Economie

C'est la cata pour les tarifs des assurances

Gilles Bridier, mis à jour le 04.12.2011 à 8 h 35

Les assurances automobile, santé et habitation sont dans une spirale de hausse. Avec la crise et les catastrophes naturelles, la mécanique tarifaire semble incapable de s’inverser.

Des maisons détruites par le tsunami à Minamisanriku, le 13 mars 2011. REUTERS/Kyodo

Des maisons détruites par le tsunami à Minamisanriku, le 13 mars 2011. REUTERS/Kyodo

Les tarifs d’assurance sont engagés dans une mécanique infernale. Après des augmentations en 2011 de l’ordre de 5% à 6% pour les assurances «habitation» et de 3% à 4% pour les contrats «automobile», on s’achemine pour 2012 vers un nouveau train de hausses de 4% à 5% pour les premières, de 2% à 3% pour les secondes et de 5% à 6% pour les assurances santé, d’après le comparateur Assurland.com. Les compagnies et mutuelles qui ont déjà annoncé la couleur se situent effectivement dans ces fourchettes.

La crise a un impact direct sur la gestion des compagnies d’assurance. En tant qu’investisseurs institutionnels, elles sont confrontées à la baisse des rendements de leurs placements financiers. Mais dans le même temps, comme les banques, elles sont obligées de renforcer leurs fonds propres dans le cadre de la réglementation à venir Solvabilité 2. Ce qui constitue un élément aggravant pour les tarifs. Mais il y a bien d’autres causes.

Dans le cas de l’automobile, les arguments avancés sont toujours les mêmes: quelle que soit la sinistralité, les coûts sans cesse croissants des indemnisations, des soins et de la réparation automobile sont mis en avant par les assureurs pour justifier la hausse des tarifs.

Dans le cas du risque santé, les compagnies et mutuelles insistent sur l’augmentation des soins liés au vieillissement de la population. Mail il y a aussi le doublement de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance (TSCA) de 3,5% à 7% décidé par le gouvernement dans son premier plan d’austérité, et évidemment répercuté sur les clients.

Par ailleurs, les assurés supportent les transferts sur les complémentaires «santé» des déremboursement de la Sécurité sociale au titre de l’assainissement des finances publiques et de la résorption du trou de la Sécu (les pertes du régime général ayant atteint un peu plus de 7% des recettes en 2010 d’après la Cour des comptes). Ainsi, dans le cadre d’une politique de santé forcément plus sélective voire restrictive, la prise en charge par les mutuelles et compagnies d’assurances devra être de plus en plus grande, induisant des primes de plus en plus élevées.

L’accès aux soins en question

On en revient au débat du prix de la santé, éminemment politique mais toujours repoussé, qui se résoudra peut-être de lui-même lorsque les ménages, ne pouvant plus assumer les hausses de leurs complémentaires «santé», réduiront leur couverture et donc leur accès aux soins… Le mouvement est déjà engagé dans les couches de la population économiquement les plus fragiles.

On comprend que, dans ces conditions, la couverture dépendance, qui était une priorité du candidat Sarkozy en 2007 et qui devait faire la part belle aux assurances privées, ait été repoussée au-delà de la prochaine élection présidentielle et même plus: l’augmentation de la couverture santé serait devenue insupportable pour les foyers qui auraient été assujettis à cette nouvelle prime, et carrément dangereuse pour la majorité en période pré-électorale.

Le poids des catastrophes naturelles

Dans le cas de l’assurance habitation, il s’agit de solder la facture de la tempête Xynthia (1,6 milliard d’euros) et des inondations dans le Var de 2010, facture qui sera aggravée par les nouvelles inondations de 2011 dans le sud de la France dont le coût pour les assureurs est évalué entre 600 et 800 millions d’euros.

Les assureurs préparent le terrain en  insistant sur la récurrence des «événements climatiques», voire leur aggravation. Certes, la France n’est pas forcément la plus touchée par l’augmentation du nombre des catastrophes naturelles observée dans le monde. Même si les «épisodes cévenoles» qui ravagent le sud du pays à l’automne semblent de plus en plus fréquents et violents, le cabinet Ubyrisk Consultants, sur son site spécialisé, considère que la tendance générale pour les dommages assurés est malgré tout plutôt stable dans l’Hexagone. Mais au niveau mondial, tous les clignotants ont viré au rouge.

Triplement des coûts des «cat nat» au niveau mondial

L’an dernier, dans un rapport conjoint intitulé «Natural hazards, Unnatural disasters», l’ONU et la Banque mondiale mettaient en garde contre un possible triplement à terme du coût global des pertes dues aux catastrophes naturelles.

Les événements de l’année 2010, avec le tremblement de terre à Haïti, au Chili et en Chine, la sécheresse en Ethiopie, et les inondations au Pakistan, ont été les plus meurtriers depuis une trentaine d’années. Si l’on ajoute les dégâts causés par les feux de forêts en Russie, les inondations en Australie, les tornades aux Etats-Unis et l’irruption du volcan islandais Eyjafjöll, les assureurs ont été confrontés à une année record avec, effectivement, un coût des catastrophes chiffré à plus du double de celui de 2009, selon la compagnie de réassurance Swiss Ré.

2011 crève déjà les plafonds

Mais le record est déjà dépassé: à cause notamment du tremblement de terre suivi d’un tsunami au Japon en mars, le premiers semestre 2011 crève les plafonds, avec une perte pour les assureurs cinq fois plus élevée que la moyenne des dix dernières années, établit Munich Ré, autre réassureur.

Les projections convergentes des spécialistes ne sont guère encourageantes. Selon l’Organisation météorologique mondiale, les treize années les plus chaudes depuis que les données sont répertoriées ont été enregistrées depuis 1997, soit quinze ans seulement. Ce qui confirme la réalité du réchauffement climatique. Et d’après le Groupe d’experts sur l’évolution du climat (Giec), la fréquence et le niveau des chaleurs extrêmes va augmenter. Les pics de température rencontrés tous les 20 ans se produiront tous les 5 ans d’ici à 2050, augmentant le nombre des fortes précipitations, indique l’ONU.

Certes, les catastrophes naturelles ne sont pas toutes liées au réchauffement climatique, comme par exemple les tremblements de terre. Mais l’apparition d’orages tropicaux en Méditerranée montre qu’aucune partie du monde n’est à l’abri du phénomène. Avec les coûts induits, et leurs répercussions sur les tarifs d’assurances.

Les tarifs suivront

Pourquoi insister sur les effets du réchauffement climatique dans leurs conséquences sur les tarifs d’assurance? De la même façon que les particuliers et les entreprises contractent des assurances auprès de compagnies, celles-ci se prémunissent contre une partie des risques en la transférant auprès de réassureurs.

Dans ces conditions, plus les catastrophes se multiplient et plus les risques augmentent, plus le coût de la couverture des réassureurs est élevé pour les assurances. Ce qui est, là encore, mécaniquement répercuté dans les tarifs aux clients finaux.

Gilles Bridier

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