La sortie de crise n'est pas pour demain
La crise actuelle trouve ses origines dans un phénomène qui dépasse de loin la zone euro et la gestion des finances publiques de chacun de ses membres: il s’agit de la persistance et de l’aggravation des déséquilibres mondiaux.
- Derrière la porte de secours, la lumière rodolfoschmidt via Flickr CC License by -
On le croit à chaque réunion des dirigeants européens: la crise de l’euro touche à sa fin. Et, comme en montagne, on découvre que chaque obstacle gravi en cachait un autre plus élevé. Pourtant, cette fois, le dénouement paraît réellement très proche. Mais il ne faudrait pas croire que ce sera la fin de nos problèmes…
Finalement, en décidant de mettre sous surveillance avec implication négative les notes de quinze des dix-sept Etats membres de la zone euro, y compris les six, dont la France, qui avaient encore un AAA, l’agence Standard & Poor’s a peut-être rendu un grand service aux dirigeants européens: elle les met au pied du mur.
Comme l’écrivent les économistes d’Aurel BCG, «plus la crise est grave, plus la fin approche». Il est difficile de prévoir exactement quand l’événement se produira et quelle forme il prendra. Mais il est certain que les pays de la zone euro vont rapidement se mettre d’accord sur de nouvelles règles de gouvernance et que la BCE va finir par accepter d’intervenir d’une façon plus massive et efficace. Sinon, c’est la fin de l’euro et cette hypothèse-là ne semble ni la plus probable ni la plus souhaitable.
Le basculement du monde
Cela dit, même si on peut entrevoir la fin prochaine de la phase aiguë de la crise, ce serait une erreur de croire que la crise elle-même sera terminée. La détente prévisible sur les marchés financiers, qu’il s’agisse des obligations émises par les Etats ou des actions, ne donnera pas le signal d’une vigoureuse reprise de l’activité économique. Si l’on veut comprendre pourquoi, il est nécessaire de prendre un peu de recul par rapport aux événements de ces derniers mois.
En fait, il faut le rappeler, la crise actuelle trouve ses origines dans un phénomène qui dépasse de loin la zone euro et la gestion des finances publiques de chacun de ses membres: il s’agit de la persistance et de l’aggravation des déséquilibres mondiaux. Avec la crise boursière et immobilière qui a frappé le Japon à la fin des années 80, les pays avancés d’Europe et d’Amérique du Nord ont pu croire qu’ils allaient pouvoir souffler: ce nouveau et ambitieux compétiteur allait devoir, au moins pendant quelque temps, mettre un frein à ses conquêtes de nouveaux marchés.
C’était une erreur: le Japon est effectivement rentré dans le rang, mais la Chine s’est réveillée et d’autres pays émergents se sont aussi lancés à la conquête du marché mondial. Pour reprendre une expression employée par de nombreux économistes, on assistait alors au basculement du monde. Et le monde n’a pas encore fini de ressentir tous les effets de ce basculement.
Le fait probablement le plus important de cette période est la fin du lien qui liait les grandes entreprises et les Etats. Nous l’avons déjà dit, mais il n’est jamais inutile de se répéter: ce qui est bon pour General Motors aujourd’hui ne l’est plus forcément pour les Etats-Unis. Beaucoup d’études économiques officielles, notamment en France, minimisent l’impact des délocalisations. De fait, les opérations les plus spectaculaires telles que la fermeture d’une usine dans un pays développé pour fabriquer le même produit dans un pays à bas salaires ne pèsent pas d’un poids économique aussi considérable qu’on a généralement tendance à le croire.
Le mouvement le plus fort est beaucoup plus insidieux: de plus en plus de produits nouveaux sont fabriqués d’emblée en Chine ou dans un pays voisin. Il n’y a pas de délocalisation de la production au sens strict, mais il y a un déplacement bien réel de l’activité.
Consommateurs de dernier ressort
On peut rappeler à ce propos que le fondateur et président mythique d’Apple, Steve Jobs, ne comptait pas que des admirateurs. Certains, dans son pays, lui reprochaient ce qu’ils appelaient le «un pour dix» : un emploi créé aux Etats-Unis pour dix emplois créés en Chine. Certes, l’emploi ainsi créé aux Etats-Unis par des firmes comme Apple est à haute valeur ajoutée et il est très bien rémunéré. Il n’empêche que la majorité des emplois sont créés dans des pays à bas coût. Quand on dénonce l’invasion des produits chinois, il faut avoir en tête qu’il s’agit, dans environ 50 % des cas, de produits issus de la coopération d’une entreprise chinoise avec une entreprise d’un pays avancé.
Dans ce schéma, Européens et Américains sont ce qu’on pourrait appeler les consommateurs de dernier ressort. Forcément, cela crée des déséquilibres. La zone euro profite du dynamisme des entreprises exportatrices allemandes et équilibre à peu près ses échanges extérieurs de biens et services. Mais les Etats-Unis, selon les estimations du FMI pour 2011, ont un solde des transactions courantes négatif de 3,1 % de leur PIB tandis que la Chine a un excédent de 5,2 % de son PIB. Et, on le sait, elle recycle en partie cet excédent en souscrivant aux emprunts du Trésor américain.
Des subprimes à la crise de la dette
La boucle est bouclée, dira-t-on, et cela pourrait durer. Ce n’est pas vrai. La conséquence de ce fonctionnement est que les écarts se creusent à l’intérieur des pays avancés entre ceux qui sont en situation de profiter de la mondialisation et ceux qui la subissent (l’OCDE a publié le 5 décembre un rapport intéressant sur ce sujet). Cette croissance des inégalités est choquante moralement, mais elle a aussi un coût économique. On l’a bien vu en 2008 avec la crise des subprimes et ses suites.
Tout le problème, en effet, a été de pallier la faiblesse des revenus d’une partie de la population américaine. Les financiers américains, qui ne manquent pas d’imagination, ont eu l’idée de développer, avec le succès que l’on sait, ces crédits immobiliers consentis à des gens qui n’auraient jamais pu avoir accès à un crédit classique. En Europe, on n’a pas fait cette erreur, mais on en a fait d’autres. Le processus a été un peu différent selon les Etats, mais la tendance générale a été à une hausse de la dette publique. En France, on est passé d’un peu plus de 20 % du PIB au début des années 80 à 64,2 % fin 2007. On a ainsi abordé la crise avec un endettement élevé; à la fin du premier trimestre 2011, on est arrivé à 84,5 % du PIB.
La Grèce? Un détonateur
Jusque là, les marchés financiers avaient été plutôt tolérants. A dire vrai, on ne serait jamais arrivé à ces niveaux sans la complaisance de ces marchés, qui ont permis aux Etats d’accéder à l’épargne mondiale et de se financer sans problème même si leur épargne nationale était déficiente. Et puis, comme c’est toujours le cas avec la finance, on arrive d’un seul coup à un point où on juge que la situation n’est plus tenable et où on corrige brutalement le tir. Le détonateur a été la dette grecque, mais on ne peut accuser cet Etat, certes mal géré, d’être la cause de la crise; il a été simplement l’élément qui a conduit à la prise de conscience des excès commis dans la plupart des Etats industrialisés depuis longtemps.
La zone euro, dans ce nouveau contexte, était la plus vulnérable. D’abord, elle souffre du fait d’avoir une banque centrale en charge de la monnaie unique de dix-sept pays, alors que partout ailleurs on a un pays, une banque centrale et une monnaie. Résultat: à la mi-novembre 2011, la Banque du Japon détenait de la dette publique nationale pour un montant représentant plus de 18% du PIB, la Banque d'Angleterre était à environ 15%, la Réserve fédérale à 12%, alors que la BCE ne détenait de la dette publique des Etats de la zone euro que pour un peu plus de 2% du PIB de la zone.
Les marchés ont compris qu’ils avaient un boulevard devant eux, avec cette banque centrale qui se refusait à acheter des titres émis par les Etats. La BCE, sous l’impulsion de Jean-Claude Trichet, s’est résignée tout de même à intervenir pour empêcher les taux à long terme payés par certains Etats européens de dépasser des niveaux jugés intolérables. Mais, comme le constate Bernard Aybran, directeur de la gestion à Invesco Asset Management, «pour que l’intervention de la BCE soit proportionnelle à celle de la Fed, elle devrait acheter pour 1.000 milliards d’euros d’emprunts d’Etat supplémentaires!» Rappelons qu’elle n’en est qu’à un peu plus de 200 milliards.
L’euro, il faut le souligner, a joué un rôle d’anesthésiant au cours des années qui ont précédé la crise. Même si les Etats endettés payaient des intérêts plus élevés que ceux de l’Allemagne, les écarts s’étaient considérablement réduits depuis la naissance de l’euro. Avec la crise, ils ont retrouvé leur niveau antérieur. De fait, c’est un peu comme si l’euro n’existait plus: chaque Etat se retrouve face à ses créanciers dans la même situation que précédemment, sauf qu’il ne peut jouer la carte de la dévaluation.
Si un accord intervient au niveau européen et si la BCE juge possible, grâce à cet accord, de se montrer plus interventionniste (elle ne le fera pas si des engagements d’une gestion rigoureuse ne sont pas pris), le marché des titres obligataires émis par les Etats pourra rapidement retrouver un cours plus normal. Mais la croissance risque fort de rester très modeste.
Long chemin vers de nouveaux équilibres
Pour que l’Europe et, plus globalement, les pays dits avancés retrouvent une activité soutenue, sans le soutien artificiel de produits du type subprimes ou de l’endettement croissant des Etats, il faudra que l’économie mondiale se rééquilibre, en clair, que la consommation ne repose pas seulement sur eux.
Ce n’est pas pour demain. La Chine, par exemple, a compris qu’elle ne pouvait continuer à faire reposer sa croissance sur les seules entreprises exportatrices. Un rééquilibrage est en cours, au profit de la demande intérieure. Mais il prendra du temps; on ne passe pas en quelques trimestres d’un modèle de développement à un autre. Par ailleurs, les membres de la zone euro devront à la fois resserrer leurs dépenses et relever modérément leur fiscalité, de façon à réduire leurs déficits sans trop peser sur la croissance. L’exercice n’est pas simple!
Bref, même si l’on sort bientôt de la phase de crise aiguë, ce qui paraît très probable, les prochaines années ne vont pas être faciles. Bon courage!
Gérard Horny
Article mis à jour: dans une première version de cet article, une erreur s'était glissée concernant les banques centrales et la dette publique. Il faut bien lire en % du PIB et non de la dette publique. Toutes nos excuses.
Mis à jour le 09/12/2011 à 10h09


















































Pas d'accord ! Accuser la mondialisation, c'est encore reporter sur l'étranger la responsabilité des conséquences terribles de décisions qui ont été imposées au peuple français avec la plus extrême brutalité par les politiques français au pouvoir.
De deux choses l'une : ou bien la mondialisation est globalement positive pour la France, et dans ce cas il n'y a aucune raison que quiconque en pâtisse, surtout pas les plus pauvres. Ou bien elle est globalement négative, et alors il faut y renoncer et se tourner vers le protectionnisme sans la moindre hésitation.
Dans les deux cas, il n'y a aucune excuse au sort que notre pays réserve aux jeunes et aux plus démunis. Ceux qui démantèlent froidement et impitoyablement l'assurance vieillesse ne doivent pas pouvoir s'en tirer en racontant que sans la mondialisation, le report de la retraite des vieux n'aurait pas entraîné aussi mécaniquement l'explosion du chômage des jeunes et de la misère du peuple en général. Ils doivent rendre des comptes ! Ils ne peuvent pas refuser de porter la responsabilité des conséquences de leurs décisions, alors qu'ils les ont imposé avec une incroyable brutalité au peuple qui n'en voulait pas.
Alors que Sarkozy s'est fait élire sur la promesse, réitérée à la télévision, de ne pas toucher à la retraite à 60 ans, il pourrait maintenant s'en tirer en accusant la mondialisation ?
"Tout le problème, en effet, a été de pallier la faiblesse des revenus d’une partie de la population américaine"
Mais nous avons le même problème en France ! Et comme aux USA, on nous avait justement raconté que les sacrifices extorqués aux plus pauvres seraient récompensés par le retour de la croissance. C'est tout juste si on ne nous racontait pas que la faim, le froid, la maladie, la mort, la terreur, la corruption, le fascisme, l'obscurantisme et le crime sont autant de juteux investissements qui rapporteront forcément des dividendes à l'avenir au peuple français.
Et comme aux USA, cette politique a produit exactement l'inverse du résultat annoncé !
Alors qu'attend-on pour relever massivement les minima sociaux, les salaires, les retraites, abolir les discriminations contre les 18-25 ans, et les normes d'urbanisme malthusiennes, pour autoriser enfin la résorption de la pénurie de logements ?
Qu'attend-on pour restaurer les services publics qui ont été fermés, stopper le démantèlement de notre système de protection sociale, commencer à le rebâtir, réparer le mal qui a été fait, rétablir la retraite à 60 ans avec 37 ans et demi de cotisation ?
Les émeutes de novembre 2005 n'ont donc servis à rien ? Mais qu'est-ce qu'il faudrait alors, pour qu'ils comprennent enfin ?
"Les trois principaux postes budgétaires français sont : 1 - la charge de la dette (autant de richesse non réinvestie ), 2 - l'éducation nationale (personnel pléthorique et mal géré), 3 - la défense nationale (pharaonique pour un petit pays comme la France)."
Je crois que vous avez oublié un poste très important : les dépenses fiscales
http://fr.wikipedia.org/wiki/Niche_fiscale
Si vous y ajoutez les niches sociales et les subventions, vous obtenez le premier poste budgétaire.
L'exemple des subventions agricoles : http://leblogalupus.com/2010/05/14/subventions-agricoles-aides-pac-2009-a-la-france-11-milliards-deuros-pour-488-141-beneficiaires/
"L'éducation nationale. Au risque de choquer beaucoup de français, l'éducation nationale est devenue un prestataire de service employant un nombre choquant de personnes (850 000 enseignants et 250 000 autres fonctionnaires qui n'enseignent pas) soit une personne pour 12 élèves !"
Pour aller dans votre sens je pourrai ajouter que dans certaines communes rurales, la classe unique compte moins de 12 élèves, mais...
-l'alternative consiste à obliger les enfants à faire de longs trajets en car pour aller à l'école, ce qui a également un coût, financier et humain, -de toute façon l'éducation coûte beaucoup plus cher dans les pays où elle est privatisée que chez nous.
"Alors, les "acquis sociaux", gratuité des soins médicaux et de presque tous les médicaments utiles ou inutiles"
Si vous croyez cela, c'est que vous n'avez jamais prêté attention à la cotisation que prélève votre mutuelle sur votre compte. Je vous préviens, vous allez avoir un choc !
Asseyez-vous d'abord avant de consulter votre relevé.
"le régime des retraites très avantageux par rapport à la majorité des autres pays de l'OCDE"
Vous plaisantez ? Les années d'étude ne comptent pas, la plupart des années de chômage non plus, la pénibilité est ignorée, et la France sera un des premiers pays à passer à 67 ans !
"acquis sociaux" que veulent à tout prix défendre les syndicats (très peu représentatifs, faut-il aussi rappeler ce dernier point)"
Après tout, vous n'avez pas entièrement tort.
D'un côté pour les salariés des acquis sociaux dérisoires défendus pas des syndicaux tout aussi maigrichons, c'est vrai.
Mais reconnaissez que du côté des agriculteurs, on a des subventions plantureuses défendues par des syndicats flamboyants ! Et autrement plus mordants que les syndicats ouvriers ou étudiants. Pas le genre à couvrir les CRS de fleurs et de bisous, ils préfèrent attaquer les camions sur les routes et mettre le feu aux préfectures. Il faut reconnaître que c'est autrement plus efficace pour obtenir satisfaction que les défilés pacifiques et bon enfant de la CGT...
Mais suis-je bête, aussi...J'oubliais que les agriculteurs sont des patrons, pas des ouvriers !