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Real Madrid-FC Barcelone: il est temps que le Barça perde

Aurélien Le Genissel, mis à jour le 09.12.2011 à 20 h 17

[CLÁSICO (3/3)] Le moment est venu de voir enfin une défaite des blaugranas, si l’on ne veut pas que les catalans remportent encore tous les trophées collectifs et individuels de la saison.

Demi-finale de Ligue des champions à Madrid le 27 avril 2011, REUTERS/Felix Ausin Ordonez

Demi-finale de Ligue des champions à Madrid le 27 avril 2011, REUTERS/Felix Ausin Ordonez

Samedi 10 décembre à 22 heures, le Real Madrid reçoit le FC Barcelone à Santiago Bernabéu pour le compte de la 16e journée de la Liga espagnole. Les rencontres entre les deux équipes, qui ont toujours été un des grands rendez-vous footballistiques de l’année, ont pris une nouvelle dimension avec la suprématie européenne du Barça de Guardiola, l’arrivée de José Mourinho à Madrid et le duel à distance entre les deux meilleurs joueurs du monde, Lionel Messi et Cristiano Ronaldo. Slate vous propose une série de trois articles pour préparer au mieux ce premier clásico de la saison en championnat.

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Après plus de trois mois de compétition, la Liga peut enfin commencer. Car ce «championnat de merde», comme l’appelle le président du FC Séville pour critiquer la mainmise des deux géants ibériques, a pris l’habitude de se décider lors des fameux Clásicos. Et le premier «match du siècle» d’une saison qui, comme l’année dernière, a des chances d’en voir passer quelques-uns, a lieu samedi à Santiago Bernabéu. Une nouvelle occasion de vérifier si le cycle du Barça est enfin fini et si le Real a récupéré ses lettres de noblesse.

Mourinho, l’antidote au Barça

Car, quoi qu’en disent les résultats, le moral ou le classement, c’est le derby qui détermine le vrai niveau des deux équipes. Souvenez-vous l’année dernière: le Real arrivait au Camp Nou (à peu près à cette même date) avec un point d’avance et une confiance immaculée. 90 minutes et 5 buts humiliants plus tard, les merengues repartaient la queue entre les jambes. Ils venaient de perdre la tête du classement et ne la reverraient plus.

Même scénario fin avril pour la demi-finale de la Ligue des Champions (LDC) entre les deux clubs: le Real venait de remporter la Coupe du Roi face à son eternel rival mais le Barça s’imposait à Madrid et filait droit vers son quatrième sceptre continental. Au final, les blaugranas ont en plus raflé la Liga, la Supercoupe d’Espagne, la Supercoupe de l’UEFA et le podium complet du FIFA Ballon d’Or 2010. Et ils attendent encore de disputer le Mondial des clubs dans quelques jours.

Heureusement donc que José Mourinho est là pour titiller les catalans, avec l’Inter en LDC en 2010 ou le Real en Coupe du Roi, car sinon le Barça aurait remporté tous les titres ces trois dernières années. Depuis l’arrivée de Pep Guardiola, le club a gagné 12 des 15 compétitions qu’il a disputées! Une hégémonie écrasante qui devient presque insultante quand on parle des clásicos: une seule défaite, 3 nuls et 7 victoires, 24 buts marqués et 8 encaissés mais surtout des victoires douloureuses, comme le fameux 2-6 en 2009 ou le 5-0 à domicile.

Il est donc temps que ça s’arrête. Pas pour contrarier les hooligans du jogo bonito, pour exaspérer les groupies de Lionel Messi, pour embêter les zélateurs politiquement corrects de Guardiola ou par gout personnel, mais tout simplement pas hygiène sportive, par démocratie footballistique. Pour ne pas voir trois joueurs de la même équipe occuper le podium du Ballon d’Or 2010, un club remporter tous les titres en jeu une même saison, un génie argentin de 24 ans empocher son quatrième Ballon d’Or consécutif et, à la limite, voir l’Espagne se balader à nouveau lors du prochain Euro (si le modèle Barça triomphe à nouveau, la Roja suivra ses pas).     

Cette fois ou jamais

Tout cela va dépendre beaucoup du match de samedi. Car à chaque fois que l’on a évoqué une fin de cycle ou un déclin imminent, le Barça a tapé du poing sur la table. Et toujours lors de matchs importants. La situation est la même aujourd’hui: les catalans arrivent au Bernabéu avec 6 points de retard sur le Real (la plus grande différence entre les deux clubs de l’ère Guardiola) et l’impression que leur jeu est quelque peu rouillé. Enfin, à l’extérieur, car au Camp Nou les blaugranas n’ont pas perdu cette saison et présentent un bilan global de 39-0 (!). Il faut remonter au 9 avril dernier pour voir une équipe faire trembler les filets de Victor Valdés à domicile. C’est lors des déplacements que les choses se compliquent cette année: Puyol, Piqué et les autres n’ont gagné que deux matchs, en ont perdu un et ont fait trois nuls (8 buts marqués et 7 encaissés).

Or, le derby se joue au Bernabéu, où le Real n’a pas perdu cette année. On peut même dire que les joueurs de Mourinho s’y sont baladés en infligeant, au passage, un humiliant 6-2 au Rayo Vallecano ou un 7-1 à Osasuna. Les merengues ont tout gagné à domicile et marqué 28 buts en 6 matchs (4,66 buts de moyenne). Avec Sergio Ramos reconverti en arrière central, Benzema et Higuain en forme en même temps (pour la première fois depuis deux ans), Ronaldo comme toujours et Kakà (presque) de retour, le timing est parfait pour les nouveaux galactiques de Florentino.

Plus solides en défense et plus diversifiés en attaque, où 13 joueurs ont déjà aidé le Real à devenir l’équipe ayant marquée le plus de buts cette saison, les hommes de Mourinho espèrent enfin faire pencher la balance en leur faveur. Ils ont enchainé 14 victoires de suite avec 54 buts marqués et seulement 9 encaissés. S’ils gagnent, on pourra vraiment commencer à parler d’une crise au Barça. Mais si les blaugranas l’emportent, l’histoire risque de se répéter.             

Le gendre idéal n’existe pas

Un nouvel épisode du monde des Bisounours dans lequel vit le Barça depuis trois ans. Un univers idyllique où «Le Grand Schtroumpf» Guardiola semble faire régner la paix et l’amitié universelle (du jamais vu dans le monde du foot). Un entraineur que certains qualifient de «Ferguson du Barça» mais qui, à la différence de l’écossais, n’a pas attendu quatre ans pour remporter un titre. Bien au contraire, dès sa première saison (venant de l’équipe B qui jouait en troisième division!) il a réussi le médiatique sexteto, les 6 titres que le Barça disputait cette année-là. Une tête d’ange, un style impeccable, une humilité suspecte, un discours toujours réfléchi et modéré (ou politiquement correct) Pep Guardiola est cet exaspérant mélange de gendre idéal, de premier de la classe et de sportif exemplaire; ce beau gosse intelligent et capitaine de l’équipe de basket qui vole les petites amies dans les films américains sans que l’on ait grand-chose à lui reprocher.

Un succès continu qui en devient irritant. Ne vous méprenez pas, on aime beaucoup Guardiola. Mais, comme les super héros classiques, il deviendrait encore plus humain s’il venait à commettre, de temps en temps, une petite erreur. Il vire Ronaldinho? Il avait raison. Il vend Etoo? Il avait raison. Il joue sans avant-centre après l’échec de l’opération Ibrahimović? Encore raison. Cette année, son petit caprice c’est de réactualiser le mythique 3-4-3 (ou même 3-3-4!) de la fameuse Dream Team I. Pour l’instant ça coince un peu mais il suffit d’attendre.

Face à autant de réussite, cela fait presque plaisir d’entendre Yaya Touré, Bojan ou Ibrahimović critiquer leur ancienne famille comme s’il s’agissait d’un film de Chabrol ou de Festen de Thomas Vinterberg. Une fratrie que le subtil Zlatan qualifie d’«enfants à l’école» et de «secte» dirigée par celui qu’il appelle «le philosophe» (ndr: à lire comme une insulte). «Son problème c’est qu’il veut toujours être parfait. Tiger Woods aussi voulait être parfait», explique le Suédois non sans humour. Et il est vrai que la gestion de Guardiola a été impeccable avec le vent en poupe. Reste à voir comment il réagira dans les moments difficiles. C’est l’un des attraits d’une défaite du Barça.

Messi, dans la tourmente

Ce mélange de cynisme, mauvaise foi et ressentiment n’est pas suffisant pour vous? Alors pensez à tous ces excellents joueurs (Ronaldo, Xavi, Özil, Muller, Rooney…) qui, tels des parias, doivent vivre dans l’ombre de Messi depuis 3 ans. Cristiano Ronaldo, son grand adversaire médiatique et sportif, marque 53 buts en une saison et devient le meilleur buteur européen? Il devra se contenter de ces miettes (et de la Coupe du Roi) car la bande à Leo garde le reste pour elle. Plus scandaleux encore: Wesley Sneijder remporte la Ligue des Champions avec l’Inter en 2010 et amène presque à lui seul les Pays-Bas en finale de la Coupe du Monde (32 ans après)? Rien à faire, il n’est même pas dans le trio gagnant du Ballon d’Or 2010. Même sur la page Slate dédiée au Mondial, Messi arrivait devant Iniesta dans notre classement du meilleur joueur. Or Messi au Mondial c’est (rappelons-le) 0 but et une élimination en quarts de finale.

Pas un Ballon d’Or, pas un Fifa World Player, pas un «meilleur buteur» de la Ligue des Champions ne lui échappe. Il est encore présent dans le trio de finalistes cette année et nul ne doute qu’il remportera son troisième Ballon d’Or consécutif. Et il n’a que 24 ans. Si l’on veut qu’il y ait un peu plus de suspense en 2012, il ne faudrait pas que le Barça survole à nouveau la Liga et remporte la Ligue des Champions. Et cela passe obligatoirement par une mauvaise prestation samedi face au Real.

Comme pour Guardiola, Messi n’a connu que le succès à Camp Barça (17 titres déjà) et, comme le répètent (avec un peu de mauvaise foi) ses détracteurs, «c’est facile d’être le meilleur avec Xavi, Iniesta et Villa à ses côtés». Mais quand il s’agit de porter l’Albiceleste (avec des joueurs tout aussi bons), Leo est clairement moins impressionnant. Une défaite du Barça permettrait d’entrevoir enfin les vrais secrets d’une des meilleures équipes de l’histoire (le génie de Messi, le malaimé Xavi, le sang froid de Pep…?). Et de changer un peu aussi.

Aurélien Le Genissel

Aurélien Le Genissel
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