AAA, la dégradation qui vient
La perte annoncée par la France de son AAA n’est plus une affaire d’Etat. Nicolas Sarkozy et ses ministres en réduisent la portée. Ou quand le thermomètre redevient accessoire...
- A Quiberon, le 16 décembre 2011.REUTERS/Stephane Mahe -
Changement de ton au gouvernement, après la volte-face de Nicolas Sarkozy sur la dégradation de la France par les agences de notation. On avait compris que le maintien de la note maximale du AAA constituait pour le président de la République un objectif majeur, au moins jusqu’à l’élection présidentielle, afin de pouvoir se présenter devant les Français fort d’un bilan économique qui aurait été jugé crédible par ces mêmes agences.
Pas sûr que les Français auraient apprécié que des agences privées soient prises comme juges arbitres des efforts demandés dans le cadre d’une politique d’austérité. Toutefois, Nicolas Sarkozy, ainsi légitimé dans sa politique, aurait pu marquer son action du seul sceau de l’efficacité et du courage politique à l’approche d’un grand rendez-vous électoral.
Quand le malade oublie le thermomètre…
Mais coup de tonnerre: le triple A français ne devrait pas tenir jusque là. Il faut donc banaliser l’information à venir, désamorcer le pétard qui sera lancé sur les marchés financiers pour que l’onde de choc épargne l’image du futur candidat. Le nouvel axe de communication se dessine dans les propos de Nicolas Sarkozy:
«Ce qui compte avant tout, c'est la crédibilité de notre politique économique et notre stratégie déterminée de réduction de nos dépenses».
Fini, le triple A; seule compte la conviction d’avoir raison.
Alors que toute la classe politique avait les yeux rivés sur le thermomètre, il devient soudain accessoire. Il faut, pour le gouvernement, préparer l’opinion. Et signifier que la France n’est touchée que comme élément de la zone euro, pour ne pas braquer le projecteur sur sa propre politique. En attendant, l’abaissement de la note de la dette souveraine de la France est pour bientôt, si on en juge par l’empressement des membres du gouvernement à en banaliser l’importance.
Ainsi, derrière Nicolas Sarkozy qui ne juge plus «insurmontable» la perte du triple A, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé considère maintenant que cette situation «ne serait pas un cataclysme». Et François Baroin, ministre de l’Economie qui appelait début décembre à «l’unité nationale» pour faire front contre une dégradation, met maintenant l’accent sur la nécessaire indépendance à l’égard des agences et se focalise sur la qualité de la signature de la France. Après tout, toute décision des agences de notation n’est qu’un «avis technique», selon le terme du Premier ministre François Fillon.
La mécanique des taux d’intérêt sur la dette souveraine
On peut regretter l’influence des marchés et des agences économiques dans les décisions de politique économique, aussi bien dans la zone euro qu’aux Etats-Unis où la perte du triple A en août dernier a sanctionné l’apparente paralysie de Washington à procéder à d’importantes réformes. On ne saurait pour autant balayer d’un revers de main les effets d’une dégradation.
Même si un recul d’un ou deux crans ne signifie absolument pas que la France ne serait plus solvable, elle perdrait malgré tout de son crédit auprès des créanciers internationaux. Il s’ensuivrait une hausse des taux d’intérêt, qui, dans les faits, est déjà pratiquée.
Ainsi, alors que l’Allemagne peut emprunter à 2% sur les marchés, la France doit actuellement consentir des taux de plus de 3,2% pour des emprunts à 10 ans... alors que les deux pays partagent la même monnaie. Au lendemain d’une dégradation, les taux devraient se tendre un peu plus. La question étant: jusqu’où?
On n’envisage pas qu’ils atteignent les niveaux que connaît aujourd’hui l’Italie, de l’ordre de 6,7%. Mais tout relèvement a un coût exorbitant puisque le différentiel se répercute sur les intérêts de cet emprunt pendant toute la durée de son remboursement.
Un point de hausse, 10 milliards d’euros sur cinq ans
Par exemple, en 2011, le besoin de financement de l’Etat établi par l’Agence France Trésor aura été de 187 milliards d’euros. Et la dette en cette fin d’année atteint 1.760 milliards d’euros. Le service de la dette, c'est-à-dire les intérêts versés, se seront élevés à 47 milliards d’euros en 2011, et ils devraient dépasser 49 milliards en 2012.
Mais une hausse d’un point du taux d’intérêt l’an prochain alourdirait de l’ordre de 10 milliards d’euros le montant cumulé des intérêts servis sur cinq ans. Des montants qu’on ne peut passer par pertes et profits, tant ils amputent le budget national: le service de la dette est devenu le deuxième poste de dépenses de l’Etat, après l’Education nationale (61 milliards d’euros).
En quatre ans de crise, la dette française a augmenté de 45%
Bien sûr, l’opposition s’empare de cette perspective de dégradation. Pour François Hollande, elle signera l’échec de la politique Sarkozy. Après avoir reproché au gouvernement de se soumettre à la pression des marchés financiers dans la conduite du pays, voilà que le PS se saisit lui-même de la notation des agences pour fustiger sa politique.
Il est vrai que, lorsque Nicolas Sarkozy accéda à l’Elysée en 2007, la dette publique de la France dépassait à peine 1.200 milliards d’euros et représentait quelque 64% du PIB. La crise bancaire n’était pas encore passée par là. Quatre ans et une crise plus tard, le compteur affiche donc ces 1.760 milliards d’euros: la dette s’est alourdie de 45% en 48 mois, et pèse dorénavant 86% du PIB!
Nicolas Sarkozy n’est pas responsable de la crise. Et il n’est pas le seul concerné lorsque les observateurs jugent l’approfondissement de l’Europe insuffisant pour surmonter cette crise: la chancelière allemande compte plus que lui, et c’est la relation franco-allemande qui est analysée.
Mais il peut être attaqué sur sa politique fiscale, et sur l’absence d’une réforme dont il avait été question et qui ne se limitait pas à mettre fin tardivement au bouclier fiscal en compensant la mesure par une réduction de l’ISF. Le saupoudrage des mesures d’économies prises par le gouvernement ne fait pas fonction de politique, et le rabotage des niches fiscales donne toujours aussi peu de résultats.
Or, à situation exceptionnelle, moyens exceptionnels. Par exemple, pour appeler à l’union nationale, il ne suffit pas de vouloir rallier l’adversaire à ses propres thèses; encore faut-il en créer le contexte et être prêt à des délégations de pouvoir.
Une distribution des rôles assez déroutante
On soulignera aussi que la crise bancaire et la crise de la dette publique sont une seule et même crise. Le problème est que ces même agences qui jugent et notent les Etats comme les entreprises, n’ont pas vu voir venir la crise bancaire et n’ont pas joué leur rôle d’alerte. Les investisseurs internationaux qui se fient au jugement des agences et se paient aujourd’hui sur le dos des Etats, auraient eux-mêmes disparu si ces Etats ne s’étaient eux-mêmes endettés pour empêcher le blocage du système.
Les opérateurs financiers ont-ils manqué de discernement face au gonflement de la dette publique qu’ils ont contribué à alimenter? Ils se sont surtout sortis de l’ornière en laissant les Etats s’endetter. Et maintenant, les agences tirent la sonnette d’alarme.
On perçoit, dans la distribution des rôles, comme des contradictions que les responsables politiques n’ont jusqu’à présent pas résolu.
Gilles Bridier
Mis à jour le 16/12/2011 à 16h16


































Quant au petit Nicolas, je fais ici un pari : il ne se représentera pas !
Confrontés à la crise, créée c'est entendu par des opérateurs financiers sans discipline ni principes, tous les Etats occidentaux ont laissé filer leur déficit, ce qui a permis d'éviter un effondrement de leur économie et de sauver de la faillite nombre de ces opérateurs (mais pas tous). Les déficits publics ont été financés par des investisseurs que vous appelez internationaux mais qui sont aussi nationaux et qui sont loin de tous être les opérateurs ci-dessus. Ces fonds ont été utilisés par les Etats pour compenser en temps de crise la perte de revenus fiscaux et maintenir ou accroître le niveau de leurs services. Résultat: les Etats qui étaient déjà très endettés sont maintenant plus ou moins surendettés. Ils sont donc dans l'ornière mais ils n'y sont pas seuls. Les investisseurs y sont avec eux. La très grande majorité de leurs investissements a été faite quand les taux étaient bas et les investisseurs ne peuvent en sortir maintenant qu'en subissant des pertes. Rares sont ceux qui sortiront de cette crise sans en payer les pots cassés.
Il me semble que le grand gagnant dans tout cela reste le preteur qui est en train d'engrenger des profits collossaux a court terme en pariant qu'aucun politique ne soit capable d'endosser la responsabilite d'une faillite. Tout le monde crie au loup, les notes baissent, les taux augmentent, les etats paient, le hold up financier continue.
Les taux d'emprunts directeurs fixes par la BCE sont a 1% et les taux de dettes sont au dessus de 3%... L'etat ne pourrait-il pas purement et simplement arreter ce transfert infernal en plafonnant tous ses paiement a 1%, en gelant les echeances de remboursement, et en interdisant la souscription de nouveaux emprunts tant que la dette n'est pas redescendue en dessous de 50% du PIB par exemple?
En Belgique, le gouvernement nouvellement formé a mis en vente dans les bureaux de poste, au début de ce mois, de vrais "Bons du Trésor" sous la forme de grandes feuilles de papier lourd, imprimées dans des couleurs chatoyantes, avec de belles armoiries : il s'en est vendu pour plus de cinq milliards d'euros en une semaine... Il doit bien aussi y avoir quelques "institutions honnêtes", telles que des Caisses de Retraites...
Mais imaginez le plaisir pervers pour un riche agriculteur, grand producteur de drogue (Cocaïne en Colombie, Haschich au Maroc, Héroïne en Afghanistan) de convertir les bénéfices de sa récolte dans des placements certifiés par les états occidentaux, son ancien colonisateur...
Et, une fois les rétro-commissions renvoyées dans leur pays d'origine, que font les monarques des royaumes du désert pétrolier avec les milliards qui leur restent après leurs achats de tanks, frégates et autres Rafale...?
Mais tout cela, n'est que de la "Roupie de Sansonnet", à côté des milliers de milliards d'argent fictif créés par les ordinateurs des traders : c'est bien joli, toute cette fortune "dans les nuages", mais il leur reste encore une étape essentielle : sinon la convertir en "monnaie sonnante et trébuchante", mais du moins en argent réel... Et les Etats sont là, pleins de bonne volonté, pour les aider !
Et c'est bien pour cela qu'il faut diminuer la pension de vieilles dames retraitées grecques, couper dans le salaire des petits fonctionnaires italiens et refuser tout emploi à la moitié de la jeunesse d'Europe, prenant le risque d'une révolte générale...
Ce qu'il faut donc, ce ne sont même pas des obligations émises par la Banque Centrale Européenne (Eurobonds), et encore moins une inflation crée par la planche à billets, mais un large défaut, une annonce de faillite, avec proposition d'échange des bons anonymes contre un nombre limité de certificats nominatifs, sur la base d'un examen des origines de chaque fortune...
Je ne sais pas exactement dans quel pays cela c'est fait, mais j'ai entendu qu'en 1945, on a procédé, sur des périodes de temps très courtes, à des échanges généralisés des billets de banque, avec examen de la situation financière de tous ceux qui se présentaient aux guichets : les gens qui avaient fait du marché noir pendant la guerre et avaient entassé des fortunes dans des lessiveuses (c'était la coutume à l'époque) n'ont eu le choix que de se dénoncer ou de tout perdre...