Culture

Michael Fassbender, comme un tourment

Juliette Berger, mis à jour le 07.12.2011 à 11 h 15

Dans deux films majeurs sur les écrans en décembre, «Shame» et A «Dangerous Method», l'acteur incarne magnifiquement deux personnages proches de l'implosion.

A la première de «A Dangerous Method», à Londres, le 24 novembre. REUTERS/Luke M

A la première de «A Dangerous Method», à Londres, le 24 novembre. REUTERS/Luke MacGregor

Vous qui pensiez avoir découvert la star de l’année en Ryan Gosling, détrompez-vous! La star de «Drive» a certes un physique avantageux, et une nonchalance virile des plus séduisantes… Mais la vraie révélation du moment s’appelle Michael Fassbender. Couronné d’un prix d’interprétation au dernier Festival de Venise, le bel Irlando-Allemand est à l’affiche de deux films majeurs —Shame (sortie le 7 décembre) de Steve McQueen et A Dangerous Method (21 décembre) de David Cronenberg, l’occasion de mesurer toute l’étendue de son talent.

Né en Allemagne, élevé en Irlande, Michael Fassbender a l’élégance d’un aristocrate anglais, et un faux air d’Errol Flynn. Après plusieurs rôles un peu sages à la télévision anglaise et un passage éclair chez Ozon (Angel), le comédien explose dans  Hunger de Steve McQueen (rien à voir avec la star de Bullitt). Le film fait du bruit à Cannes, où il obtient la Caméra d’or.

Fassbender y incarne Bobby Sands, le charismatique membre de l’IRA qui, en 1981, mena une grève de la faim collective dans la prison de Maze en Irlande du Nord, et y laissa sa vie. Le mot d’interprétation ne suffit pas pour décrire ce que fait Fassbender dans le film: il s’agit d’une véritable incarnation, qui laisse le spectateur sonné et bouleversé.

Intense ou fringant

Le tour de force ne passe pas inaperçu. On retrouve Fassbender dans Inglorious Basterds de Quentin Tarantino, où il met à profit son allemand dans le rôle d’un espion britannique envoyé sur le terrain en pleine Seconde Guerre Mondiale. On est loin de l’intensité fiévreuse de Bobby Sands: son charme et sa décontraction rappellent plus que jamais le fringant Errol Flynn.

Le film lui ouvre les portes d’Hollywood, et l’acteur accepte le rôle de Magneto dans le prequel de X-Men, sorti plus tôt cette année. Admirons son talent: il arrive, malgré un scénario creux et sans surprise à apporter un peu d’intériorité à son personnage.

Mais le cinéma à grand spectacle aurait-il déjà lassé notre héros? A peine la célébrité conquise, voici que Fassbender délaisse les super-héros pour revenir à des personnages hautement tourmentés. Après Hunger, McQueen exige à nouveau de lui un travail corporel sidérant dans l’extraordinaire Shame

Brandon, séduisant trentenaire new-yorkais, est un addict sexuel. Il consomme prostituées et rencontres de passage, et se gorge de pornographie. Son obsession ne lui laisse pas un instant de répit. Jusqu’à ce que sa sœur, Sissy (Carey Mulligan), vienne habiter chez lui.

Sissy est l’inverse de Brandon, son double et son contraire, et le choc de la cohabitation les précipite tous deux dans une spirale infernale. Alors que lui se réfugie dans des rencontres sexuelles sans aucun impact émotionnel, la sœur, elle, s’attache trop fort et trop vite aux autres. Fassbender fait ressentir l’implosion qui menace Brandon avec une force étonnante.

Fassbender en gros plan

Les critiques américains ont beaucoup fait cas de l’omniprésence de la nudité dans le film. Les scènes sont crues, violentes car filmées de manière froide, détachée: le réalisateur ne peut trouver —ni donner— de plaisir puisque son personnage n’en éprouve pas. On est dans le constat clinique et non dans la suggestion salace. D’où l’abondance de gros plans de Fassbender.

McQueen sait que c’est là que se trouve Brandon, avec sa honte, bien sûr, mais aussi sa colère, sa haine de soi et son désespoir. L’émotion se trouve là, dans la descente aux enfers de cet homme qui ne sait comment vivre avec les autres, encore moins avec lui-même. Dans la grande scène d’orgie qui mène le film vers sa conclusion, le réalisateur abandonne vite les corps pour se focaliser sur le visage de l’homme, un visage qui se défait peu à peu, se décompose sous nos yeux.

Comme Hunger, Shame nous montre un homme en train de se détruire… Et Fassbender incarne cette  tragédie humaine comme nul autre avant lui. On comprend donc que le jury de la Mostra de Venise, présidé par Darren Aronofsky, lui ait remis sa coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine.

De sexe il est aussi question dans A Dangerous Method. Fassbender y joue Carl Jung à l’époque où ce dernier noue une relation adultère avec une de ses patientes, Sabina Spielrein (Keira Knightley). Mais à l’inverse de Brandon, Jung se contient, tente de réprimer ses pulsions et ses désirs, et ne bascule dans l’interdit que par amour.

Communion intellectuelle avant d’être charnelle, la relation Jung-Spielrein est magnifiquement filmée par Cronenberg. Alors que dans Shame, les deux frère et sœur sombrent dans la tourmente, les destins de Jung et Spielrein obéissent à des logiques différentes. Sabina est au départ une patiente souffrant d’hystérie que Jung soigne en appliquant la «talking cure» de Freud.

Au fil des années, tandis que Sabina se construit et devient elle-même psychiatre, Jung sombre dans la dépression. Et c’est encore sur un gros plan du visage inquiet, du regard éteint de Michael Fassbender, que s’achève le film de Cronenberg.

Pariez donc sur Fassbender! En 2012, il sera à l’affiche du nouveau film de Steven Soderbergh, Haywire, ainsi que de Prometheus de Ridley Scott… Et il jouera le romantique Rochester du Jane Eyre de Cary Fukunaga. Alléchant programme… 

Juliette Berger

Juliette Berger
Juliette Berger (8 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte