Life

Mon lit est une banquette de voiture (et c’est pas cool du tout)

Hugues Serraf, mis à jour le 02.01.2012 à 17 h 06

Aux États-Unis, où perdre la maison dont on ne peut plus payer les traites est fréquent, vivre dans son auto devient tendance. En France, la mode démarre à peine mais, la crise aidant…

Sleeping in the back seat / Kai Hendry via FlickrCC License by

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Vivre sans voiture, c’est banal. Vivre dans sa voiture, ça l’est déjà beaucoup moins. Aux États-Unis, où les «repossessions» de maisons achetées via un prêt subprime se comptent sur les doigts de millions de mains, c’est pourtant une tendance à la hausse.

Tellement, en fait, qu’une série télé raconte désormais les aventures d’un cadre sup licencié pour escroquerie, envoyé bouler par sa femme et forcé d’élire domicile dans sa belle auto.

Bon, lui, on ne le plaint pas spécialement: c’est un feuilleton comique et il y a tout de même pas mal d’étudiants parisiens impécunieux qui habitent des chambres de bonnes plus petites encore que la Rolls Royce Phantom du loustic. Mais pour les dizaines de milliers d’Américains moyens forcés d’emprunter la même autoroute, on empathise sans réserve.

Il n’existe pas de statistiques précises, mais «60-Minutes», l’«Envoyé spécial» de CBS, s’est même fendu d’un reportage sur des familles entières installées dans un véhicule en attendant de sortir de l’ornière (littéralement). Du coup, c’est toute une communauté de «car people» qui s’organise et échange des recettes de survie sur le Web au sujet de ce nouveau mode de vie.

Où se garer le jour. Où se garer la nuit?

On trouve de tout, même des comparatifs de voitures fondés sur leurs qualités de résidence principale. Le top, apparemment, c’est le Dodge Sprinter, version locale de la fourgonnette Mercedes du même nom (14.000 dollars pour une occasion convenable). La moins adaptée, c’est la Golf Rabbit (5.000 dollars, une paille). Mais ses fauteuils sont confortables et peuvent êtres rendus totalement horizontaux. De plus, son petit côté européen chic donne le change sur les parkings publics et peut vous éviter de vous faire virer par les vigiles.

Mais on déniche surtout un tas de sites de conseils pratiques dont un WikiHow particulièrement exhaustif. On y apprend notamment que le b.a-ba, c’est d’avoir une auto qui roule encore, histoire de pouvoir la déplacer chaque fois que c’est nécessaire. Où se garer le jour; où se garer la nuit; où se doucher; comment optimiser le rangement de ses affaires; comment dormir confortablement; comment stocker sa nourriture et la cuisiner… Tout est couvert.

Et tout ça à l’américaine: sans pathos et avec pragmatisme. Vous habitez dans une voiture, «it sucks», mais autant s’organiser pour que ça ne soit pas trop insupportable pour le temps que ça durera. Tout le monde ne le fait d’ailleurs pas par simple nécessité dans ce pays de rudes pionniers et l’on rencontre même des gens pour lesquels c’est un mode de vie assumé ―une manière frugale et économe de conduire sa barque, si l’on ose dire.

Tiens, ça ne passerait pas dans une bagnole, on dirait même que c’est écologique.

Et en France, où Renault fabrique des «voitures à vivre» mais pas de voitures où vivre, ça existe aussi? Là encore, il n’y pas de stats et encore moins de sites de conseils, mais le phénomène n’est pas inconnu comme en témoigne André, un Cannois de 55 ans, interrogé sur RMC:

«Ma retraite [de 800 euros] ne suffit pas, donc je suis obligé de vivre dans ma voiture depuis juillet de l’année dernière. Mais je l’ai bricolée, j’ai démonté les sièges arrière, ça me fait une banquette. J’ai mis des tringles à rideaux aux fenêtres pour couper le froid. Pour me laver, je vais sur l’aire d’autoroute, c’est deux euros la douche.»

Sur Rue89, on évoquait même récemment le déménagement forcé par la maréchaussée d’un groupe de personnes dormant plus ou moins occasionnellement dans leur voiture au bois de Vincennes. Des salariés pour la plupart, mais incapables de se payer un logement dans la capitale… C’est sûr, les Américains nous fichent encore la honte pour le moment. Mais avec cette crise budgétaire et la fin de l’euro pour la semaine prochaine, on va vite se rattraper!

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