Le sexe est bon pour la santé…ou pas

Les études scientifique sur le sexe sont aussi nombreuses que leur qualité est douteuse...

Banksy- Peaceful hearts doctor /Eva Blu via Flickr CC License By

- Banksy- Peaceful hearts doctor /Eva Blu via Flickr CC License By -

Si vous ne savez pas déjà que le sexe est bon pour la santé, c’est que vous avez vraiment la tête ailleurs. Selon la source que vous préférez croire, l’activité sexuelle est bonne pour la santé à six, huit, dix, seize ou dix-sept titres.

Selon les recherches scientifiques vendues dans ce genre d’article, le sexe permet de brûler des calories, réduire le stress, diminuer la dépression, soulager la douleur, réduire le risque de cancer et de crise cardiaque, diminuer votre risque de mourir et même réduire la fréquence des bouffées de chaleur chez la femme ménopausée.

Si l’on part du principe que ces études ont raison (on y revient dans une minute) et que le sexe a réellement un impact bénéfique sur la santé, alors la question qui se pose tout naturellement est: comment organiser sa vie sexuelle pour en tirer un maximum de profit?

Est-ce qu’une série de coups d’un soir est aussi salutaire que des accouplements sur le long terme? De petites séances de masturbation pourraient-elles être aussi bénéfiques et salubres qu’une seule nuit de relations sexuelles conventionnelles?

Stuart Brody, psychologue à l’University of the West of Scotland, a dédié sa carrière à l’étude de ce genre de questions, et son rapport de 2010, intitulé «The Relative Health Benefits of Different Sexual Activities» [bénéfices relatifs sur la santé des différentes activités sexuelles] conclut que le coït vaginal est la forme de relation sexuelle qui procure les meilleurs résultats physiologiques.

Il étaie cette affirmation à l’aide de données issues d’une enquête datant de 2009, portant sur près de 3.000 Suédois, dans laquelle les gens qui disaient avoir des coïts vaginaux le plus fréquemment dégageaient également un meilleur niveau de satisfaction sexuelle, de santé et de bien-être.

La prévention par la masturbation

Mais n’allez pas tourner le dos à la masturbation pour autant. Une étude de 1988 révèle que l’autostimulation génitale augmente le seuil de tolérance à la douleur et produit un effet analgésique chez la femme, et une étude de 2003 fait le lien entre masturbation et réduction du risque de cancer de la prostate, ce que les chercheurs associent à la fréquence de l’éjaculation.

Mais une étude ultérieure n’a pas réussi à démontrer la relation entre les deux, et, ce qui a sûrement chagriné de nombreux hommes, a fini par conclure que le risque de cancer de la prostate n'est pas lié au nombre de spermatozoïdes émis lors de l'éjaculation.

(Certaines études suggèrent aussi un lien entre sexe et cancer du sein: une d’entre elles trouve une réduction du risque de cancer du sein chez les femmes qui ont eu des partenaires sexuels multiples, mais une autre que les femmes qui ont eu des enfants de plusieurs hommes n'ont pas moins de risques de contracter la maladie.)

Le sperme, antidépresseur

Cependant, si vous êtes tenté de vous la jouer solo, il est utile de savoir la chose suivante. Si la masturbation vous envoie au septième ciel, elle ne vous aidera probablement pas à vous sortir de la déprime.

L’étude suédoise de Brody révèle que ceux qui se masturbent fréquemment ont de moins bons résultats en termes de santé et de bien-être que ceux qui ont de fréquentes relations sexuelles sous forme de coït vaginal.

Dans une étude de 2004 portant sur des femmes d’une cinquantaine d’années, on constate que celles qui avaient souffert de dépression se masturbaient davantage et tiraient une moins grande satisfaction de leurs relations sexuelles à deux que les femmes non-dépressives.

Apparemment, pour qu’il y ait guérison, il faut qu’il y ait du sperme. Une étude portant sur un peu moins de 300 étudiantes d’Albany, dans l’État de New York, révèle que l’état dépressif (évalué sur une échelle de la dépression) augmente proportionnellement à la période d’abstinence d’une femme.

Les femmes les plus heureuses de l’étude étaient celles qui avaient eu le plus de relations sexuelles vaginales, effet antidépresseur qui s’évaporait si elles avaient utilisé des préservatifs.

Les étudiantes qui n’avaient pas eu de relations sexuelles ou disaient avoir utilisé des préservatifs rapportèrent davantage de tentatives de suicide que celles qui affirmèrent avoir eu des relations non-protégées.

Si cette étude n’est pas assez rigoureuse pour fournir des conclusions réellement solides, il est théoriquement possible que le sperme ait vraiment des propriétés d’antidépresseur puisqu’il regorge d’hormones, de neurotransmetteurs et autres produits chimiques, y compris de testostérone, de prostaglandine et d’hormones stimulant l’ovulation.

Un missionnaire sportif

Bon, partons du principe que vous avez un(e) partenaire. Quelle est la meilleure position sexuelle ? (Et par meilleure, j’entends meilleure pour la santé bien sûr).

Les recherches indiquent que si vous vous mettez à l’ouvrage pour brûler des calories, alors la position du missionnaire est probablement la plus indiquée [note de la traductrice: cette étude mesure les calories brûlées par les hommes…].

Mais ne résiliez pas tout de suite votre abonnement à la salle de gym: une étude de 2008 montre que les exigences physiques de l’activité sexuelle sont à la fois modérées et de courte durée.

Tromper sa femme, mauvais pour la santé

Les relations sexuelles avec leur légitime peuvent s’avérer meilleures pour la santé des hommes que les parties de jambes en l’air avec une maîtresse, surtout si ces dernières ont lieu dans un endroit secret.

Un article publié en septembre affirme que la majorité des fractures du pénis constatées dans un hôpital du Maryland ont lieu lors de relations sexuelles extraconjugales dans des endroits «originaux» comme des voitures, des ascenseurs et des toilettes publiques.

Voici où nous en somme pour l’instant: si vous voulez développer au maximum votre santé sexuelle ou votre santé induite par vos activités sexuelles, il vous faut avoir le plus de coïts vaginaux possibles, en position du missionnaire, à la maison, dans la chambre, et sans préservatif.

Des études «où on trouve ce qu’on a envie de trouver»        

Ceci dit il y a un petit problème. Aucune des études mentionnées plus haut ne rentre dans la catégorie des recherches médicales de grande qualité.

Même Irwin Goldstein, rédacteur en chef du Journal of Sexual Medicine, admet que les preuves sont minces:

«C’est un peu le genre de cas où on trouve ce qu’on a envie de trouver. Les articles sont sujets à controverse. Ce sont pour beaucoup des travaux compilant des anecdotes

Certains ont plus particulièrement critiqué les travaux de Stuart Brody en lui reprochant de montrer une certaine partialité à l’égard d’actes hétérosexuels spécifiques. («C’est un obsédé du coït vaginal» m’a confié un expert).

Des chiffres donnés par les sujets eux-mêmes

Mais presque toutes les études du domaine pâtissent d’une méthodologie suspecte. Tout d’abord, elles s’appuient en général sur des chiffres concernant la fréquence des relations sexuelles et des orgasmes fournis par les sujets eux-mêmes.

Si vous voulez croire les résultats, il vous faut aussi être convaincu que les gens qui ont participé à l’enquête ont donné des renseignements parfaitement honnêtes sur leur vie sexuelle à de parfaits étrangers.

Pour les études examinant les liens entre cancer de la prostate et fréquence des éjaculations, il faut croire sur parole que les participants notent et rapportent fidèlement leur nombre moyen d’éjaculations mensuelles sur plusieurs décennies.

Pas plus que des corrélations suggestives

Même si les chiffres reportés par les sujets étaient exacts, la plupart de ces études sont trop réduites pour produire autre chose que des corrélations suggestives.

Les maladies vasculaires sont une cause courante d’impuissance. Est-ce que le sexe améliore la santé cardiaque des hommes, ou est-ce qu’un cœur et des vaisseaux sanguins en bonne santé permettent simplement aux hommes d’avoir davantage de relations sexuelles?

Des recherches standard sur le sexe et la santé ne peuvent répondre à des questions de base comme celles-là.

Quelle méthodologie pour des études plus probantes?

Pour obtenir des réponses plus consistantes aux questions liant sexe et santé, les chercheurs devraient assigner divers actes sexuels aux participants de façon aléatoire, et examiner ensuite l’évolution de leur santé.

Ce genre d’études pourrait comparer coït vaginal et sexe oral, masturbation ou stimulation à l’aide d’un vibromasseur pour décider une bonne fois pour toutes si les relations hétérosexuelles standard sont vraiment aussi supérieures que l’affirme Brody.

Des études randomisées, incluant notamment des hommes homosexuels, pourraient contribuer à clarifier le potentiel antidépresseur du sperme mais ce genre d’études pourraient s’avérer difficile à réaliser.

Comment s’assurer que les participants respectent vos instructions? Et si un couple se sépare avant la fin de l’étude? Un participant qui aurait des relations sexuelles en douce pourrait-il fausser les résultats?

Les travaux existant impliquent des gens qui ont choisi d’avoir des relations sexuelles de leur plein gré et (pour la plupart) à la fréquence de leur choix.

On ne peut pas savoir si les participants obtiendraient les mêmes résultats positifs s’ils avaient des relations sexuelles sur ordonnance. Difficile d’imaginer que des relations sexuelles non désirées (ou avec un partenaire pas franchement motivé) puissent avoir des effets bénéfiques sur la santé —ou sur la relation de couple.

La tristesse du cul transformé en médicament

Mais il y a quelque chose, dans ces études, qui me dérange bien davantage. D’habitude je trouve que le sexe est un sujet plutôt attirant, mais au bout de quelques pages du volume de Brody, qui en compte 26, je perds toute curiosité —non seulement pour ses assommantes explications ou son excessive dévotion au coït vaginal, mais même pour le quelconque bénéfice pour la santé que le sexe pourrait vraiment avoir.

Transformer le cul en médicament lui enlève tout son côté ludique. Je ne fais pas l’amour parce que c’est bon pour ce que j’ai. Je le fais parce que c’est génial.

Si mon mari et moi avons des relations sexuelles aussi fréquentes, c’est parce que nous éprouvons une attirance réciproque et que nous avons soif de l’intimité et du plaisir intense que nous procure le frottement de nos corps nus, pas parce que nous nous adonnons à des relations sexuelles sur ordonnance au bénéfice de notre santé.

C’est le désir lui-même et le plaisir de s’y abandonner qui rendent l’expérience sexuelle si merveilleuse. Je ne doute pas que les pulsions coquines ne soient un signe de bonne santé (à moins d’avoir été mordu par un animal enragé), mais ceux d’entre nous qui en ont envie ne devraient pas avoir besoin d’un mot du docteur pour s’envoyer en l’air.

Christie Aschwanden

Traduit par Bérengère Viennot

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Publié le 23/12/2011
Mis à jour le 23/12/2011 à 13h59
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