France

Jacques Chirac condamné, l'histoire de l'oeuf et la poule

Temps de lecture : 2 min

A quoi sert de déclarer coupable un ancien Président déjà sanctionné par l'opinion, demande Raffarin... Et si c'était plutôt l'inverse?

Des visiteurs passent devant le portrait de l'ancien Président au musée Jacques Chirac de Sarran, en mai 2011. REUTERS/ Regis Duvignau
Des visiteurs passent devant le portrait de l'ancien Président au musée Jacques Chirac de Sarran, en mai 2011. REUTERS/ Regis Duvignau

Jacques Chirac a été condamné à deux ans de prison avec sursis. La tonalité générale, c’est, à gauche, de se féliciter que la justice passe enfin. Mais, toujours avec une pensée pour l’homme (voir la déclaration millimétrée de François Hollande).

A droite, on prend acte de la décision que l’on trouve aussi trop tardive… mais là, on semble estimer qu’elle n’a plus beaucoup de valeur ou même qu’elle est un peu déplacée concernant un vieil homme qui a servi la France.

Et, toujours à droite, on exprime sa «tristesse». Il y a de la compassion pour le condamné.

Les réactions des responsables politiques sont finalement assez étranges, presque gênées, pas très à l’aise.

Et pour cause: c’est la première fois qu’un ancien président de la République est ainsi condamné.

Souvenirs, souvenirs

Chacun réagit avec, en souvenir et en toile de fond, sa petite somme de trahisons ou de services rendus. Chacun se remémore les années RPR, Chirac au pouvoir à Matignon, à la mairie de Paris ou à l’Elysée: toutes ces manettes en mains, les chausse-trapes mais aussi les gros coups de piston à un copain dans la mouise, les mots gentils, les gestes humains dans les moments difficiles, les mensonges et les appartements de la ville aux loyers symboliques, les nominations de complaisances…

En réalité, il s’agit de l’ambivalence de l’amitié en politique ou comment renier tant de petits principes et piétiner la déontologie du pouvoir par fidélité, camaraderie, bonté parfois…

Gentillesse, diront ses amis… mais gentillesse sur fonds publics! Cinquante ans de carrière politique, plusieurs générations de rancuniers et de redevables.

Quand on connaît un peu les rapports de chacun avec Jacques Chirac, qui a entassé les pouvoirs et cumulé les fonctions comme personne, il est assez savoureux de détailler les réactions rédigées au cordeau.

Savoureux et amusant… jusqu’à ce qu’on se souvienne ce que bien peu de réactions rappellent: il y a dans cette histoire une victime, reconnue par la justice. Le contribuable parisien. Et encore, pour ce qui est de l’affaire des HLM d’Ile-de-France ou pour l’affaire dite «des frais de bouche», la justice ne sera jamais passée.

Beaucoup évoquent, dans leurs réactions, la popularité de Jacques Chirac comme une autre forme de justice. Par exemple dans le communiqué, somme toute assez laconique de l’Elysée.

On salue «l'engagement constant de Jacques Chirac au service de la France qui lui vaut et lui vaudra encore l'estime des Français» et on se demande bien quel est le rapport avec la condamnation!

Mais, la réaction la plus édifiante, de ce point de vue, est celle de Jean-Pierre Raffarin, qui fut l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac:

«Cette décision de justice est anachronique. L'opinion publique semble déjà avoir jugé son ancien Président.»

En gros, Jean-Pierre Raffarin considère qu’il y a, au-dessus de la justice-institution… la justice de l’opinion! Si vous êtes coupable mais populaire, alors vous n’êtes pas si coupable que ça…

C’est un raisonnement tordu parce que, justement, si la justice avait n’avait pas été ralentie, l’opinion aurait su avant 1995 que Chirac était coupable. Il n’aurait, du coup, sans doute pas eu l’occasion d’être si populaire!

Cette réaction qui provient certainement plus du cœur que du cerveau de Jean-Pierre Raffarin nous fait mieux comprendre l’utilité de la règle (bien peu respectée) qui veut qu’un responsable public ne commente pas une décision de justice.

Thomas Legrand

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