France

Vite! Une union politique

Eric Le Boucher, mis à jour le 03.12.2011 à 10 h 19

C'est économiquement indispensable, démocratiquement urgent.

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel le 24 novembre 2011 à Strasbourg. REUTERS/Phili

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel le 24 novembre 2011 à Strasbourg. REUTERS/Philippe Wojazer

La France va à reculons vers l'Union budgétaire européenne. Elle a l'impression de céder aux Allemands, qui, eux, acceptent avec non moins de réticence de faire ce qu'ils font en Europe depuis un siècle: payer. Moins de politique à la française, plus d'économie à l'allemande. Une limite de souveraineté contre un chèque. Est-ce que l'Europe peut se reconstruire solidement sur cette base?

Il y a le bon côté de la chose. La classe politique française, responsable de trente-cinq ans de déficits, sent bien que la fin est arrivée des baisses d'impôts non financées, des dépenses gagées sur l'endettement, des réformes lilliputiennes, bref de cette façon, de gauche comme de droite, de faire de la politique par plus d'argent.

S'ouvre une ère nouvelle qui va forcer à travailler les dossiers, à économiser, à évaluer les choix, à renoncer aux cadeaux électoraux, à inventer le comment «faire beaucoup mieux avec moins». Cela demande des sacrifices. Et, plus difficile, de l'humilité.

Mais le mauvais côté de la chose est évidemment le sentiment de déperdition démocratique. Les Parlements nationaux n'ont plus de choix que de voter dans un cadre fixé ailleurs, en Europe. La politique nationale se limite aux moyens, les fins dépendent d'autres instances supérieures.

On a beau dire que l'euro l'impose, que la décision a été prise le 7 février 1992 de partager la monnaie et qu'il est plus que temps de se conformer aux conséquences et de partager la souveraineté budgétaire: l'argument laisse insatisfait. L'Europe décide? Oui, mais précisément cette Europe a la mauvaise réputation de décider durement de directives inutiles (les normes dans les moindres détails) et d'être absente sur l'essentiel. Alors lui donner encore un tel pouvoir...

En outre, si la classe politique craint pour ses prérogatives, le pays lui-même est sur les freins. Après l'Europe-directives, voici l'Europe-purge. L'austérité nous est imposée par la crise, de Bruxelles, c'est-à-dire de Berlin. Et quelle austérité ? La réputation libérale de Bruxelles et celle, orthodoxe, de Francfort sont telles qu'il sera difficile de lutter contre ceux qui refuseront l'effort au prétexte que cette austérité est injuste et qu'il y a «une autre politique» que l'euro. Le populisme dans ce contexte a grand avenir.

Le retour au mouvement

Tout ça pour dire qu'un compromis franco-allemand bâti sur de telles réticences ne tiendra pas longtemps. Tout ça pour dire que le pacte Merkozy (austérité contre solidarité) est valeureux, mais il n'obtiendra ni l'enthousiasme des élus ni celui des peuples. Il pourra contribuer à convaincre les marchés d'un passage au sérieux et à, enfin, terrasser la crise mais l'Europe ne repartira pas loin sur cette seule base. Comme pour l'euro qui n'aurait jamais dû être une fin mais une étape, l'union budgétaire ne peut être qu'un pas de plus. Qu'un pas dans un retour au mouvement. L'important est de reprendre la construction laissée en plan par Chirac, Jospin et Schröder et en clair de fixer maintenant l'horizon d'une union politique. C'est économiquement indispensable, démocratiquement urgent.

Indispensable, car la seule union budgétaire à l'allemande conduit, à l'échelle européenne, à la récession. Keynes a raison: dans le contexte déprimé d'aujourd'hui, il faut avoir une politique de demande globale en Europe. A moyen terme, il faut mettre en place une politique de croissance pour aider les pays en déficit commercial (les pays du Sud) à regagner en compétitivité. Une politique «de transferts», hantise germanique, est indispensable, ne serait-ce qu'en utilisant les fonds structurels aujourd'hui mal employés.

L'extinction des dettes souveraines n'est pas non plus seulement une affaire nationale, comme le pensent les Allemands. Le débat sur les eurobonds ne doit pas se fermer. Démocratiquement urgent: la remontée du pouvoir budgétaire dans l'eurozone vers un organe fédéral n'a de sens que si cet organe est légitime. Dans les institutions d'aujourd'hui à 27, un supercommissaire ne l'est pas. On comprend que la modification des traités fasse peur aux gouvernements: les «non», dans le climat populiste suscité, sont possibles.

Raison de plus pour faire comme pour l'Union monétaire, fixer une date d'Union politique (2020?), débattre du comment, convaincre que les nations seules face aux Etats-Unis et à la Chine ne seront plus rien, que l'Europe unie a un bel avenir. Aux politiques en France de reprendre le mouvement.

Eric Le Boucher

Chronique également parue dans Les Echos

Eric Le Boucher
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Cofondateur de Slate.fr
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