Monde

Etats-Unis-Pakistan: les 24 morts de trop

Françoise Chipaux, mis à jour le 02.12.2011 à 7 h 22

Depuis le début de l’année, les relations entre Islamabad et Washington vont de crise en crise. La dégradation a atteint un point tel que même si nul ne souhaite la rupture, on en est proche.

Une manifestation à Islamabad en souvenir des soladts tués, le 29 novembre 2011. REUTERS/Adrees Latif

Une manifestation à Islamabad en souvenir des soladts tués, le 29 novembre 2011. REUTERS/Adrees Latif

La mort d’au moins 24 soldats pakistanais tués par des tirs des troupes de l’Otan«action tragique et involontaire» selon l’Otan, «agression délibérée» selon l’état-major pakistanais— va rendre encore plus difficile la stratégie de sortie d’Afghanistan envisagée par la coalition internationale.

La réaction immédiate et sévère d’Islamabad augure mal de la coopération indispensable du Pakistan pour arriver à un accord de paix avec les insurgés. D’ores et déjà, Islamabad a annoncé son retrait de la prochaine Conférence internationale visant à définir le futur de l’Afghanistan après le retrait des troupes combattantes en 2014.

Depuis le début de l’année, les relations entre Islamabad et Washington vont de crise en crise et chaque tentative d’amélioration a été remise en cause par des incidents à répétition. La dégradation a atteint un point tel que même si nul ne souhaite la rupture, on en est proche.

Déjà très critiqué pour ne pas avoir pu empêcher les Etats-Unis de conduire le raid qui a tué Oussama ben Laden en mai, l’armée pakistanaise comme le gouvernement ne peuvent donner l’impression d’absoudre Washington dans cette nouvelle affaire.

La politique américaine vis-à-vis du Pakistan oscille sans arrêt entre la carotte et le bâton sans grand souci de cohérence et sans réelle reconnaissance pour les sacrifices consentis par Islamabad. Alors que la veille de cet incident le général Allen, commandant l’Otan en Afghanistan, était reçu par le général Kayani pour approfondir la coordination entre les deux armées sur la frontière afghane, le raid qui a abouti à la mort des soldats pakistanais n’avait pas été annoncé au Pakistan, par crainte que les insurgés en soient prévenus.

Une coopération de plus en plus difficile

La participation du Pakistan à la très impopulaire guerre antiterroriste a coûté au pays depuis 2004 la vie de plus de 3.500 soldats soit plus que les troupes de l’Otan en Afghanistan depuis dix ans. Un bilan qui ne tient pas compte des milliers de civils tués dans les attentats des extrémistes islamistes. La mort de ces soldats ne peut que renforcer le sentiment anti-américain déjà très fort dans le pays. Ce grave incident vient aussi nourrir le sentiment très largement partagé par les Pakistanais que cette guerre n’est pas la leur.

Dans ce contexte, la coopération du Pakistan –à qui il est demandé à la fois de combattre les insurgés sur son territoire tout en les amenant à la table des négociations– risque d’être de plus en plus difficile à obtenir. Ceci d’autant plus que l’avenir de l’Afghanistan reste flou. Le partenariat stratégique entre Washington et Kaboul est toujours en négociations et donc le futur de la présence américaine en Afghanistan mal défini suscite interrogations et inquiétudes.

Le Pakistan a de lourdes responsabilités dans la poursuite du conflit afghan, mais Washington va devoir choisir entre continuer à coopérer avec un allié difficile et pas toujours fiable ou bien s’en faire un ennemi. Le Pakistan ne détient pas seul les clés de la paix et n’est pas seul responsable des échecs de la guerre. Le gâchis afghan tient tout autant à la présence d’un gouvernement corrompu et impuissant, aux ratés de la reconstruction et à l’incapacité de la communauté internationale à définir depuis dix ans un objectif commun pour l’Afghanistan et mettre les moyens pour l’obtenir.

Sur le plan intérieur pakistanais, cette attaque contre l’armée ne peut qu’affaiblir encore davantage un gouvernement fragile et impopulaire, redonner des arguments aux extrémistes qui cherchent la rupture avec Washington et accroître la pression sur le chef de l’armée qui doit lui aussi tenir compte du sentiment de ses hommes.

Quelles que soient les circonstances de cet incident, les conséquences en sont déjà très négatives et impliquent pour chaque partie une révision des relations et sans doute des choix difficiles.

Francoise Chipaux

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