Bretagne, la guerre des frontières
En 1941, le maréchal Pétain sépare la Loire-Atlantique de la Bretagne, balayant ainsi 1.200 ans d'histoire. Depuis lors, élus et citoyens s'écharpent sur une question: Nantes, capitale du département, doit-elle redevenir bretonne?
- Le phare de la Vieille, à la pointe du Raz. REUTERS/Mal Langsdon -
La guerre entre les régions Bretagne et Pays de la Loire est relancée. L’Assemblée nationale a adopté le 21 décembre un amendement déposé par neuf députés (majoritairement bretons) qui vise à simplifier la procédure de rattachement du département Loire Atlantique à la Bretagne.
Dorénavant, pour que la réunification soit effective, seuls les habitants de la région Bretagne et de Loire-Atlantique doivent se prononcer majoritairement par référendum. Cet amendement vient modifier la réforme de 2008 qui spécifiait que les habitants des deux régions devaient être consultés. De ce fait, le principal obstacle à la réunification de la Bretagne est levé.
Ce vote de l’Assemblée a de quoi surprendre car il intervient un an après la réforme territoriale du 16 décembre 2010 qui confirmait les limites administratives existantes. La semaine précédente, deux nouveaux éléments étaient venus alimenter le moulin des partisans du retour de la Loire-Atlantique en Bretagne. C’est l’IGN (Institut géographique national) qui a ouvert le bal le 5 décembre en publiant une carte de Bretagne à cinq départements.

Deux jours plus tard, le conseil général du Morbihan a voté à l’unanimité en faveur du retour de la Loire-Atlantique en Bretagne. Si l’IGN s’est défendue de tout parti pris, expliquant avoir fait le choix de la simplicité, le vote de l'assemblée départementale a lui pour but de rouvrir le débat, à quelques mois de l’élection présidentielle.
Quel est le problème?
Le duché de Bretagne s’est unifié au IXe siècle sur un territoire regroupant les quatre départements actuels et la Loire-Atlantique. Convoitée par l’Angleterre et la France, la Bretagne se rattachera à cette dernière en 1532 tout en gardant une forte autonomie jusqu’à la Révolution. «Les frontières de la Bretagne sont restées remarquablement stables, à de rares exceptions près, elles n'ont pas bougé depuis le IXe siècle», fait remarquer l’historien Jean-Christophe Cassard.
En effet, le territoire breton n’a que peu évolué jusqu’à juin 1941 et le décret du maréchal Pétain séparant la Loire-Atlantique de la Bretagne. L’historien Alain Croix réfute cette version. La partition de la Bretagne était déjà instaurée par les «groupements économiques régionaux» de Clémentel, ministre de Poincaré en 1919, ainsi que par le décret-loi de Daladier en 1938. Pour lui, la Bretagne à quatre départements est le fruit des pressions d’élus comme le maire de Nantes de l’époque, de l’Evêché de Rennes et de l’élite économique nantaise. Pétain, lui-même opposé à la séparation, n'a fait que nommer les préfets des régions préalablement découpées.
Précision historique qui n’enlève rien au problème. «Ce découpage est anti-démocratique, c’est une anomalie historique», s’insurge Yves Pelle, président du Parti breton, qui demande réparation pour cette injustice et insiste sur le fait que les habitants n’ont jamais été consultés, comme le prévoit pourtant la Constitution.
Depuis cette date, la réunification suscite un vif débat. Des élus (conseils municipaux, généraux, régionaux) émettent des vœux, des citoyens réalisent des opérations médiatiques et des marches de protestation sont régulièrement organisées à Nantes. Mais les différents appels à la réunification heurtent à des fins se non recevoir.
En 1982, nouvelle désillusion. La carte des régions confirme les frontières de la Bretagne administrative à quatre départements. «La région du Pays de la Loire a été créée artificiellement, par une campagne de pub, sans aucune légitimité historique ou culturelle», ajoute Yves Pelle.
La réforme de 2010 ne viendra rien changer aux frontières de la Bretagne administrée. Pour Thierry Jolivet, porte-parole de l’association Bretagne Réunie, «la Bretagne actuelle n’est pas la Bretagne, c’est une simple région administrative. Seule la Bretagne historique mériterait de s’appeler Bretagne».
Qu’en pensent les Bretons?
Les institutions et les citoyens de Bretagne administrative (à quatre départements) sont dans l’ensemble favorables à ce rattachement. Le conseil régional de Bretagne s’est prononcé à deux reprises (2001, 2008) en faveur d’une réunification et a mis en place un groupe de travail pour développer les coopérations culturelles avec la Loire-Atlantique.
La population, à défaut d’avoir été consultée par référendum jusqu'à maintenant, l’a été par l’intermédiaire de nombreux sondages. 58% des sondés sont favorables au rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne (moyenne de cinq sondages entre 2000 et 2009). De nombreuses associations, entreprises, élus et célébrités bretonnes se mobilisent pour faire avancer le dossier.
Et les habitants de Loire-Atlantique?
Le conseil général de Loire-Atlantique s’est prononcé en 2001 en faveur de cette réunification. «Le conseil général demande au gouvernement d’organiser le débat public et les consultations nécessaires, puis d’initier le processus législatif permettant de réunir les cinq départements bretons», détaille le texte envoyé au Premier ministre. D’après les sondages, 62% des habitants de Loire-Atlantique sont favorable à un rattachement à la Bretagne.
Toutefois, en Loire-Atlantique, l’identité bretonne est à géométrie variable. «Les Nantais se sont toujours sentis nantais, c’est la seule grande ville de l'Ouest, indique Jean-Christophe Cassard. Néanmoins, dans les écrits, les Nantais se disent bretons jusqu’au XIXe siècle. Pourtant, à la fin du XIXe, pendant la révolution industrielle, leur rapport à la Bretagne va évoluer. Ils n'ont pas apprécié l'arrivée du sous-prolétariat venu de Basse-Bretagne. La ville s’est sentie encerclée par les campagnes et assiégée par le développement industriel.»
Sales et parlant pas ou peu le français, les travailleurs bretons sont vus d’un mauvais œil par les Nantais. Mais ce sentiment ne s'étend pas à tout le département. On retrouve par exemple beaucoup d'hermines dans les communes de Loire-Atlantique.
En outre, «au sud de la Loire, l’attache à la Bretagne est beaucoup moins forte. Les habitants ont d’avantage tissé des liens avec la Vendée», précise Jean Gaubert, député PS des Côtes d’Armor.
Réunifier, pour quoi faire?
La Bretagne se distingue d’autres régions par son identité régionale ancrée, caractérisée par ses symboles (hermines, triskells), sa musique et ses danses. Mais c’est surtout la langue qui a contribué à la création de l’identité bretonne. On dénombre aujourd’hui près de 200.000 locuteurs actifs sur cinq départements.
«Les Bretons de Loire-Atlantique souffrent d’un complexe identitaire à cause de cette partition», affirme Thierry Jolivet. La Halde, ainsi que l’ONU ont été saisis par des associations dénonçant les discriminations envers les Bretons de Loire-Atlantique, arguant que leur identité bretonne est mise à mal et déniée.
Mais au-delà des motivations culturelles et historiques, les défenseurs d’une Bretagne à cinq départements mettent en avant les vertus économiques d’une réunification, notamment les avantages maritimes. L’image de la Bretagne, région bien identifiée en Europe, sert les entreprises, dans des secteurs aussi variés que le tourisme, l’agriculture ou la grande distribution. La marque «Produit en Bretagne» rassemble déjà trois cents entreprises sur les cinq départements et les collaborations économiques existent.
Jean Ollivro, géographe et président du think tank Bretagne Prospectives, assure qu’une Bretagne à cinq avec 4,3 millions d’habitants pèserait plus lourd sur la scène européenne avec une taille et un PIB comparables à certains pays ou grandes régions de l’Union européenne.

Les partisans de la réunification, qui ont lancé un appel commun en 2009, sont en faveur d’un redécoupage du Nord-Ouest de la France afin de créer des régions à l’identité bien affirmée.
Cette carte vise aussi à proposer une alternative au Pays de la Loire après le départ de la Loire-Atlantique en proposant la création d’une région «Val de Loire», bénéficiant d’une image connue (classée au patrimoine mondial par l’Unesco).
Jean Gaubert, pourtant favorable au retour de la Loire-Atlantique en Bretagne, ne partage pas cet engouement. «Economiquement, la réunification n’apportera rien de plus. Nous n’avons plus de douanes aux frontières, il y a des routes, rien n’empêche la collaboration.» Propos que réfute Thierry Jolivet: «Les barrières administratives sont nombreuses avec le Pays de la Loire», assure-t-il.
Qu’est-ce qui bloque la réunification?
Si la partition de 1941 a amputé de plus d’un tiers le PIB de la Bretagne, la Loire-Atlantique compte aujourd’hui pour 40% du PIB du Pays de la Loire. Pas étonnant donc que la région soit réticente à l’idée de perdre sa poule aux œufs d’or. Jacques Auxiette, le président de la région Pays de la Loire s’est clairement opposé au rattachement, allant jusqu’à comparer le retour de la Loire-Atlantique en Bretagne à une «annexion des temps modernes totalement inacceptable». Il propose à la place la création d’une région Grand ouest, regroupant Bretagne, Pays de la Loire et Normandie.
Jusqu’ici, les opposants à la réunification comptaient sur un obstacle administratif majeur pour bloquer le processus. «La réforme territoriale du 16 décembre 2010 stipule que, pour qu’une région modifie ses limites administratives, il faut l’accord de toutes les collectivités concernées. En l’occurrence, il faudrait donc des délibérations concordantes des régions Bretagne et Pays-de Loire et du Département de la Loire-Atlantique», souligne Jean-Marc Ayrault, député-maire (PS) de Nantes.
Ce dernier, à l’instar de Jacques Auxiette, dit privilégier la continuité des échanges entre les métropoles et les régions plutôt qu’une modification des frontières administratives. Au moment où la commission Balladur étudiait le projet de réforme territoriale en 2009, Jean-Marc Ayault s’était démené pour faire en sorte que la réunification de la Bretagne ne figure pas au rapport final.
Mais le vote du 21 décembre est venu contrecarrer ses plans. La simplification du transfert d’un département d’une région à une autre est maintenant actée. Ce vote autorise «un département qui souhaite changer de région administrative de demander l'organisation d'un référendum local sur son territoire, sans que les autres départements de sa région puissent l'en empêcher», expliquent les députés Marc Le Fur (UMP) et François de Rugy (Verts) au quotidien breton Ouest-France. Cette décision devra toutefois être entérinée lors du vote de l’ensemble de la loi sur le référendum d’initiative populaire le 10 janvier prochain à l’Assemblée, puis au Sénat.
Rien n’est donc joué car le gouvernement semble peu favorable à la réunification de la Bretagne.
En effet, au-delà du problème breton, c’est le jacobinisme de l’Etat qui est dénoncé par les partisans de la réunification. «L'Etat ne fait pas confiance à ses régions, tout est centralisé. C'est ce que j'appelle la géographie du Fouquet's, explique cyniquement Jean Ollivro. François Fillon par exemple a toujours nié l’identité bretonne, il ne comprend rien au régionalisme.» Thierry Jolivet va même plus loin: «Les gouvernement successifs depuis 1941 ont tout fait pour que la Bretagne ne soit pas réunie. La Bretagne fait peur.»
Quelle capitale pour la Bretagne?
La question de la capitale est au centre des débats. Qui de Rennes ou de Nantes prendrait les rênes d’une Bretagne réunifiée? On entend beaucoup dire que Nantes est historiquement la capitale de la Bretagne, c’est en partie faux. Nantes a en effet accueilli le château des ducs de Bretagne, mais la notion de capitale est assez récente, et les ducs et duchesses de Bretagne s’installaient où bon leur semblait, à Nantes comme ailleurs. Il est vrai toutefois que Nantes tenait lieu de capitale économique quand Rennes servait de capitale administrative.
Au final, cette question est surtout cruciale pour les deux maires concernés, Jean-Marc Ayrault et Daniel Delaveau, attachés au statut de capitale régionale de leur ville: en 2009, les deux hommes avaient affirmé vouloir approfondir la «coopération» entre Rennes et Nantes et ne pas faire de la réunification une «priorité». Les partisans de cette réunification, eux, estiment que les deux villes sont en fait complémentaires: « Le débat n’est pas là, on s’invente des problèmes. On peut très bien imaginer une Bretagne à deux capitales comme en Ecosse par exemple», regrette ainsi Jean Ollivro.
Une autre Bretagne est-elle possible?
L’argument le plus souvent opposé aux militants d’une Bretagne à cinq départements est l’«anachronisme du débat», selon les termes employés par Jean-Marc Ayrault. Jean Gaubert, député PS des Côtes d’Armor, estime que ce n’est pas la priorité. «Ce qui intéresse les Français c’est l’emploi, le pouvoir d’achat. Le découpage du territoire n’est pas au cœur des préoccupations des citoyens», croit-il savoir.
Si la simplification du processus de modification des frontières administratives est confirmée début janvier 2012, les arguments des deux camps seront confrontés à la réalité des urnes. Mais avant cela, les partisans de la réunification devront encore franchir un obstacle de taille. En effet, pour qu’un référendum d’initiative populaire soit mis en place, il faut qu’un cinquième des conseillers généraux, soutenus par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales, le demande.
«La réunification de la Bretagne est en marche», s’est exclamé Marc le Fur dans un communiqué. Son enthousiasme ne fait pas l’unanimité, mais a le mérite de donner de l’espoir aux partisans de la réunification qui attendent le retour de Nantes depuis 1941.
Emmanuel Daniel
Article modifié le 21 décembre avec le vote à l'Assemblée nationale
Mis à jour le 21/12/2011 à 19h23














































C'est une discrimination de vichy qui perdure, c'est intolérable ! Il faut un décret en 1 jour, comme à l'époque, pour réparer cette injustice en réintégrant Nantes (chateau des Rois et Ducs de Bretagne) à sa région originel.6 mois plus tard, on en parlerait déjà plus !
Par contre, si tu veux parler de "haine", alors oui, il y en a bien une, mais contre Bordeaux, qui se veut la capitale de l'Ouest.
La grande question est le Pays de Retz est-il Breton ?
Dans Ouest France, plusieurs articles en parlaient en décembre 2010(http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-_44131-avl-20101208_actuLocale.Htm) voici quelques extraits :
« Picton ne puis, Breton ne daigne, Paidrais suis. »
"À Legé, cela s'explique aisément. La commune, située à la frontière du département voisin, « a des relations historiques qui nous amènent plus du côté de la Vendée que de la Bretagne », comme l'explique le maire Jean-Claude Brisson. « La culture bretonne à Legé est quasi inexistante. » La décision du conseil a été prise à l'unanimité, sans grande discussion."
"Du patrimoine poitevin,des noms bretons"
"Voisin de la Vendée, il en est si peu séparé que l'on pourrait le qualifier de Bretagne vendéenne, tout autant que de Vendée bretonne "
Nous pouvons lire ici (http://www.terristoires.info/index.php?option=com_k2&view=item&id=544:bienvenue-en-liger-atlantel-?&Itemid=2&tmpl=component&print=1)
“Cette initiative traduit bien la position un peu “bretonnante” du conseil général. Certes, nous sommes en Loire-Atlantique, ici, mais à l’extrême sud où la cause bretonne a moins d’impact. Historiquement, certains villages de Legé ont même appartenu aux communes vendéennes des Lucs-sur-Boulogne et de Grand’Landes. Et aujourd’hui encore, les habitants sont davantage tournés vers la Vendée, que ce soit pour le marché de Challans ou les commerces de la Roche-sur-Yon à 25 km. Nantes, c’est pour les grosses courses ! Donc, à l’unanimité, nous avons voté “non” au double affichage en français et breton… avec le sourire, un conseiller ayant proposé d’afficher plutôt en patois.”
"Suite au sondage du conseil général, sur les 26 communes qui se sont manifestées, 12 sont globalement favorables, et 14 défavorables."
Alors, que faudrait-il faire ?
Et bien offrir à chaque commune, département et région la possibilité de prendre son destin en main.
Le nord de la Loire Atlantique, Painboeuf et Pornic veulent être en Bretagne qu'ils y aillent !
Nantes avec son aréopage de commune veulent être nantaise qu'elle devienne une métropole autonome.
Le Pays de Retz veut se rapproché de la Vendée à l'instar du choletais de Bourdouleix qu'ils refondent la Vendée militaire !
Quand on veut être libre amis bretonnant, il faut savoir l’accorder aux autres.
Par ailleurs, les statistiques de votre lien parlent d'à peine 29% des personnes en LA qui seraient favorables à un rattachement. La quantité de sondages réalisés sur le sujet disent tout et leur contraire.
Vous avez juste sur un point, qui confirme le sentiment des Nantais à l'égard des Bretons, lors de la Révolution Industrielle, les Nantais ont entassé les Bretons dans le bas de Chantenay, en retrait de la ville. Ils les considéraient comme des étrangers !
Enfin dernier point, d'où la Bretagne fait peur ? Laissez-moi rire...
Aucune capacité ni à agir, ni à se faire entendre... PS: le triskell, symbole breton ? encore une foutaise du délire druidique...
Quant au sentiment que les bourgeois Nantais portaient sur les "Bretons", il portait davantage, je suppose, sur leur origine sociale que culturelle, de la même manière qu'on traite aujourd'hui les tsiganes européens.
Étant jeune (30ans) sarthois, je n'ai qu'une impression bizarre lorsqu'on m'avertis que mon regard se tournera vers Orléans alors que toute ma région est depuis longtemps défini par son mi-chemin Paris/Nantes/Bretagne Personnellement j'ai visité toute ma région, Paris et toute la Bretagne (voir même la Normandie), mais je n'ai jamais mis le pied dans le Centre. L'ouverture d'un autoroute vers le côté est date de moins de 10 ans.
Il est clair depuis le début que le découpage des régions actuels fut très administratif plus que basé sur de l'historique. Mais une réorganisation (que je juge nécessaire) devra se baser sur des situations actuelles, comme les flux actuels de communication et déplacement. Ne pas se baser que sur une carte physique ou historique, mais voir aussi la carte des échanges commerciaux, des réseaux routier, ferrés ou même électrique.
Se baser sur les rapports historique de siècles passés, à la rigueur avec les liens culturels qui reste (encore), ne donnera en plus pas des régions égales pour l'idéal moderne : on recréerai pour nous le Maine-Anjou, on reséparerais la Navarre, voir refaire le conté de Nice...
Le Conseil régional (et non pas général) de Bretagne s'est en effet prononcé à plusieurs reprises, et à l'unanimité, en faveur de la réunification administrative.
Je suis l'auteur des 3 motions qui ont été adoptées en 2004, 2008 et 2010. Celle de 2004 a instauré une commission mixte de coopération entre la Région Bretagne (à 4 départements donc) et le Conseil général de Loire-Atlantique. Celle de 2010 a permis la création d'un groupe de travail interne au Conseil régional de Bretagne.
Actuellement, du point de vue de l'aménagement du territoire nous avons tous les inconvénients de la division administrative de la Bretagne sans les avantages. Depuis deux ans, à l'instigation des maires de Rennes et de Nantes, mais aussi des milieux universitaires, scientifiques, culturels et économiques, une coopération bilatérale intense s'est développée entre les agglomérations de Rennes et de Nantes. Le problème c'est que cette coopération se mène en dehors de tout cadre régional de régulation, ce qui a pour conséquence d'accentuer les déséquilibres de développement entre l'ouest et l'est de la Bretagne.
Il faut donc réunifier au plus vite la Bretagne. Et il faut inscrire cette réunification dans une réorganisation globale de l'ouest de la France en remplaçant les 6 régions administratives existantes en 4 régions qui seront plus équilibrées à la fois démographiquement et économiquement que ne le sont les régions actuelles. A savoir: - une Bretagne réunifiée, - une Normandie réunifiée, - une Région Poitou-Charentes élargie à la Vendée, dont l'ancienne appellation était le "Bas-Poitou" ou Poitou maritime, - une Région du Val de Loire (dont l'appellation est d'ailleurs reconnue par l'UNESCO depuis dix ans) qui serait organisée autour des villes de Tours et d'Angers, très liées historiquement et culturellement mais actuellement séparées par les régions Pays de la Loire et Centre.
Ces 4 régions administratives pourraient créer ensemble une Eurorégion sur le modèle des eurorégions du bassin rhénan ou de l'espace pyrénéen (Aquitaine-Euskadi, Catalogne-Aragon-Languedoc Roussillon) pour travailler ensemble dans des domaines stratégiques et d'intérêt commun comme l'enseignement supérieur, la recherche, les transports collectifs (TER, transport combiné) ou l'énergie.
Christian Guyonvarc'h conseiller régional de Bretagne (ancien vice-président) groupe UDB (Union démocratique bretonne), autonomie et écologie
J'aimerai savoir de quelle est la légitimité d'un élu du conseil régional de Bretagne pour décider du destin des électeurs Vendéens, Angevins, Mayennais, Sarthois, Normands, Tourangeot, Orléanais, Berrichons, Poitevins, Charentais .... ?
En effet dans votre rêve de réunification, vous retirez toute liberté de choix à plus de deux millions de personnes !
De la même manière, si des communes du Pays de Retz ne trouvent aucun intérêt et vote majoritairement contre le rattachement et espérant suivre un autre destin (Legé par exemple, leur retirerez vous la liberté de choisir de ne pas être une commune bretonne ?
La raison historique, et toujours actuelle, de la séparation en deux de la Bretagne est la peur qu'une Bretagne retrouvant sa prospérité historique puisse à nouveau prétendre à des ambitions européennes.
La perspective d'une telle situation est fantasmée par l'état comme une double menace qui se traduirait par : 1) une perte d'influence française en Europe, d'autant plus que d'autres régions(Alsace, Corse, Pays-Basque...) pourraient suivre le mouvement, 2) une perte d'influence parisienne, dans une France qui pourrait devenir fédérale.
C'est l'une des raisons pour laquelle, l'état français refuse de ratifier les textes internationaux sur les droits de l'homme affirmant le devoir moral de reconnaître et respecter les minorités nationnales. Des textes, qui pourtant doivent être ratifier par tout nouvel adhérent à l'Union Européenne.
L'intérêt de la réunification (aspect historique et culturel à part), c'est effectivement que la Bretagne retrouverait sa prospérité et Nantes une visibilité européenne.
En parrallèle, cette prospérité profiterait directement à l'ouest de la France (Vendée, Mayenne, Touraine).
Effectivement, une telle évolution amènerait la France sur la voie du fédéralisme, ce qui bénéficierait directement à l'économie de tous les français (modèle allemand).
A cela rien de magique, l'histoire est là pour nous rappeller que la Bretagne (ou même l'Armorique) est une région de prospérité économique, et que ses voisins ont toujours directement profités de cette prospérité (Laval, Angers, Tours).
La problématique se résume donc à un simple rapport à la démocratie versus un besoin démagogique de puissance. Hors, royales ou républicaines, la France et Paris n'ont traditionnellement qu'un faible respect pour la démocratie (choix du centralisme) mais un énorme besoin d'affirmer une supériorité.
A l'opposé, les Anglais (traditionnellement plus démocrates (bien que royaliste) ont su mettre leur propre besoin de supériorité en retrait par rapport à l'idée de démocratie. Cela s'est traduit par la création du Commonwealth (pour les colonies) puis par un transfert de compétences sans égal aux Gallois et aux Ecossais (il y a 10 ans environ).
La France est incapable d'un tel acte de démocratie, incapable d'un tel respect envers les populations.
Paradoxalement, cette incapacité française pourrait bien causer sa perte, face à une Europe fédérale et clairement engagée vers le respect des principes démocratiques et du respect des populations.
Il me semble bien que c'est ce que Michel Roccard semblait affirmer à l'ambassadeur américain, quand il évoquait la totale incapacité de la France à se réformer.
Ensuite je tiens à apporter des précisions sur 2 points.
Contrairement à ce qu'affirme l'historien Jean-Christophe Cassard, spécialiste du Haut-Moyen-Age et pas du tout de l'époque contemporaine, et qui encore une fois se plante complètement, les Nantais ont continué à se sentir breton au XXè siècle. De nombreuses preuves existent, par exemple dans l'histoire économique de Nantes et de sa région : les Chantiers et Ateliers de Bretagne, LU, etc. Aujourd'hui de nombreuses entreprises, et pas seulement dans l'agro-alimentaires, ont adhéré à Produit en Bretagne. Ce n'est qu'à partir de 1982 que les PDL ont intensifié leur propagande pour imposer leur identité artificielle dite "ligérienne" (sic, car seuls 2 départements sur 5 sont traversés par la Loire!). Concernant le sud-Loire, il est inexact de dire que les gens ne se sentent pas bretons. Bien sûr nous sommes en Bretagne méridionale, les paysages ne ressemblent pas au Léon ou aux Côtes d'Armor de M. Gaubert! Mais les gens sont Bretons et y tiennent. Il existe deux pays : le Pays de Retz et le Vignoble. Le drapeau du Pays de Retz, herminé et avec une croix noire bien bretonne, se sent breton. Pornic, petite ville côtière la plus méridionale de Bretagne, possède pas moins de 2 cercles celtiques et bientôt une école Diwan. Le Vignoble c'est le pays du Muscadet, vin breton malgré la propagande pro-Val de Loire qui est une opération complètement politique contre l'identité bretonne de Nantes et de ses vins.
Nantes et la Loire-Atlantique se sentent bretons, et les 4 autres départements sont d'accord, et ce depuis 30 ans. Le blocage vient des politiciens qui ne veulent pas qu'on touche à leur pouvoir, leurs sièges et aux postes pour leurs amis.
Quant à remettre en cause les travaux d'un spécialiste, je vous trouve assez gonflé... Les cartes existent, les récits historiques aussi. La Loire-Atlantique faisiat partie de la Neustrie sous l'empire romain, et non de l'Armorique. Alors avant d'en appeler avec force trémolos à une pseudo-Bretagne historique inexistante, vous feriez mieux d'admettre que l'invasion bretonne n'a été que temporaire et sans plus de conséquences que l'invasion musulmane en Espagne.
Plus de frontières, tout le monde en convient. Cependant régulièrement, et de tout bord, du plus populaire au plus sophistiqué dans son instruction, ressurgit la fallacieuse excuse de l’effet de seuil. Plus haut, et hors sujet par rapport à la Réunification bretonne, un internaute évoque Cholet, la Vendée, le Maine et Loire. Avec l’argument des effets de seuil - qui peuvent être réels - , on détricote très vite l’Europe, toute l’Europe des états. Il faut donc aller plus loin dans la réflexion.
Je préfère, parler de limites régionales. Des limites peuvent être poreuses, mais elles doivent être sensées aussi. Je préfère parler de limites pour couper court à tout faux-procès en nationalisme que des gens mal intentionnés ne manqueront pas de faire au simple énoncé du mot Réunification. Des gens qui, notons-le, se moquent de la Bretagne, ne s’en préoccupent que pour la contraindre ou l’étouffer, ne la connaissent pas, ou encore s’ingénient à n’en retenir qu’une image – ah, le « folklore » ! Combien de contresens l’on commet à ce propos ! - ce par quoi ils montrent leur ignorance abyssale ou indécrottable.
« Economiquement, la réunification n’apportera rien de plus », nous dit, patelin, M. Gaubert. Vraiment ? A contrario, on peut avancer que la Réunification apportera au moins deux choses. Et gratuitement :
. un changement du regard.
Finies les statistiques mensongères, qu’elles proviennent d’EDF (rappelez-vous le 8% d’électricité produite in situ) ou d’autres institutions (les exportations par voie de mer sont comptabilisées au bénéfice du site d’embarquement et non de production. Donc chaque fois que PSA à Rennes exporte un véhicule, l’embarquement à Montoir-de-Bretagne (44) contribue au brouillage des statistiques économiques). Aujourd’hui, s’agissant de la Bretagne et des chiffres qui la décrivent, bien malin qui peut savoir de quoi l’on parle exactement. Le summum du crétinisme – je ne vois pas d’autre mot - est atteint, quand l’on nous sert des études historiques qui s’appuient indifféremment et sans prévenir le lecteur, sur la Bretagne péninsulaire ou sur la région administrative (voir le livre accompagnant la récente exposition sur les Nantais venus d’ailleurs)
. un réseau d’information
Aujourd’hui, la Bretagne est coupée en deux – chose évidente sur place (en particulier, à Nantes), mais qui échappe à l’observateur parisien non attentif – sur le plan des réseaux médiatiques classiques (radio, TV, et même presse régionale quotidienne). Là est la « frontière », invisible, tant gaussée par ailleurs. Un clivage, qui peut être ressenti comme un mur de Berlin, édifié et entretenu par les pouvoirs publics. Puisque en France la liberté d’entreprendre s’arrête où commence les prérogatives régaliennes (la tentative strangulée de TV Breizh est là pour en apporter le démonstration à qui en douterait). La Réunification permettrait, enfin d’avoir une TV et une radio régionales. Chose qui fait peur aux gouvernants en place, ou aux principaux prétendants à la place élyséenne. Comment faire pour que nos politiciens cessent d’avoir peur, pour que souffle le vent vif de la démocratie sur la péninsule ? Voilà une question qui ne peut même pas être posée sur la place publique.
Alors, oui, ceux qui sont aux prises avec les impératifs de la survie quotidienne peuvent ressentir cette clameur persistante en faveur de la Réunification comme décalée. Pourtant, leur quotidien, comme celui de nous tous, de Nantes à Brest, en dépend déjà. La Bretagne, amputée, est encore transie dans l’ombre froide. Son avenir exige qu’elle retrouve l’intégrité territoriale qui lui a été volée. Et cela passe par la Réunification.
Le plus tôt sera le mieux. An abretañ ar gwellañ.
La politique communautariste de la région pdl se construit principalement en relativisant le rôle de Nantes dans l'ensemble breton, en brisant les liens qui l'unissent à la Bretagne et en traitant avec mépris le légitime souhait des Nantais à voir traité à sa juste valeur l'apport de la Bretagne à leur département.
Tout le monde sait que Nantes est une ville de confluence, complexe, à la limite du territoire breton et qu'elle est surtout un lieu de transition et d'échange.
Cette ville a profité d'un certain dynamisme grâce à l'actuelle municipalité et à la fantastique opportunité qu'a offert le réinvestissement des friches industrielles en centre-ville. Ces deux caricatures de provinces... ces deux "croupions administratifs" que sont la Bretagne administrative et la région Pays de Loire, se batteraient aujourd'hui pour garder en leur sein un poumon industriel et administratif dynamique...
Nantes a vocation à être une métropole supra-régionale pour tout l'Ouest de la France. Il faudrait pour cela qu'elle accepte de se réconcilier avec la Bretagne, ce que n'encourage pas la politique identitaire de la région pdl.
Au lieu d'avoir des territoires clairement identifiés, assumés par leurs habitants, nous avons finalement, grâce à nos élus, obtenu une caricature de la Belgique. Et ça ne fait pas rire.
Le "Grand-Ouest", tel que "pensé" par les technocrates n'est pas une réponse... quelle capitale ? Nantes ou Rennes ?
C'est donc à une autre conception de territoire qu'il faut réfléchir, basé sur les réseaux et libéré du dogme centraliste.
1) Avant la Seconde guerre mondiale, le mouvement artistique breton des Seiz Breur était fortement implanté à Nantes avec Ladmirault, Robin, Creston, Mazuet (auteur du monument aux 50 otages) et d’autres. 2) Dans le recueil des articles et hommages consacrés après sa mort à Just Lucas-Championnière (1843-1913), pionnier de l’asepsie en France, ce médecin né dans l’Oise et qui a fait toute sa carrière à Paris est présenté pas moins de six fois comme « Breton » car sa famille était originaire du Pays de Retz. 3) Si l’on recherche l’expression « Nantes in Brittany » à l’aide de Google Books dans les livres en anglais publiés au cours du 20ème siècle, on obtient 583 résultats. 4) Tout au long du siècle, Nantes a été présentée dans le « Guide Bleu » Hachette consacré à la Bretagne. Quand l’éditeur a décidé de renouveler intégralement cette collection dans les années 1980 pour l’adapter au découpage des régions administratives, il a fait une seule exception à ce principe : la Loire-Atlantique est restée intégrée au guide de Bretagne.
Encore une fois, ce ne sont là que des exemples épars -- mais convergents. Avec quelques recherches, on pourrait sûrement en trouver des centaines d'autres du même acabit.
En gros, les resultats en 1555 sont 5 evechés sur 9 voteront pour Nantes ( Nantes, Vannes, Quimper, Leon, Saint Brieuc----actuellement: finistere, Morbihan, Loire Atlantique, la moitie des cotes d'armor) soit environ 57% de la population.
A noter que Chateaubriant a voté pour rennes ;).
l'edit de juin de 1557 donne satisfaction a cette coalition. Nantes devient le siege du parlement de Bretagne, par la voix democratique des bretons.
Henri II meurt en 1559.
En 1561, Catherine de medicine, influencé par des manoeuvres rennaises, donne victoire a ces derniers par l'edit du 4 mars.
source: nantes et la bretagne ed skol vreizh p79