Le Royaume-Uni du «splendide isolement» au pauvre isolement?

Angela Merkel et David Cameron lors du sommet européen de Bruxelles, le 9 décembre 2011. REUTERS/Yves Herman.

Angela Merkel et David Cameron lors du sommet européen de Bruxelles, le 9 décembre 2011. REUTERS/Yves Herman.

Si l'Europe surmonte la crise, la position prise par David Cameron lors du sommet de Bruxelles débouchera sur une défaite stratégique.

Le sommet de Bruxelles de la semaine écoulée –il va désormais falloir vivre au rythme des sommets européens, puisque Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont annoncé que les dirigeants de la zone euro se réuniront une fois par mois– la dernière en date donc de ces réunions, restera sans doute comme celle de la sortie du Royaume-Uni. Non pas sortie de l’UE certes, encore qu'une part non négligeable du parti conservateur au pouvoir à Londres pousse dans ce sens, mais certitude que Londres n’aidera en rien à la sortie de crise.

C’est au fond la mise en cohérence de l’attitude de la City qui, avec Wall Street, cherche depuis l’été dernier et le début de la crise des dettes souveraines l’explosion de la zone euro. Mais c’est une position qui, si l’Europe surmonte cette crise, ressemblera, pour le Royaume-Uni, à une défaite stratégique. Bien sûr si, au contraire, la crise devait mal tourner pour les Européens, Londres pourrait triompher sur le mode: on vous l’avait bien dit!

On le sait depuis le début: ni la City, ni le gouvernement britannique n’ont accepté l’idée qu’une construction politique –la zone euro– puisse s’imposer aux marchés. Mais, dans le même temps, David Cameron ferait mieux d’y regarder à deux fois. Son pays est dans un triste état: dettes énormes, chômage record (même s’il est moins élevé qu’en France), baisse du pouvoir d’achat, extension des zones de pauvreté et menace de récession. Jouer contre la zone euro, et hors de celle-ci, peut donc signifier que l’on cherche à l’affaiblir.

Or, si la zone euro plongeait vraiment dans la récession et si elle devait éclater, cela coûterait au Royaume-Uni, compte tenu des données de son commerce extérieur qui reste accroché de façon significative à l’Europe continentale, quelques points de croissance en moins. Cette seule perspective va probablement conduire les travaillistes, comme le font déjà les libéraux-démocrates, qui pourtant participent au gouvernement, à revenir vers un discours pro-européen.

Deux visions

Mais, en attendant, on peut mettre en balance deux visions. La première, historique, consiste à rappeler que, depuis qu’il existe, le Royaume-Uni a toujours eu l’obsession d’éviter que s’affirme sur le vieux continent une puissance dominante. Une zone euro solide dominée par le couple franco-allemand lui est, dans cette perspective, intolérable.

L’autre vision est plus réaliste. Elle consiste à considérer la réalité, à savoir que les Etats-Unis se détachent durablement de l’Europe; et donc, un Royaume-Uni qui miserait uniquement sur sa relation spéciale avec Washington se trompe. Si l’Europe a moins d’importance (comme l’ont affirmé Barack Obama et Hillary Clinton lors de la grande rencontre stratégique à Honolulu, qui a clairement marqué le basculement des Etats-Unis vers une préoccupation Asie-Pacifique), que dire alors de la relation avec Londres?

Et si, dans le même temps, le Royaume-Uni refuse de s’arrimer davantage à l’Union européenne, il ne lui restera plus que l’isolement. Le «splendide isolement», disait-on dans les siècles passés, ne sera plutôt désormais qu’un pauvre isolement… Il nous reste à souhaiter à l’Union européenne d’être, comme le fut un temps l’empire britannique, celui ou celle qui perd toutes les batailles, sauf la dernière!

Et si les bourses remontaient tranquillement?

De ce point de vue, le sommet de Bruxelles des 8 et 9 décembre a, c’est vrai, marqué une étape vers l’édification d’une union budgétaire qui viendrait conforter l’union monétaire. Mais déjà il nous faut considérer la prochaine étape de la crise, bancaire celle-là, puisque nous nous approchons à grands pas d’un «crédit crunch». C’est-à-dire d’une contraction du crédit qui serait désastreuse car elle viendrait alimenter une possible récession.

Dans ces circonstances, la décision la plus importante émane de Mario Draghi, le président de la BCE qui a décidé d’ouvrir de façon illimitée le robinet à liquidités pour éviter ce crédit crunch. Mario Draghi, qui est devenu désormais le personnage central de la crise auquel, de facto, les chefs d’Etat et de gouvernement, à travers le respect de son indépendance, confèrent, plus que les apparences ne le disent, une véritable marge de manœuvre.

Mais cela suffira-t-il? Nous le verrons à l’occasion du prochain sommet, dans un mois donc! En attendant, je fais ici un pari: celui de voir les bourses remonter tranquillement jusqu’à la fin du mois de décembre, ne serait-ce que parce que les traders et spéculateurs de tout bord voudront assurer pour les fêtes leur bonus de fin d’année!

Jean-Marie Colombani

Cet article est également paru dans le quotidien espagnol El Pais.