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A Toulon, Sarkozy troque la souveraineté contre la peur

Gilles Bridier, mis à jour le 02.12.2011 à 11 h 18

La peur d’un côté, un abandon de souveraineté nationale pour une Europe plus forte face à la crise de l’autre: le Zénith de Toulon version 2011 pour Nicolas Sarkozy était plus grave et plus défensif que la version 2008.

Nicolas Sarkozy chante «La Marseillaise» après son discours à Toulon, jeudi 1er

Nicolas Sarkozy chante «La Marseillaise» après son discours à Toulon, jeudi 1er décembre. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

 25 septembre 2008, 1er décembre 2011, Nicolas Sarkozy au même Zénith de Toulon. La même toile de fond: la peur. Il y a trois ans, c’était pour les Français «la peur pour leurs économies, pour leur emploi, pour leur pouvoir d’achat. (…) Il faut vaincre cette peur. C’est la tâche la plus urgente».

Aujourd’hui, «la peur est revenue», déclare le président de la République. En fait, elle n’a jamais disparu, mais elle n’est plus la même pour le chef de l’Etat. Cette fois, il s’agit de la peur des Français de «ne plus maîtriser leur destin». Toute la différence est là. En 2008, Nicolas Sarkozy se situait sur le terrain de l’économie. En 2011, il est carrément question de l’avenir du pays.

Offensif en 2008, défensif en 2011

Le ton du chef de l’Etat a aussi changé. D’offensif, il est devenu plus défensif. En 2008, Nicolas Sarkozy transformé en adversaire du libéralisme échevelé partait en guerre contre «le capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l’économie et avait contribué à le pervertir». «L’idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle. (…) Le marché qui a toujours raison, c’est fini» et la moralisation du capitalisme financier demeurait la priorité. Mais il était bien difficile, trois ans plus tard, de faire le bilan des actions qui devaient être engagées.

Les questions qui fâchent sur les paradis fiscaux? Elles restent toujours sans réponses après l’échec du G20 sur le dossier. Le contrôle promis des agences de notation? Il a échoué si l’on en juge par leur influence toujours plus grande sur la période… et même le pied de nez de l’une d’elles annonçant (par erreur?) une dégradation de la France pas encore effective. Il est vrai que, en 2008, Nicolas Sarkozy estimait que «la crise aurait des conséquences dans les mois qui viennent sur la croissance, sur le chômage, sur le pouvoir d’achat».

Trois ans plus tard, les conséquences sont toujours là, et mêmes beaucoup plus graves dans la mesure où, à l’époque, on n’aurait pas imaginé être poussé au bord de l’éclatement de la zone euro et de la disparition de sa monnaie.

La convergence France-Allemagne réaffirmée 

Aussi, c’est sur un autre terrain que Nicolas Sarkozy a articulé son discours de 2011: l’avenir de la France, et de la France dans l’Europe. Il avait ouvert la voie en 2008, en affirmant: «Quand le monde change, l’Europe doit changer aussi». Cette fois, c’est l’heure de vérité. 

Alors trois ans plus tard, après avoir fait le constat que «l’Europe a déçu» et qu’elle «peut être balayée par la crise si elle ne se ressaisit pas», le président de la République a conclu son discours en situant le rôle de la France: «C’est pour que, dans le monde de demain, l’Europe puisse encore faire entendre sa voix et faire vivre une très ancienne idée de la civilisation à laquelle elle tient par-dessus tout, que la France se bat».


 

L’avenir du pays à l’intérieur de l’Union, dans la continuité de la construction européenne : le problème, c’est sa place à côté de l’Allemagne, et le rôle qu’elle devra jouer. Le resserrement du binôme, en tout cas, a été conforté: «La France et l’Allemagne ont fait le choix de la convergence. Je ne reviendrai pas sur ce choix.» Mais quelle convergence?

Solidarité à la française, discipline à l’allemande

On connait la position de la France: «L’Europe a besoin de solidarité», a répété Nicolas Sarkozy, plaidant pour «aller vers davantage de décisions prises à la majorité qualifiée». Cette solidarité vue de Paris passe notamment par une forme de mutualisation de la dette des pays membres. C’est à cette situation qu’aboutit la proposition de créer des «eurobonds», des obligations émises en commun par les pays de la zone euro pour emprunter sur les marchés financiers.

Mais on sait que l’Allemagne s’oppose à cette solution, mettant en avant les conditions d’une plus grande discipline budgétaire en obligeant les pays membres à soumettre leur budget à un contrôle européen et en voulant instaurer des sanctions automatiques en cas de déficit non autorisé.

Aussi, pour son Zénith 2011, Nicolas Sarkozy a clairement fait un pas du côté de la position allemande: «L’Europe a besoin de plus de solidarité. Mais plus de solidarité exige plus de discipline». C’est la phrase dont s’empareront ses adversaires pour lui reprocher d’abandonner une part de souveraineté nationale.

Sarkozy a déjà répondu: «L’Europe, ce n’est pas moins de souveraineté, mais davantage de souveraineté parce que c’est davantage de capacité d’agir». L’argument n’est pas nouveau. Il n’avait pas convaincu une majorité d’électeurs français au moment du référendum sur le projet de constitution européenne. Pas sûr qu’il fasse mouche aujourd’hui. «L’Europe doit être capable de bousculer ses propres dogmes», affirmait-il en 2008. En 2011, c’est à la France qu’il demande de bousculer les siens.

Un sommet pour l’emploi lourd de sous-entendus électoraux

Pour le reste, on a compris au Zénith 2011 que l’austérité, qui ne faisait pas partie du discours de 2008, est maintenant de rigueur: «La crise n’est pas finie. Nier la crise, c’est s’interdire toute perspective d’avenir». Pas «d’austérité aveugle», mais «du travail et de l’effort». C’est dans cette perspective que le chef de l’Etat a annoncé en janvier l’organisation, avec les partenaires sociaux, d’un «sommet pour l’emploi pour que chacun puisse apporter des solutions, faire des propositions» pour «lever les tabous sur les freins à la compétitivité française».

Une proposition qui peut se transformer en un piège en pleine campagne électorale, avec en ligne de mire les 35 heures dont l’UMP, par la voix de son secrétaire général Jean-François Copé, veut faire un dossier emblématique dans la perspective de la présidentielle.

Quelle souveraineté contre quel fédéralisme? 

Jeudi, il était attendu sur la question de la souveraineté de la France pour sortir de la crise. Il s’est inscrit dans la construction d’une Europe qui, si elle bouscule ses dogmes, implique pour un pays comme la France des abandons de souveraineté pour permettre de creuser la voie du fédéralisme.

Plus long qu’en 2008, l’intervention de Nicolas Sarkozy à Toulon en 2011 aura duré une cinquantaine de minutes. D’autres sujets auront été abordés, qui visaient à répondre aux orientations de l’opposition sur la sortie du nucléaire ou l’abandon de la place de la France au Conseil de sécurité de l’ONU au profit de l’Europe.

Des sujets que le président de la République a déjà eu l’occasion d’aborder de façon partisane lors de ses derniers déplacements, et sur lesquels il reviendra lorsque le chef de l’Etat aura accompli la mue déjà engagée en candidat à l’élection présidentielle de 2012.

Gilles Bridier

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Journaliste
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