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Comment aider les extraterrestres à nous trouver

Chris Wilson, mis à jour le 15.12.2011 à 15 h 38

Si l’on n’arrive pas à trouver les extraterrestres, construisons une balise interstellaire.

Les pyramides de Gizeh en 2006, REUTERS/Goran Tomasevic

Les pyramides de Gizeh en 2006, REUTERS/Goran Tomasevic

Ceci est la deuxième partie d'un article consacré à l'héritage de la Terre et à la quête de vie extraterrestre.


Quelque part dans le cosmos, à 36 années lumières de notre planète, en direction de la constellation d’Hercule, une série d’ondes électromagnétiques s’étalant dans l’espace sur 45 millions de km transporte un message de la Terre. Chacun des 1.679 signaux qui la composent se répartit en deux fréquences — c’est un signal en modulation de fréquence qui se traduit par un ensemble de uns et de zéros.

Ce message date de 1974. Il fut diffusé depuis le radiotélescope d’Arecibo, à Porto Rico, pour commémorer les travaux de rénovation de l’installation. Ce qu’espéraient les auteurs du message, Carl Sagan et Frank Drake, fondateur de SETI, c’est que d’éventuels extraterrestres captant le signal remarqueraient que 1.679 est le produit de deux nombres premiers, 23 et 73 et qu’en arrangeant les zéros et les uns dans un tableau à 23 colonnes et 73 lignes, on obtient une série d’images simplifiées façon ASCII, parmi lesquelles une double hélice et une représentation schématique d’être humain. Qu’une civilisation extraterrestre arrive ou non à décoder le signal, ils ne pourraient manquer de noter quelque chose d’inhabituel dans ces signaux: leur intensité est dix millions de fois plus grande que le bruit de fond de notre soleil.

Mais les petits hommes verts n’ont aucune chance. La transmission d’Arecibo était dirigée vers un système distant de 25.000 années lumières, qui aura depuis longtemps quitté la zone visée par le signal lorsque celui-ci arrivera à proximité. Comme je l’ai mentionné dans la première partie de l’article, les probabilités que deux civilisations existent parallèlement, ne serait-ce que partiellement, sont extrêmement faibles. Quand bien même on laisserait le radiotélescope d’Arecibo gazouiller jusqu’à épuisement de ses ressources en énergie ou rouille du matériel, il n’y a quasiment aucune chance que les signaux arrivent où que ce soit, ou subsistent suffisamment longtemps pour être vus ou entendus. La seule façon d’entrer en contact serait de fabriquer une balise émettrice capable de fonctionner des millions ou des milliards d’années après notre disparition.

* * *

La pratique consistant à envoyer des signaux destinés à d’éventuels voisins extraterrestres est appelée active SETI ou METI (Messaging Extraterrestrial Intelligence). En 1999, puis de nouveau en 2003, un scientifique russe du nom d’Alexandre Zaitsev a de son propre chef entrepris d’émettre un signal de forte puissance en direction de systèmes stellaires voisins, au moyen d’un émetteur radio ultra puissant basé en Ukraine. Une initiative qui ne fut pas du goût de nombreux collègues considérant peu judicieux de se présenter au cosmos — plus que par les fuites de communications radio déjà existantes — alors qu’on n’a aucune idée des éventuelles intentions d’une civilisation extraterrestre.

Des extraterrestres malveillants?

À en croire les mises en garde de Stephen Hawking, on pourrait se trouver dans une situation à la Christophe Colomb découvrant l’Amérique, avec la Terre dans le rôle des Amérindiens. Michio Kaku souligne le fait qu’il n’a fallu à Cortez, doté d'une avance technologique d’environ mille ans, que deux ans pour conquérir l’intégralité de l’empire aztèque. À supposer qu’une bande d’extraterrestre débarque sur Terre, on peut imaginer un fossé technologique entre eux et nous d’une magnitude bien plus importante.

J’accepte pleine et entière responsabilité au cas où la Terre serait rayée de la carte par les extraterrestres, mais je ne crois pas qu’Hawking ou Kaku aient beaucoup à craindre de notre Russe. Ses émissions sont sporadiques, et les probabilités qu’il se trouve quelqu’un au bon endroit pour les détecter sont proches de zéro. Tant qu’on n’aura pas mis au point un signal capable d’être répété pour l’éternité, on ne court en pratique aucun risque de la part d’une éventuelle race de créatures assoiffées de slime venues de l’espace.

Bien entendu, il ne sert à rien de se mettre inutilement en danger. Si nous ne cherchons qu’à perpétuer l’héritage de la Terre, plutôt qu’à entrer en contact avec une autre civilisation du vivant de notre espèce, il existe une façon d’éviter le problème: faire de notre balise une sorte de réveil interplanétaire. On programmerait l’appareil de façon à rester silencieux tant qu’il reçoit depuis la Terre des communications à intervalles réguliers (un peu comme la touche «snooze» sur un réveil). Le jour où il constate que la planète est silencieuse depuis, disons, 500 ans, il se met en route.

Une telle machine paraît absurde, et les physiciens avec lesquels j’ai discuté ne sont pas d’accord sur la question de savoir si nous disposons ou non de la technologie nécessaire à la construction d’un système suffisamment robuste et économe en énergie pour subsister sur une telle durée. J’ai dîné voici quelques semaines avec des physiciens des plasmas qui pensaient que ce serait possible dès aujourd’hui, pourvu que le financement soit accordé. D’autres considèrent qu’on n’a pas encore le savoir-faire nécessaire — la plupart admettent qu’on pourrait l’acquérir au fur et à mesure des travaux — mais reconnaissent que le dispositif ne transgresse aucune loi de la physique. Quoi qu’il en soit, un groupe de scientifiques des plus sérieux a déjà entrepris de s’attaquer aux problèmes posés par l’élaboration d’une balise émettrice à ultra-long terme.

Une balise cyclique

Les efforts les plus fructueux figurent sur le blog Centauri Dreams, affilié à une fondation dédiée à la promotion des voyages interstellaires. À sa tête, deux frères jumeaux, les physiciens James et Gregory Benford (ce dernier est également auteur de science-fiction) qui approchent la question des émissions en direction des extraterrestres depuis un point de vue économique. Dans un article paru dans le journal Astrobiology, ils expliquent comment on pourrait construire un tel dispositif sans y consacrer l’intégralité de notre PIB. Selon eux, on ne disposera pas à court terme de technologies nous permettant d’émettre des signaux suffisamment puissants toutes les minutes et des millénaires durant.

On peut néanmoins trouver le moyen de rendre notre balise plus efficace, en se restreignant aux systèmes stellaires où la vie semble plus probable et en les ciblant tour à tour, selon un cycle se répétant sur une période de quelques mois. L’idée, c’est qu’une civilisation un tant soit peu curieuse interceptant une transmission orientera ses télescopes en direction de ce point précis jusqu’à l’arrivée de la prochaine partie du message. Cette approche plus pragmatique — une sorte de norme Energy Star pour SETI — permettrait des économies d’énergies suffisantes pour faire fonctionner notre émetteur sur des millions d’années.

La question de la quantité d’énergie pouvant être fournie à l’émetteur, toutefois, dépend en grande partie de l’endroit où on l’installe. J’en ai parlé avec Gregory Benford, qui propose de placer ce «bûcher funéraire» en orbite large autour du soleil, selon un rayon équivalent environ à la moitié de la distance avec la Terre. Cela fournirait une énergie abondante aux panneaux solaires de la balise, sans que la chaleur ne mette le matériel en danger. Ce niveau d’énergie solaire serait probablement suffisant pour le fonctionnement d’une balise telle que l’envisage Benford, mais on peut également imaginer de renforcer les panneaux solaires avec un générateur similaire à celui de la sonde Voyager 2, qui produit de la chaleur à partir de la désintégration radioactive. Il servirait de système de sécurité, indique Benford. «On s’efforce toujours d’éviter les points individuels de défaillance.»

Quand bien même la balise dispose d’assez de jus pour émettre jusqu’en l’an 100 millions, elle devra affronter la menace constante et récurrente des micrométéorites et des débris spatiaux d’origine humaine. Il serait possible de se prémunir contre ce risque en installant des systèmes robotisés avancés — qui n’existent pas encore — capables de réparer les dommages subis par les panneaux solaires et de remédier à l’usure des pièces mécaniques. Il est certain qu’aucun dispositif imaginable ne pourrait protéger notre balise en cas de grosse collision, mais c’est le risque encouru dès qu’on envoie quelque chose dans l’espace.

Défi technique

Les probabilités jouent de toute façon en faveur des objets de petite taille. Si l’on considère le fait que la planète Terre n’a eu à subir que quelques impacts catastrophiques sur une durée de vie de 4,5 milliards d’années (bien qu’étant, il est vrai, dotée d’une atmosphère capable de griller des astéroïdes potentiellement dangereux), une balise de petite taille a de bonnes chances d’éviter les problèmes.

Selon l’astronome du SETI Seth Shostak, nous devrions disposer de la technologie nécessaire à la construction d’une balise du genre de celle que propose Benford d’ici quelques décennies, et non des siècles. «C’est de toute évidence un défi technique. Mais ce devrait être à notre portée».

Du fait du climat géopolitique actuel, toutefois, les perspectives de voir entrepris un tel projet sont maussades. Mais des pyramides d'Égypte aux statues de l’île de Pâque, la notion de monuments destinés à survivre à notre civilisation n’est pas neuve. On pourrait la qualifier de syndrome d’Ozymandias, en l’honneur du poème de Percy Bysshe Shelley. Le danger de ce genre de projet, c’est à l’instar du pharaon décrit par Shelley, de céder à l’hubris et ne laisser derrière nous que les ruines d’une statue à notre gloire, «deux énormes jambes en pierre, dépourvues de tronc».

C’est pourquoi j’ai laissé de côté la question du contenu du message destiné aux extraterrestres. Le contenu de tout signal émis par notre balise devra faire l’objet d’intenses négociations internationales. Faire court n’est pas obligatoire — quand on parle de milliers de millions d’années, on peut prendre le temps qu’il faut pour dire ce qu’on a à dire. Pour ma part, franchement, je m’en fiche un peu. C’est l’idée de ce silence absolu qui m’effraie. Et pour rompre ce silence, il suffirait juste de dire: «Bien le bonjour de la Terre».

Chris Wilson

Traduit par David Korn

(lire la première partie ici)

Chris Wilson
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