Monde

Pérès et Livni à Washington ou l'union sacrée pour une mission de conciliation

Jacques Benillouche, mis à jour le 04.05.2009 à 16 h 58

L'Etat hébreu doit réchauffer ses relations avec l'administration Obama.

L'arrivée au pouvoir de Benjamin Netanyahou ne s'est pas faite sous les meilleurs augures avec l'ami américain. Pour marquer son indépendance, le nouveau Premier ministre israélien a volontairement laissé se multiplier les annonces agressives faites à l'encontre de l'administration américaine. La nomination elle-même d'Avigdor Lieberman comme ministre des Affaires étrangères était même perçue comme une provocation inacceptable pour les Démocrates. Le clash a été cependant évité parce que les Etats-Unis ont fait preuve, par leur silence pesant, d'une grande indulgence sinon d'un certain mépris à l'égard du petit pays insolent.

L'ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis, Salaï Méridor, frère d'un ministre, ne s'y est pas trompé et, devant ce crime de lèse-majesté, a préféré rendre ses lettres de créance et quitter son poste fort envié. Il estimait par avance ne pas pouvoir assurer sa mission pour un gouvernement dont, dès le départ, il ne comprenait ni l'orientation et ni la stratégie politique. Il avait mesuré la profondeur des dégâts qui venaient d'être causés et qu'il pouvait difficilement rattraper.

Le malaise est perceptible car il est de tradition que, sitôt élu, le nouveau premier ministre israélien fait sa première visite à l'étranger, aux Etats-Unis, dans une sorte d'allégeance au grand allié. Lorsqu'Ariel Sharon gagna les élections de 2001 face à Ehud Barak, il mit en place un gouvernement d'union nationale le 7 mars  et s'envola le 20 pour Washington afin de rencontrer Georges Bush et l'informer de la politique qu'il allait mettre en place. Il n'avait pas laissé le soin à ses subordonnés de distiller dans la presse toutes sortes de déclarations intempestives — du genre «Israël ne prend pas ses ordres auprès du président Obama» — qui ne pouvaient générer que des malentendus

On ne défie pas impunément les Etats-Unis. Le nouveau premier ministre israélien qui aurait dû faire son premier déplacement en mai s'est trouvé contraint, selon la radio militaire israélienne, de le repousser au mois de juin. Il n'est pas d'ailleurs pas certain que cette date soit définitivement retenue.

Comme Israël ne peut se permettre aucune brouille avec son fidèle allié, Netanyahou a décidé d'envoyer en mission de déminage le Sage du pays, l'homme qui n'a jamais gagné d'élections législatives pour être Premier Ministre mais qui dispose d'une aura à l'étranger qui rend jaloux tout politique israélien, Shimon Pérès. C'était déjà à lui que Sharon, en indélicatesse avec le monde entier, avait fait appel pour occuper le poste d'adjoint afin de gauchir un gouvernement hétéroclite. Elu à la présidence de l'Etat, titre purement honorifique, Pérès avait fait comprendre qu'il ne se contenterait pas d'inaugurer les chrysanthèmes. Ainsi, il n'hésite pas à afficher ses opinions originales dans toutes les grandes décisions de l'Etat tant en ce qui concerne les options économiques du pays comme récemment au forum économique de Davos de janvier, que sur le problème crucial et épineux de l'Iran. Pérès vient de prendre à ce sujet une position iconoclaste en affirmant que «L'idée d'attaquer tout simplement les installations nucléaires n'est pas la panacée. Vous pouvez détruire les centrifugeuses d'enrichissement de l'uranium mais vous ne pouvez pas éliminer le savoir-faire en matière de centrifugeuse».

Le Sage est donc mandaté pour initier le premier contact avec Barack Obama à la place du chef du gouvernement et pour représenter Israël à la conférence de l'AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), le lobby pro-israélien qui, contrairement à sa réputation, privilégie d'abord les intérêts des Etats-Unis avant ceux des pays étrangers. On se rappelle d'ailleurs qu'il avait appuyé la position de Bush père contre les dérives du premier ministre israélien de l'époque, Itzhak Shamir. Les quatre jours de visite officielle ne seront pas de trop pour retisser des liens distendus par l'attitude, considérée arrogante, du premier ministre israélien.

D'ailleurs, ce dernier a de surcroît été contraint de faire appel aux sentiments nationaux du chef de l'opposition, Tsipi Livni, pour qu'elle accepte de défendre les intérêts du pays devant les membres du Congrès et devant les représentants des communautés juives américaines. Elle vient donc de s'envoler elle aussi pour Washington sur les traces de son ami Shimon Pérès. Netanyahou sait qu'elle dispose d'un grand capital de sympathie auprès d'un Obama qui avait fait jouer, en vain, toutes les pressions pour qu'elle entre au gouvernement afin de tempérer les ardeurs des ministres nationalistes.

Ce sont les mystères de la démocratie israélienne: le chef de l'opposition peut venir à la rescousse d'un premier ministre ayant un genou à terre car l'intérêt national prime sur l'intérêt personnel et bien sûr sur les manœuvres politiques. C'est dire si le danger est jugé suffisamment national pour que toutes les bonnes volontés se mobilisent au service du pays.

Mais Benjamin Netanyahou, fin politique, veut faire amende honorable et a déjà enclenché un changement de direction. Il a demandé et obtenu de son ministre des Affaires Etrangères, Avigdor Lieberman qu'il mette  beaucoup d'eau dans sa vodka. Celui-ci vient de déclarer au journal australien Kleine Zeitung que: «Israël n'attaquera pas l'Iran même si les sanctions internationales contre Téhéran échouent. Le meilleur moyen d'arrêter le programme nucléaire iranien est de multiplier les sanctions et leur sévérité». Il démontrait ainsi qu'il savait ne plus être extrémiste devant la réalité politique, a fortiori lorsqu'il s'agit  de faire les yeux doux aux américains.

Par ailleurs, pour s'acheter les bonnes grâces d'une administration américaine vexée, le gouvernement a décidé de nommer au poste d'Ambassadeur aux Etats-Unis le binational Michael Oren, né dans le New Jersey, commandant de réserve de Tsahal et actuellement professeur à l'université de Georgetown. Il avait pris une position ferme en faveur de la création de «deux Etats pour deux peuples» et il avait prôné que le retrait unilatéral d'une grande partie de la Cisjordanie devait être la stratégie politique que tout nouveau gouvernement devrait adopter.

Le pragmatisme, ou la pression des amis, s'impose toujours lorsqu'on arrive au pouvoir. Les Américains l'ont fait comprendre à Benjamin Netanyahou qui semble en avoir tenu compte. Mais la question qui subsiste réside dans la durée de la quarantaine à laquelle il a été personnellement condamné par ses amis américains.

Jacques Benillouche

Image de une: Le candidat Obama, en visite en Israël en août 2008, est reçu par Shimon Pérès. Photo REUTERS

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