Monde

Quelques sujets qui feront l'actualité en 2012

Joshua Keating, mis à jour le 07.12.2011 à 13 h 03

Militarisation de l'Inde, la guerre secrète du Pakistan, raréfaction du dromadaire et autres actualités.

Un globe terrestre en guise de loupe Casey Fleser via Flickr CC License by

Un globe terrestre en guise de loupe Casey Fleser via Flickr CC License by

1 Les ambitions militaires de Dehli grandissent

Le nouveau porte-avions chinois (un ancien bâtiment soviétique de l’époque de Gorbatchev, que la Chine a acheté à la Russie pour un montant de 20 millions de dollars [15 millions d’euros], avant de le réarmer) figurait en bonne place dans la presse internationale cette année.

Ses tests en mer ont en effet mis en évidence les ambitions militaires croissantes de Pékin en Asie de l’Est. Mais l’Empire du Milieu n’est pas le seul géant à investir massivement dans de nouveaux équipements militaires. Non seulement l’Inde n’est pas en reste, mais dans certains domaines, elle progresse plus vite que son voisin chinois. Et bien que ses actions aient été beaucoup moins remarquées, elles dénotent une militarisation de plus en plus importante dans cette région de l’Asie, où une nouvelle génération de puissances émergentes aux visées internationales, manœuvrent pour asseoir leur suprématie.

Selon les chiffres du Sipri, l’Inde est aujourd’hui le premier importateur d’armes au monde. Ses transactions représentaient, entre 2006 et 2010, 9% des transferts internationaux d’armes, l’essentiel en provenance de Russie. L’Inde injectera, d’ici 2015, quelque 80 millions de dollars [60 millions d’euros] dans des projets de modernisation militaire, estime le think tank CSIS (Center for Strategic and International Studies) basé à Washington.

L’Inde mise en particulier sur sa puissance maritime, un nouveau créneau où la concurrence est rude. Le pays prévoit de dépenser près de 45 milliards de dollars [33,8 milliards d’euros] sur les 20 prochaines années pour se doter de 103 nouveaux navires de guerre, dont des destroyers et des sous-marins nucléaires.

A titre de comparaison, sur la même période, l’investissement de la Chine est estimé à environ 25 milliards de dollars [18,8 milliards d’euros] pour 135 navires, selon des données sur les deux pays recueillies par la firme d’analyse maritime AMI International.

En plus des tensions de longue date entre l’Inde et le Pakistan et de l’exacerbation des conflits avec les séparatistes du Cachemire et les rebelles maoïstes, les stratèges militaires indiens sont de plus en plus inquiets à l’idée de potentielles hostilités militaires avec la Chine – d’où cette volonté de consolider la puissance navale de l’Inde. Pour l’heure, les Etats-Unis semblent beaucoup moins préoccupés par les ambitions militaires de Dehli que par celles de Pékin. Dans son Quadrennial Defense Review (analyse du Pentagone réalisée tous les quatre ans), le département de la Défense se réjouit de l’«influence accrue [de l’Inde] dans les affaires internationales», y compris dans l’océan Indien. Cependant, certains signes troublant laissent penser que la région n’est peut-être pas assez grande pour que puissent coexister en harmonie deux grandes puissances montantes.

Au mois d’août, l’équipage d’un bâtiment de guerre chinois non identifié s'est confronté à un engin de débarquement amphibie indien au large de la côte vietnamienne, exigeant de connaître les raisons de sa présence en eaux territoriales chinoises (l’incident a en fait eu lieu dans une zone disputée de la mer de Chine méridionale revendiquée par le Vietnam). Et même si la situation s’est –fort heureusement– résumée à quelques déclarations publiques empreintes d’irritation de responsables des trois pays, ce fut le nouveau signe d’un paysage maritime asiatique de plus en plus militarisé.

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2 La guerre à la drogue du Mexique se déplace vers le sud

Si la violence liée à la drogue près de la frontière nord du Mexique est devenue un dossier politique brûlant aux Etats-Unis, on a tendance à négliger l’impact catastrophique de ce fléau sur les pays situés plus au sud. Les mafias de la drogue, telles que le cartel de Sinaloa ou les Zetas, en quête de nouveaux territoires et cherchant à échapper aux nouvelles mesures de lutte du gouvernement mexicain, se déplacent vers le sud. De plus en plus souvent, elles élisent domicile dans les Etats politiquement instables d’Amérique centrale.

Cette année, le Belize et le Salvador sont venus s’ajouter aux destinations centraméricaines très prisées par les narcotrafiquants. De sorte que tous les pays d’Amérique centrale (7 au total) figurent maintenant sur la liste des principaux narco-Etats de la Maison Blanche. D’après un rapport du Congrès, 60% de la cocaïne qui entre sur le territoire des Etats-Unis par le Mexique transite d’abord par l’Amérique centrale. Les taux d’homicide dans quatre des sept pays ont considérablement augmenté ces cinq dernières années (plus du double au Honduras).

En mai, le Guatemala a connu le plus grave massacre depuis la fin de la guerre civile (1996): 27 personnes ont été décapitées par des gangs de dealers dans le nord du pays. Des régions entières sont maintenant aux mains des Zetas. Deuxième cartel du Mexique, les Zetas disposent de mitrailleuses et de grenades propulsées par roquette‎; ils ont même construit leurs propres pistes d’atterrissage dans la jungle. En début d’année, le gouvernement guatémaltèque a lancé une grande offensive militaire pour tenter de démanteler les cartels –sans succès. Ils sont toujours bien présents et actifs. Plusieurs témoignages rapportent par ailleurs qu’un certain nombre de politiciens guatémaltèques acceptent les dessous-de-table des gangs ou sont mêlés d’une manière ou d’une autre aux trafics.

Jusqu’à présent, la cocaïne était fabriquée presque exclusivement dans les régions de production de coca, dans les Andes sud-américaines. Mais au mois de mars, on a découvert au Honduras un laboratoire de production de cocaïne –le premier d’Amérique centrale. Au Salvador, pays qui a également vu exploser son taux de criminalité, les membres du cartel de Sinaloa et des Zetas se seraient alliés à des bandes criminelles salvadoriennes, telles que les redoutables Mara Salvatrucha.

Tant il est vrai que le Mexique n’a plus l’exclusivité de guerre à la drogue.

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3 Le dromadaire se raréfie!

Peu avant sa mort en 1960, l’explorateur anglais et arabisant John Philby avait prédit que les dromadaires disparaîtraient d’Arabie saoudite d’ici 30 ans. Une conjecture que personne n’avait prise au sérieux à l’époque, et pourtant… L’Arabie saoudite moderne importe de plus en plus de dromadaires. Une tendance insoupçonnée qui exerce une pression sur les troupeaux de camélidés dans le monde.

Le stock de dromadaires exploités pour leur viande dans le royaume d’Arabie saoudite est passé d’un pic de 426.000 têtes en 1997 à seulement 260.000 à l’heure actuelle, soit une baisse de 39%, selon les statistiques de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Chaque année, des milliers de dromadaires sont abattus à l’occasion du hajj, le pèlerinage rituel à La Mecque. L’Arabie saoudite doit donc recourir à l’importation.

Mais où trouver ces animaux? S’ils étaient autrefois aussi répandus que les écureuils dans les parcs anglais, la population de dromadaires saoudiens est descendue à 700.000 individus, en raison, notamment, de la demande pour les courses de dromadaires en Arabie saoudite et dans les Etats du Golfe. Globalement, le nombre de camélidés au Moyen-Orient et en Asie a diminué de près de 20% entre 1994 et 2004.

Le grand gagnant de cette situation, c’est l’Australie, qui possède en effet la plus grande population de dromadaires sauvages, lesquels descendent des animaux importés d’Inde par les colons anglais au XIXe siècle. Grâce à la forte demande saoudienne de viande de camélidé, l’Australie profite de ce commerce lucratif.

En Somalie, où règne la famine, des dromadaires –qui servent au transport, à l’alimentation et, plus généralement, de gagne-pain pour de nombreuses familles– sont morts les uns après les autres. Certains membres de tribu déplorent la perte de plus de la moitié de leur cheptel. Par le passé, en Afrique, on considérait les chameaux comme un signal de décès d’humains. «Les dromadaires sont les derniers animaux à mourir; ce n’est qu’une question de temps pour que les hommes y passent», avait expliqué, en 2009, un ancien du village au service de presse des Réseaux d’information régionaux intégrés de l’ONU. Il avait malheureusement vu juste.

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4 Les Etats-Unis durcissent leur politique d’immigration

Alors que les candidats républicains aux ambitions présidentielles se battent pour savoir qui saura le mieux sécuriser la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique et fustigent les Etats offrant des services aux immigrés clandestins, la Maison Blanche mène tranquillement une campagne implacable pour lutter contre les sans-papiers. En dépit de la promesse d’Obama de faire voter une réforme profonde de la loi sur l’immigration –ce à quoi le Congrès a fait obstacle à maintes reprises– le nombre d’expulsions a atteint des records.

Pas moins de 392.000 étrangers sans papiers ont été reconduits dans leur pays au cours de l’année (fiscale) 2010. En 2011, ce chiffre a frôlé les 400.000. Depuis le mois d’octobre, près de 1,2 million de personnes ont été expulsées sous l’administration Obama, contre seulement 1,5 million environ durant les 8 ans de mandat de Bush fils. L’administration s’en prend également aux employeurs de clandestins. Au cours de la première année de Barack Obama, deux fois plus d’entreprises ont été contrôlées que pendant la dernière année de présidence de George W. Bush.

Au mois d’août, cédant aux pressions exercées par des groupes hispaniques, Washington a annoncé de nouvelles directives conformément auxquelles les expulsions en instance seront réexaminées, et ceux qui ne représentent pas une menace à l’ordre public et n’ont pas manifestement enfreint la loi se verront accorder un sursis. (Selon la secrétaire à la sécurité intérieure, Janet Napolitano, on retrouve ces critères dans à peu près 50% des expulsions récentes.) Ces directives laissent tout de même la possibilité aux services d’immigration d’engager des poursuites contre un immigré à leur discrétion pour déterminer s’il est dangereux ou non.

La stratégie de l’administration américaine visait peut-être à consolider la droite d’Obama avant d’entreprendre une réforme radicale de la loi sur l’immigration. «Si nos services font respecter la loi de manière intelligente et résolue, les Américains seront en sécurité; cela favorisera l’immigration régulière en Amérique et le commerce légal, et cela préparera le terrain pour une réforme plus en profondeur», explique Janet Napolitano. Cependant, tout progrès concernant un projet de loi sur l’immigration examiné par le Congrès semble pour l’instant lointain. Pour l’heure, c’est la politique du bâton qui prime sur celle de la carotte.

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5 La guerre secrète du Pakistan

Le Baloutchistan est sans doute la plus grande province du Pakistan: elle représente à peu près la moitié des terres du pays. Pourtant, la violence séparatiste qui fait rage dans cette région –on l’appelle parfois la «guerre secrète du Pakistan»– fait l’objet d’un traitement médiatique négligeable en comparaison de l’attention portée aux autres crises du pays.

Les organisations séparatistes, dont la plus grande est l’Armée de libération du Baloutchistan, sont en insurrection depuis 2007 dans cette province riche en ressources naturelles, qui borde l’Iran et l’Afghanistan. On en est au cinquième soulèvement baloutchi depuis l’indépendance du Pakistan (1947). Et même si certains conflits sont monnaie courante dans le pays, celui-ci semble être en passe de dégénérer.

En 2010, le Baloutchistan a connu un nombre d’attentats terroristes plus important que toute autre province pakistanaise. Cette tendance s’est poursuivie en 2011, avec plusieurs attentats à la bombe sur des gazoducs stratégiques, le meurtre de colons du Penjab qui s’étaient installés dans la région et l’assassinat de plusieurs politiciens de premier plan et de responsables de compagnies pétrolières.

La réponse du gouvernement pakistanais est tout aussi violente. Un rapport de l’ONG Human Rights Watch rassemble des documents prouvant le massacre de 150 personnes entre janvier et juin (il s’agit essentiellement de jeunes activistes politiques du Baloutchistan) lors d’opérations dont la consigne était d’«assassiner et [de] jeter», et qui sembleraient avoir été menées par les forces de sécurité pakistanaises. Brad Adams, directeur de Human Rights Watch chargé de la région Asie, a qualifié cette campagne de répression de «mêlée générale irraisonnée» qui remet en cause la «volonté du gouvernement pakistanais ou sa capacité à contrôler l’armée et les agences de renseignement».

L’instabilité du Baloutchistan n’est pas sans répercussion à l’international. Les talibans, qui ont établi leur siège dans la capitale provinciale de Quetta, entrent et sortent d’Afghanistan par la frontière du Baloutchistan (longue de près de 1.300 kilomètres). Cette région peu peuplée est également le repaire des trafiquants de drogue et des groupes rebelles iraniens.

Il semblerait que la CIA se serve de bases situées au Baloutchistan pour lancer des attaques de drones. Et puis, bien sûr, il y a l’Inde, que le Pakistan ne cesse d’accuser de soutenir financièrement les rebelles –une accusation démentie avec véhémence par Dehli. Le cerveau des attentats du 11-Septembre, Khalid Cheikh Mohammed, est d’origine baloutchie. Tout comme son neveu Ramzi Yousef, qui a orchestré l’attentat de 1993 contre le World Trade Center.

Pour le moment, le gouvernement pakistanais profite d’une maigre couverture médiatique de cette réalité, l’essentiel des analyses portant sur la région en général et ses problèmes. Mais le Pakistan ne pourra pas éternellement la dissimuler.

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6 La piraterie moderne, fléau mondial

Les pirates de Somalie sont bien partis pour battre un nouveau record d’activité en 2011: on dénombre 199 attaques depuis le mois d’octobre, contre 126 sur la même période l’an dernier. Et, hélas, la piraterie moderne –qu’on croyait avoir éradiquée partout ailleurs, ces dernières années– ne frappe plus uniquement les navires corsaires somaliens naviguant dans le golfe d’Aden. La piraterie revient en force –et dans le monde entier.

Depuis peu, les pirates sont très actifs en Afrique de l’Ouest; cette année, les attaques se sont notamment multipliées dans le Golfe de Guinée, riche en ressources pétrolières. En 2011, dix-neuf attaques ont été rapportées au large du Bénin, alors qu’il n’y en avait pas eu en 2010. Six ont été perpétrées dans les eaux nigérianes et trois au large de la côte du Ghana. Il est fort possible que beaucoup d’autres assauts se produisent et ne soient simplement pas signalés. En octobre, les présidents du Nigéria et du Bénin ont assisté au premier sommet des chefs d’Etat de la région consacré à la piraterie.

Les pirates ouest-africains sont un peu plus traditionnels que leurs homologues somaliens. Ils s’intéressent en général à la marchandise des cargos et pratiquent rarement l’enlèvement avec demande de rançon. Des marins ont été ligotés, frappés à coup de crosses de fusil et fouettés avec des câbles électriques. Dans certains cas, l’équipage au complet a été abattu. On estime en général que la piraterie somalienne joue pour beaucoup dans l’instabilité intérieure du pays. On ne peut guère en dire autant du Ghana, l’une des démocraties les plus stables et pacifiques d’Afrique, dont la croissance prévisionnelle devrait atteindre 13,5 % en 2011. Mais il semblerait que le boom pétrolier de la région ne manque pas d’attirer les pirates modernes.

L’Afrique n’est pas le seul continent touché. La Chambre de commerce internationale d’Indonésie a fait savoir que le nombre d’attaques de pirates a battu cette année un nouveau record, le dernier remontant à 2007. Même le Pérou, un pays où les actes de piraterie sont rarissimes, est concerné: cette année, un chalutier japonais a été attaqué par une bande de criminels qui se fait appeler les «pirates de la mer».

Au cours des neuf premiers mois de 2011, pas moins de 352 attaques ont été recensées dans le monde –un record absolu! Ces deux dernières années, les Etats-Unis, l’Europe et même la Chine ont mis en place des opérations militaires pour combattre la piraterie. Mais comme le montrent les chiffres, le butin que peuvent représenter les navires en haute mer est si convoité qu’il est très difficile de lutter contre l’activité en pleine expansion des flibustiers contemporains.

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7 Une nouvelle zone démilitarisée naît en Asie

Pendant que le monde portait un regard stupéfait sur les événements qui se déroulaient au Moyen-Orient, au mois de février, un conflit territorial vieux d’un siècle en Asie du Sud-Est s’est transformé, pendant un bref moment, en conflit armé: le Cambodge et la Thaïlande, qui revendiquent un même site religieux, se sont affrontés militairement, si bien que les enjeux de paix et de sécurité sont considérables.

» A lire sur Slate.fr: Entre le Cambodge et Thaïlande, une discorde en ruines

Il y a longtemps que ces deux pays voisins se disputent la propriété du temple de Preah Vihear, un site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Le litige remonte au tracé, datant du début du XXe siècle, de la frontière qui sépare la Thaïlande et le Cambodge (alors français).

En 1962, la Cour internationale de justice de l’ONU a attribué la propriété du temple –à l’origine hindou et désormais bouddhiste– au Cambodge. Mais la Thaïlande n’a jamais vraiment accepté cette décision. Ces dernières années, Abhisit Vejjajiva, qui était Premier ministre entre 2008 et août dernier, pressé par les «chemises jaunes» (nationalistes thaïlandais) a accentué son agressivité politique en envoyant des soldats dans la région. 

Du 4 au 16 février dernier, les deux camps n’ont cessé d’échanger des tirs d’artillerie dans la zone disputée, chacun accusant l’autre d’avoir amorcé le conflit. Bilan: 28 tués et des milliers de civils déplacés. «C’est une vrai guerre, pas un simple conflit», a proclamé le Premier ministre cambodgien, Hun Sen.

Heureusement, si c’était bien une guerre, elle fut de courte durée et ses conséquences sont restées limitées. En juillet, les Nations unies ont instauré une zone démilitarisée autour du temple et ont enjoint les deux pays de retirer leurs hommes. Des observateurs indonésiens sont chargés de faire respecter le cessez-le-feu, mais depuis cet incident, des analystes soutiennent que l’organisation régionale de l’Asie du Sud-Est (l’Anase) devrait disposer de sa propre force de maintien de la paix. Depuis que les électeurs ont écarté Abhisit Vejjajiva du pouvoir au bénéfice de Yingluck Shinawatra, soutenue par les «chemises rouges», les tensions se sont quelque peu apaisées.

Ce n’est qu’un épisode parmi une série de troubles importants en Thaïlande, allié stratégique des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme et contre le trafic de stupéfiant. Le pays a été en proie à des manifestations de grande ampleur, parfois violentes, à l’initiative des chemises rouges (issues du milieu rural) et des chemises jaunes (royalistes). Le sud connaît en outre une insurrection d’activistes islamistes qu’Amnesty International a accusés, cette année, d’avoir commis des crimes contre des civils. L’éventuel retour de l’ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra (le frère de Yingluck), le magnat des télécommunications toujours recherché et accusé de corruption dans son pays, est un autre sujet explosif.

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8 «Zéro arme nucléaire»: un objectif très lointain

Quelque temps après sa prise de fonctions, Barack Obama a prononcé un discours à Prague dans lequel il a promis un nouvel «engagement visant à assurer la paix et la sécurité d’un monde dépourvu d’armes nucléaires». Fin 2010, l’administration a fait deux pas en avant en vue de cet objectif: il y a eu, d’une part, la ratification du nouveau traité Start de réduction des arsenaux nucléaires avec la Russie et, d’autre part, la tenue d’une conférence réunissant 47 pays autour de la question de la sécurité nucléaire. Mais les progrès relatifs à l’autre engagement majeur d’Obama, à savoir «un nouvel effort international pour sécuriser, sur quatre ans toutes, les matières nucléaires vulnérables du monde», sont beaucoup plus lents.

D’après un rapport du bureau américain chargé de la responsabilité gouvernementale et du contrôle des comptes publics, des matières nucléaires d’un poids de 2.700 kilos, «utilisables dans des bombes», ont été expédiées par les Etats-Unis à l’étranger pour soutenir des programmes nucléaires, sans qu’on en garde la trace exacte. «Théoriquement, on sait [où sont conservées ces matières nucléaires]. Mais on ne dispose pas d’un inventaire précis de l’ensemble [de ses matières nucléaires] et de leur emplacement», a indiqué une source très au fait du rapport au site Wired.

Selon une analyse du Centre chargé du contrôle des armes et de la non-prolifération nucléaire, les réductions budgétaires du Congrès risqueraient également d’entraver les efforts de l’Amérique en vue de sécuriser les matières nucléaires dangereuses. Si la Chambre des représentants avait fait passer cette année une loi de réduction budgétaire, la demande de financement de la Maison Blanche dans le cadre de la Global Threat Reduction Initiative, ou GTRI (lancée en 2004 par les Etats-Unis dans le but de sécuriser les installations nucléaires de l’ex-Union soviétique) aurait été réduite radicalement de 85 millions de dollars [63 millions d’euros]. Le financement de la GTRI a été maintenu dans la version du projet de loi du Sénat, mais le Congrès a déjà supprimé 123 millions de dollars [91 millions d’euros] de cette initiative en 2011.

La menace nucléaire n’est pas un fantasme. En juin, six hommes ont été arrêtés en Moldavie pour avoir tenté de vendre un kilo d’uranium volé d’une valeur d’au moins 20 millions de dollars [15 millions d’euros]. Selon les chiffres de l’ONU, ces 15 dernières années, on a enregistré 500 cas de tentatives de contrebande transfrontalière de matières nucléaires. Un grand nombre d’autres activités illicites doivent exister sans qu’on le sache.

Entre temps, l’examen d’un projet de loi, présenté à la fois devant la Chambre des représentants et le Sénat en 2009, et visant à renforcer les sanctions contre la contrebande nucléaire, continue de s’éterniser. Par ailleurs, le Congrès ne montre pas le moindre signe laissant penser qu’il serait favorable à un Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (Ticen), un accord signé il y a 15 ans par le président Bill Clinton, mais jamais ratifié. L’administration a promis de relancer le processus pour faire adopter le Ticen, mais elle n’a pas encore fixé de date pour une séance consacré à l’examen de ce traité devant un Sénat très divisé.

Le nouveau traité Start constitue peut-être le franchissement d’une étape, mais la ligne d’arrivée tracée par Obama –celle d’un monde sans armes nucléaires– est encore loin. Très loin.

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9 Le Rwanda est sur la mauvaise pente

Au mois de septembre, le Sénat américain a adopté à l’unanimité un traité d’investissement bilatéral avec le Rwanda. Il s’agit du premier accord de ce type conclu avec un pays d’Afrique subsaharienne depuis 1998. Le département d’Etat américain a loué cet accord, expliquant qu’il illustrait «l’engagement du Rwanda vis-à-vis des réformes économiques qui contribueront au développement économique durable et à la création d’opportunités à long terme». Au sein de la diplomatie américaine, on espère que cet accord servira de modèle à de futurs traités du même type avec d’autres pays.

On a clamé à tous vents que les réformes économiques du Rwanda étaient une success story unique. Le pays a affiché une croissance proche des 7% par an sur les cinq dernières années. On a également applaudit son président, Paul Kagame, pour ses projets écologiques et ses initiatives paritaires visant à intégrer plus de femmes au gouvernement (elles représentent désormais plus de 50% de la chambre basse du Parlement rwandais). Le chef d’Etat rwandais se rend fréquemment aux Etats-Unis et est devenu un personnage incontournable du circuit de conférences à la mode.

Cependant, des signes troublants sont apparus laissant douter du respect que porte Kagame à la démocratie. A l’approche de la présidentielle de l’an dernier (remportée par l’ancien chef des rebelles tutsis avec 93% des suffrages), le vice-président d’un grand parti d’opposition et le rédacteur en chef par intérim d’un journal influent ont été assassinés. Ce qui a poussé les Nations unies à exiger l’ouverture d’une enquête.

Ces deux dernières années, le régime de Kagame a fermé les journaux de premier ordre, a fait arrêter d’importants officiers de l’armée et fait emprisonner un politicien de l’opposition très en vue en l’inculpant de «déni de génocide». Un ancien chef de l’armée rwandaise vivant en exil en Afrique du Sud a subi une seconde tentative d’assassinat cette année, mais il y a survécu. La police britannique a même dû mettre en garde les dissidents rwandais vivant à Londres.

Bien que Maison Blanche ait «exprimé [ses] inquiétudes» à propos du scrutin, l’administration américaine a continué de vanter les mérites de Kagame, faisant même pression pour que des poursuites fédérales à son encontre soient abandonnées. A l’évidence, Washington a choisi d’unir sa destinée à celle de Kagame, qui, en tout état de cause, a apporté une certaine stabilité et de la croissance économique à son pays. Mais si le Rwanda poursuit son chemin sur cette mauvaise pente politique, cette amitié risquerait de vite se transformer en un terrible boulet pour les Etats-Unis.

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Joshua E. Keating

Traduit par Micha Cziffra

Joshua Keating
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Journaliste
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