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- Par Jean-Claude Casanova
- Economiste, universitaire, cofondateur avec Raymond Aron de la revue Commentaire dont il est le directeur, ancien conseiller de Raymond Barre, président de la Fondation nationale des Sciences politiques. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont dernièrement De Giscard à Mitterrand (1977-1983), Editions de Fallois.
- DU MÊME AUTEUR
Jean-Claude Casanova
Economiste, universitaire, cofondateur avec Raymond Aron de la revue Commentaire dont il est le directeur, ancien conseiller de Raymond Barre, président de la Fondation nationale des Sciences politiques. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont dernièrement De Giscard à Mitterrand (1977-1983), Editions de Fallois.
Elections européennes: de la réalité aux rêves
Le résultat des élections de juin est quasi connu. Seule inconnue, l'attitude des responsables politiques concernant l'Europe...
On recommande de ne pas faire de prévision en politique. Pourtant, on ne court pas de grands risques en avançant trois pronostics à propos des élections européennes qui se dérouleront en juin prochain, pour la septième fois depuis 1979.
Le taux d'abstention sera élevé: on dira que les électeurs ont boudé le scrutin et chacun, à sa manière, interprétera ou déplorera cette désaffection. La seule formation favorable au gouvernement dans cette compétition, l'UMP, obtiendra moins de 30% des suffrages exprimés: on en conclura que le gouvernement et le président de la République ont été défaits. En revanche, les listes favorables à la poursuite de l'unification européenne obtiendront, toutes réunies, une large majorité: on additionnera pour le montrer les suffrages de l'UMP, du Modem, du PS et des écologistes et la somme dépassera largement 50%.
Analysons ces trois points. Le taux d'abstention a toujours été plus important pour les élections européennes que pour les élections législatives ou présidentielles. Il n'a pas cessé de croître depuis l'origine. Le pourcentage des votants qui était de 61,16% en 1979, est tombé à 43,32% en 2004, comme s'il y avait eu un désintérêt croissant à l'égard de ces élections. Le découpage en grandes circonscriptions (découpage regrettable, parce que sans signification) joue sans doute un rôle dans cette désaffection.
Car il n'y avait que deux modèles légitimes: soit prendre la France comme une circonscription unique, soit la découper en régions authentiques. Au contraire, on a choisi la plus mauvaise des solutions et dessiné des ensembles géographiques hétéroclites, au sein desquels les électeurs n'ont ni identité ni intérêts communs, comme celui du midi, par exemple, qui va de Lyon à Bonifacio en passant par Annecy et Montpellier. Passons. Attendons les résultats pour voir si l'abstention se stabilise ou s'accentue.
Un Président français satisfait et une «majorité» pro-européenne
Il est probable, au surplus, qu'une très faible participation satisfera le président de la République. Il est vraisemblable que lui-même s'engagera très peu dans ces élections et, si les listes favorables au gouvernement ne doivent rassembler qu'un petit tiers des électeurs, moins la participation électorale sera grande, moins l'impression de défaite du gouvernement comptera. Au demeurant, des élections intermédiaires défavorables n'ont jamais empêché de gouverner ni de vaincre ensuite lors des échéances décisives. D'autant que, même avec un score de 28%, comme l'annoncent certains des sondages, Nicolas Sarkozy remportera un succès personnel, puisque, lorsqu'il avait conduit lui-même, en 1999, la liste gaulliste aux élections européenne, il avait obtenu 12,8% des suffrages exprimés.
Le fait que les listes favorables à l'intégration européenne obtiennent une large majorité signifiera-t-il que l'opinion française revient sur l'échec du référendum de 2005 et que se reconstitue l'arc pro-européen majoritaire, alliant les socialistes, les centristes et la droite modérée, sur lequel s'est appuyée depuis un demi-siècle la politique européenne de la France?
Cette idée et cet espoir habiteront l'esprit des partisans de l'Europe unie et habilleront leurs propos. Mais on leur objectera la faiblesse de la participation, interprétée comme un signe d'indifférence envers l'Europe. On fera aussi remarquer que les listes de l'UMP, du Modem, du PS et des Ecologistes sont incontestablement favorables aux traités européens existant et même espèrent l'application prochaine du traité de Lisbonne (si les Irlandais veulent bien l'adopter) mais qu'elles ne le sont que du bout des lèvres.
En réalité, la question est de savoir si cette majorité virtuellement pro-européenne accepte simplement les choses comme elles sont, avec un mélange d'indifférence et de bienveillance, ou bien si elle exprime un vrai espoir, une vraie volonté de donner à l'Union européenne un approfondissement politique.
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Comments
Une abstention élevée serait problématique
Une abstention élevée aujourd'hui serait problématique.
Pendant longtemps le taux d'abstention pouvait s'expliquer par le rôle essentiellement consultatif du Parlement. Mais désormais, il possède de réelles compétences, en particulier au sein du processus législatif ou bien à travers son contrôle de la commission européenne.
De plus, le droit communautaire s'est progressivement intégré dans notre droit interne par l'intermédiaire de nombreuses directives et règlements disposant d'une valeur supra législative.
Par conséquent, les enjeux sont importants. L'UE encadre, contrôle, délimite notre droit, cela signifie qu'il existe un glissement de la souveraineté de l'assemblée nationale vers le parlement européen.
Mais, le public ne paraît pas être conscient de ce phénomène car l'Europe reste perçu comme une entité lointaine et mystérieuse.
De ce fait, plus de pédagogie pour une plus grande compréhension de l'Europe, c'est ce que l'État mais surtout les médias doivent réaliser dans ces dernières semaines avant le scrutin.