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Les plus beaux cadeaux de l'histoire du sport

Yannick Cochennec, mis à jour le 18.12.2011 à 9 h 03

Au sport aussi on se fait des cadeaux, et on n'attend pas toujours Noël.

Hambourg en Allemagne le 6 décembre 2009, REUTERS/Christian Charisius

Hambourg en Allemagne le 6 décembre 2009, REUTERS/Christian Charisius

A l’heure des bilans, le sport fait aussi ses comptes et couronne ses hommes et ses femmes de 2011. En l’absence de Jeux olympiques, de Coupe du monde et d’Euro de football, les années en 1 sont rarement des grands crus. Si le XV de France s’en était allé triompher sur le sol néo-zélandais, la cuvée aurait été probablement spéciale, mais à deux points près -ceux qui ont manqué aux hommes de Marc Lièvremont face au All Black- elle est restée relativement ordinaire.

Fer de lance de l’équipe de France championne du monde de handball, Nikola Karabatic a donc été élu champion de l’année par L’Equipe. Dans quelques jours, Leo Messi sera normalement sacré footballeur de l’année par le biais d’un troisième Ballon d’or. Bref, rien de vraiment étonnant…

Paradoxalement, parmi les événements frappants de cette saison 2011 domine… un échec: celui d’Usain Bolt sur 100m lors du Mondial d’athlétisme à Daegu, en Corée du Sud. Disqualifié pour un faux départ, le Jamaïcain s’est privé d’un titre qui lui tendait les bras. Ses sacres sur 200m et lors du relais 4X100m ont été de très jolis lots de consolation, mais sa sidération après avoir compris sa faute a marqué les mémoires et demeurera comme l’une des images sportives de 2011.

Dans le grand public, qui se souvient du nom du champion du monde qui a pris sa place sur la plus haute marche du podium? Il est probable que beaucoup devront faire appel au Docteur Google pour répondre à cette question tant le battu de cette soirée d’août a largement éclipsé son vainqueur tout heureux de récupérer cette médaille d’or tombée du ciel.

Ce n’est évidemment pas la première fois qu’un incident de course (ou de match) offre ainsi la victoire à un adversaire qui ne s’y attendait pas. Parfois, alors que tout paraît joué ou presque, le sport réserve de drôles de surprises dans son déroulement. A l’heure de Noël, revenons sur cinq inoubliables cadeaux de l’histoire du sport tous sélectionnés au cours d’événements de dimension mondiale. Où comment tirer les marrons du feu parce que d’autres y ont mis du leur pour ne pas gagner au-delà de la simple faute technique comme l’Américaine Lolo Jones, en tête, qui avait heurté la 9e haie de la finale du 100m haies des Jeux de Pékin ou du regrettable mauvais choix tactique à l’image du golfeur français Jean Van de Velde qui aborda le 72e et dernier trou du British Open 1999 avec trois coups d’avance qu’il dilapida allègrement

1Steven Bradbury

Ce 16 février 2002, aux Jeux olympiques de Salt Lake City, Steven Bradbury, Australien de 28 ans, né dans la banlieue de Sydney, n’a strictement aucune chance de devenir champion olympique de short-track sur la distance de 1.000m, mais les dieux du stade, ou plutôt de la patinoire, sont avec lui. Tout commence en quarts de finale où il profite de la disqualification du Canadien Marc Gagnon pour s’octroyer la deuxième place qualificative (troisième, il était en principe éliminé).

Lors de la demi-finale, la chance continue de s’accrocher à ses patins. Cette fois, alors qu’il est en retard, il profite d’une chute de deux concurrents pour décrocher son ticket pour la finale à cinq. Face à l’Américain Apolo Ohno, au Coréen Ahn Hyun-Soo, au Chinois Li Jiajun et au Canadien Mathieu Turcotte, il est déjà au paradis et se sait condamné au dernier rôle en raison d’une concurrence beaucoup trop redoutable pour lui. Par choix tactique et parce qu’il est tout simplement fatigué après toutes les séries, il fait donc sa course en spectateur, relativement loin du quatuor qui se bat avec acharnement pour l’obtention des trois médailles.

Les tours passent jusqu’au dernier virage qui voit le Coréen déraper et entraîner ses trois rivaux dans les bâches. Bien à l’abri derrière, Bradbury dépasse donc tout le monde et franchit la ligne d’arrivée en croyant que la course sera recourue. Ce ne sera pas le cas: elle est jugée régulière. Le public américain, qui voulait assister au triomphe d’Ohno, le hue. De rage, un spectateur essaie même de s’en prendre à lui. Mais c’est bien l’hymne australien qui retentit pour la toute première fois dans l’histoire des Jeux Olympiques d’hiver toutes épreuves confondues. Quelques mois plus tard, Steven Bradbury, accueilli en héros au pays, sortira son autobiographie titrée, évidemment, Last man standing.

2Tanja Frieden

Lindsey Jacobellis n’a plus qu’à laisser filer sa planche jusqu’à la ligne d’arrivée de l’épreuve de snowboard cross des Jeux olympiques de Turin ce 18 février 2006. Pendant la descente, l’Américaine a eu exactement 43 mètres d’avance sur sa poursuivante, la Suissesse Tanja Frieden. Plusieurs fois, elle a regardé derrière elle pour évaluer la (bonne) distance qui la séparait de sa seconde. Dans la dernière ligne droite, il lui reste deux sauts à effectuer. Sur l’avant-dernier, elle ne résiste pas au petit plaisir de s’offrir une figure originale, histoire de fêter ça avec le public. Hélas pour elle, elle se rate, sort de sa trajectoire et se retrouve pratiquement à l’arrêt. Alors qu’elle se relance et aborde le dernier tremplin, Frieden lui passe sous le nez pour aller lui souffler la médaille d’or.

Pour échapper à l’humiliation, Jacobellis dira pendant longtemps qu’elle avait été obligée de faire cette manœuvre à cause d’un vent de travers, avant de confesser plus tard son petit péché d’orgueil…

3 Equipe de France de football

En Australie, on dit «doing a Bradbury». En France, et peut-être en Espagne, «faire une Arconada». Si l’histoire du football est riche en buts gags, aucun n’a eu les conséquences de la bourde de Luis Arconada ce 27 juin 1984 au Parc des Princes.

Finale du championnat d’Europe des nations qui ne s’appelle pas encore Euro. La France de Michel Platini affronte l’Espagne et a les faveurs du pronostic, mais le match, tendu, voit un ahurissant coup du sort faire basculer la partie à la 57e minute. Le plus capé de la Roja, avec 60 sélections nationales, le gardien et capitaine Luis Arconada, commet une énorme bévue sur un coup franc tiré par Michel Platini à la limite des 16 mètres. La frappe du n°10 français est moyenne et à ras de terre. Arconada, qui a choisi le bon côté, accueille le ballon dans ses bras sans difficulté… et le laisse échapper pour une raison mystérieuse, y compris pour l’intéressé qui refusera toujours de s’exprimer sur ce douloureux sujet. Le ballon glisse sous le ventre d’Arconada et franchit la ligne blanche fatidique après un dernier sursaut désespéré du Basque.

But qui fait basculer la rencontre et permet à la France d’empocher le premier grand titre de son histoire.

4 London Wasps

Twickenham, 23 mai 2004. Finale de la coupe d’Europe de rugby entre le Stade Toulousain et les London Wasps. Nous sommes dans les arrêts de jeu. Il ne reste plus qu’une poignée de secondes à jouer et le score est de parité entre les deux formations: 20-20. Le Britannique Rob Howley tape un coup de pied à suivre en direction de l’en-but toulousain comme s’il voulait se débarrasser du ballon pour arriver jusqu’aux prolongations. Le ballon glisse le long de la ligne en direction de Clément Poitrenaud qui l’accompagne du regard et refuse de s’en saisir jusqu’à ce qu’il pénètre dans l’en-but pour aplatir et gagner ainsi un renvoi au pied. Le ballon rebondit puis rebondit encore et les secondes filent comme Howley, qui a suivi son coup de pied et finit par surgir pour  marquer l’essai fatal sous le regard incrédule de Poitrenaud, qui prend conscience de son erreur.

Mais contrairement au gardien espagnol, Poitrenaud assumera immédiatement sa bévue pour mieux rebondir, comme ce satané ballon.

5 Maurizio Fondriest

Championnats du monde de cyclisme le 28 août 1988 à Renaix, en Belgique. Le Belge Claudie Criquelion et le Canadien Steve Bauer sont au bord de se battre une fois franchie la ligne d’arrivée. A quelques mètres d’eux, le jeune Italien Maurizio Fondriest, âgé de 23 ans, célèbre sa victoire complètement inattendue. Vingt-trois ans plus tard reste la question en suspens: le Transalpin aurait-il dominé ses deux rivaux à la régulière lors du sprint final? Probablement pas. Lors de cette arrivée à trois, Steve Bauer et Claudie Criquelion ont l’avantage.

Mais leur coude à coude se termine très mal. Bauer «serre» Criquelion contre la balustrade et le Belge tombe. Surpris par cette embardée, Bauer coupe complètement son effort et laisse Fondriest, qui semblait battu, aller chercher ce maillot arc-en-ciel auquel il ne s’attendait pas. Bauer sera déclassé et Criquelion, qui a terminé à pied, hérite d’une 11e place sans signification. Le fait d’avoir été champion du monde quatre ans plus tôt n’a jamais calmé sa rage. Fondriest, lui, n’en revient toujours pas: ce fut sa plus grande victoire.

Yannick Cochennec

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Journaliste
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