile

Après chacun de ces discours, on nous avait affirmé que le président était enfin descendu dans l'arène, que sa position allait se renforcer vu qu'il avait abandonné les tentatives d'accords bipartites. «Nous étions dans une position où les concessions législatives étaient nécessaires. Mais cette phase est derrière nous», avait déclaré Dan Pfeiffer, son directeur de la communication en... septembre.

Si on en croit cette présentation, la campagne s'annonce relativement difficile. Quand un journaliste a demandé à Axelrod s'il y avait encore des vestiges d'espoir restant de la campagne de 2008, il a répondu que l'accent porté aujourd'hui sur l'équité était du même acabit: «C'est une vision optimiste d'un avenir généreux et prospère.»

Mais on a du mal à comprendre comment les électeurs arriveront à y voir la moindre once d'espoir. Les sondages montrent que la population n'a jamais eu une opinion aussi défavorable du gouvernement. Les gens ont déjà entendu les promesses du Président Obama.

Vont-ils être plus réceptifs à son message disant qu'il arrivera à transformer Washington et à en faire quelque chose qui leur soit plus avantageux alors qu'il a fait chou blanc pendant quatre ans? C'est entièrement la faute aux types d'en face, diront les conseillers du président.

Peut-être, mais même s'il est réélu, cela ne fera pas changer les types d'en face. Pas forcément, selon Axelrod. Avec sa réélection, Obama libérera les républicains en leur montrant combien l'entente avec le Tea Party était une folie. Et quand Obama les aura libérés, ils se rallieront à lui pour s'occuper ensemble des réels problèmes de l'Amérique.

Cela semble un peu tiré par les cheveux, surtout si l'équipe de campagne d’Obama arrive effectivement à affaiblir son rival tant et si bien que les républicains imputeront leur défaite à un simple mauvais choix de candidat et pas à un défaut majeur dans la ligne de leur parti.

John Dickerson 

Traduit par Peggy Sastre

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L'AUTEUR
John Dickerson est le chef du service politique de Slate.com et l'auteur de «On Her Trail». Vous pouvez le contacter à slatepolitics @ gmail.com. Ses articles
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Publié le 20/12/2011
Mis à jour le 20/12/2011 à 6h47
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