Économie

Prix de l'essence: c'est l'euro qui coule à la pompe

Temps de lecture : 5 min

Pourquoi le carburant est-il aujourd'hui au même niveau qu’à l’été 2008, alors que le baril de pétrole vaut 40 dollars de moins?

Une station essence à Bordeaux. REUTERS/Regis Duvignau
Une station essence à Bordeaux. REUTERS/Regis Duvignau

Malgré les rappels à l’ordre du gouvernement, les prix des carburants à la pompe flambent à nouveau: 1,48 euro le litre pour le SP95 en moyenne selon l’Union française des industries pétrolières (Ufip), le même niveau qu’au mois de juillet 2008. Et 1,38 euro pour le gazole. Mais à l’époque, le prix du baril de pétrole avait atteint des sommets, touchant par deux fois les 145 dollars au cours de la première quinzaine de ce mois .

Cette fois, ce n’est pas le cas: le baril de WTI cote autour de 101 euros en ce début décembre, soit 30% de moins qu’en juillet 2008. Et pourtant, à la pompe, les niveaux actuels de prix TTC sont bien du même tonneau.

Des prix à leur sommet, alors que le baril est moins cher…

Les prix étant libres, les montants indiqués ne sont que des moyennes. Pour le SP95, les prix à la pompe s’étalent en ce début décembre de 1,43 euro le litre dans les grandes surfaces à 1,58 euro dans les stations d’autoroute. On est bien sur les fourchettes les plus hautes des prix de ce carburant.

Pour le gazole, les automobilistes le paient aujourd’hui entre 1,32 à 1,47 euro le litre selon qu’ils s’approvisionnent aux pompes d’un supermarché ou sur autoroute. Et même quelques centimes de plus au litre s’ils sont adeptes du gazole+. On note ainsi que, en juillet 2008 quand le pétrole était plus cher, le prix du gazole était un peu plus élevé, de 5 centimes d’euro par litre. Ce qui semble un peu plus cohérent. Mais l’écart est faible malgré tout compte tenu de la différence de prix du baril. Le problème, donc, reste entier.

… Ou, à prix de baril identiques, des prix à la pompe plus élevés

Abordons la question autrement, à prix de baril comparables. En février 2008, le prix du baril de WTI était à son niveau actuel, mais le litre de SP95 était affiché à la pompe à 10 centimes de moins. Encore plus fort: le litre de gazole valait 14 centimes de moins. Qu’est-ce qui a changé?

On pourra rétorquer que, s’agissant de carburants distribués en France, il serait plus pertinent de considérer le prix du baril de brent de la mer du Nord. Mais la question posée ne change pas. En avril 2008, le brent était à 109 dollars le baril, comme aujourd’hui. Or, en ce mois de décembre, le litre de SP95 vaut 10 centimes de plus qu’à l’époque. Quant au litre de gazole, il coûte à la pompe 9 centimes de plus; soit un écart de 7%, pour des prix du baril identiques.

La fiscalité hors de cause

Les représentants des compagnies pétrolières ont l’habitude de souligner que les variations du prix du brut n’impactent que le prix hors taxes des carburants, soit en l’occurrence 42% du prix du litre de SP95 et 50% pour le gazole. Autrement dit, quand le prix du baril baisse, la répercussion à la pompe est moins sensible.

Mais, sur la période, les taxes sont restées relativement stables: 57% en novembre 2011 contre 56% en juillet 2008 pour le SP95, et 48% contre 46% pour le gazole. «La fiscalité a été à peu près constante en valeur absolue et en pourcentage», convient l’Ufip. Aussi, si le baril est moins cher, le litre de carburant à la pompe devrait l’être également. Le mécanisme à l’origine de cette hausse est ailleurs. Il faut donc creuser.

Une structure de prix relativement constante

Les pétroliers reconstitueraient-ils des marges qui avaient eu tendance à se comprimer avec la crise? Dans l’activité raffinage, le niveau de marge était globalement supérieur à 30 euros la tonne (soit 40 dollars au cours actuel) entre 2004 et 2008. Mais il s’est contracté, ce qui explique entre autres la fermeture de raffineries en France. Par exemple, un pétrolier comme Total a annoncé pour le troisième trimestre 2011 un recul à 13,40 dollars par tonne (environ 10 euros), contre 16,40 dollars un an plus tôt et 16,3 dollars au deuxième trimestre 2011. Même avec un redressement de ces marges en fin d’année, la réalité est plus complexe.

Ce n’est pas non plus dans le transport qu’il faut chercher les causes de cette différence. Ni dans la distribution, où les marges sont globalement constantes à 7 ou 8 centimes par litre environ dans les stations services des pétroliers.

Un certain nombre d’autres facteurs doivent être pris en considération. Comme par exemple, l’impact de l’incorporation de biocarburants qui renchérit de 0,9 à 1,3 centime le litre à la pompe. «Voire 2 centimes, auxquels il faut ajouter 1 centime pour les certificats d’économie d’énergie», insiste un professionnel. Quand bien même: l’impact est pertinent, mais pas à la hauteur du problème.

Par ailleurs, compte tenu du contexte de crise, les entreprises du secteur pétrolier doivent s’acquitter d’une taxe exceptionnelle qui, cette année, rapportera environ 120 millions d'euros à l’Etat. Au regard des 10 milliards d’euros de bénéfices d’ un groupe comme Total en 2010, et alors que les profits de 2011 continuent de progresser grâce à l’exploration-production (+17% au troisième trimestre 2011), on ne pleurera pas sur les comptes d’une entreprise qui, par ailleurs, n’a pas payé d’impôt sur les sociétés en France l’an dernier. Mais cette contribution exceptionnelle doit probablement être intégrée peu ou prou dans le calcul du coût du carburant à la pompe. Toutefois, sur 42 millions de tonnes de carburant consommés en France dans l’année (chiffre 2010), l’incidence est marginale, inférieure à 0,5 centime par litre.

La parité euro/dollar en question

Mais, surtout, il y a l’euro. Et la parité euro/dollar. A la mi-2008, le cours de la monnaie européenne par rapport à l’américaine était bien plus élevée: l’euro valait 1,47 dollar en février, 1,57 dollar en avril, et 1,50 dollar en août… soit plus de 10% de plus que le cours actuel de 1,34 dollar.

Or, la monnaie de référence sur le marché pétrolier est le dollar. Quand l’euro baisse par rapport au dollar, le prix à la pompe en euro grimpe mécaniquement par le simple jeu des parités. En outre, une augmentation de 10% sur le prix hors taxes correspond alors à 12% de hausse en intégrant le différentiel de TVA.

Selon les professionnels, «pour une baisse de 10 centimes de l’euro par rapport au dollar, l’impact est une hausse de 5 centimes par litre pour l’essence et de 6 centimes pour le gazole». Donc, dans l’exemple qui nous intéresse, une hausse de 8 centimes pour l’essence et de 9 centimes pour le gazole.

Ainsi, le litre de SP95 payé aujourd’hui 1,48 euro à la pompe coûterait 1,40 euro si le cours de l’euro était à 1,50 dollar au lieu de 1,35. Quant au gazole à 1,38 euro le litre, il reviendrait à 1,29 euro. L’évolution de parité euro/dollar constitue donc la raison principale du coût des carburants à la pompe aujourd’hui.

Ce constat mérite d’être médité alors que les programmes économiques de certains partis politiques proposent une sortie de l’euro. Ce qui se caractériserait par un retour à des monnaies forcément bien plus faibles que la monnaie européenne. Ce se traduirait pas une explosion des prix, et pas seulement ceux des carburants, mais dans des proportions bien supérieures à l’exemple ci-dessus qui ne porte que sur un différentiel de 10% de la monnaie.

Gilles Bridier

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