Monde

Reporters de guerre

Reporters sans frontières, mis à jour le 03.05.2009 à 11 h 05

La Journée internationale de la liberté de la presse est célébrée le 3 mai

Roxana Saberi, Euna Lee et Laura Ling sont toutes les trois emprisonnées dans des lieux terrifiants et propices à toutes les exactions. La première, journaliste irano-américaine, est dans une cellule à Téhéran. Elle a été condamnée à huit ans de prison pour espionnage et a entamé, depuis une semaine, une grève de la faim pour demander sa libération. Les deux autres, reporters américaines, sont détenues à Pyongyang, la capitale de la Corée du Nord. Elle ont été inculpées pour des «actes hostiles» envers le pays et risquent de cinq à dix ans de travaux forcés. La Journée internationale de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai dans toutes les démocraties de la planète, doit être l'occasion d'une mobilisation massive pour elles et les 140 autres journalistes privés de leur liberté, simplement parce qu'ils ont voulu exercé leur métier en toute indépendance. L'oubli et le silence sont les pires choses qui peuvent encore leur arriver.

Parmi les nombreuses manières de pratiquer le journalisme, Reporters sans frontières a choisi d'en mettre une à l'honneur, à l'occasion de cette journée. Le correspondant de guerre est une espèce à part dans le monde du journalisme. Il fascine autant qu'il effraie, par les risques qu'il prend et les violences auxquelles il s'expose. Beaucoup font ce métier quelques années seulement, le temps de se faire un nom dans la profession. Mais pour d'autres, c'est l'engagement d'une vie. Etre présent là où ça se passe, au cœur de la tourmente. Tous sont passionnés par leur travail. Quelques-uns reconnaissent ne pas pouvoir s'en passer. Ils sont notre œil au milieu du cyclone. Sans leur présence permanente sur le terrain, il est à parier que les combats seraient plus meurtriers encore et les «dommages collatéraux» toujours plus nombreux.

A Reporters sans frontières, nous les connaissons bien, ces journalistes qui arpentent les terrains les plus minés. Nous les rencontrons souvent avant leur départ en reportage, lorsqu'ils cherchent des contacts supplémentaires ou quand ils ont besoin d'être assurés (Reporters sans frontières a développé un programme d'assurance à tarif spécial pour les journalistes freelance), ou de nous emprunter du matériel de protection (gilet pare-balles, casque, balise de détresse, trousse de secours).

Nous intervenons également lorsqu'ils rencontrent des difficultés pour exercer leur métier. Chaque année, plusieurs envoyés spéciaux ou correspondants locaux sont tués, blessés ou pris en otages alors qu'ils couvrent des affrontements. Nous menons alors des enquêtes et demandons des comptes aux responsables. Même en temps de guerre, l'impunité doit être combattue.

Les reporters de guerre dérangent. Les Etats ou les groupes armés qui prennent part aux hostilités considèrent les journalistes comme autant de témoins potentiels des exactions qui surviennent inévitablement lors des combats. Les forces armées et les milices cherchent à contrôler autant que possible le flot d'information qui circule. L'exemple le plus frappant est celui de la bande de Gaza, totalement fermée par l'armée israélienne et les autorités égyptiennes, lors du conflit du début de l'année 2009. Les journalistes étrangers devaient se contenter d'observer à distance les fumées noires qui s'élevaient au-dessus de Gaza. L'armée russe ne s'est guère montrée plus ouverte lors des combats avec la Géorgie, pendant l'été 2008.

Reporters sans frontières est vigilante sur les conditions d'exercice du métier de journaliste en zone dangereuse. Les opérations militaires ne doivent jamais servir de prétexte pour tenir éloignés des témoins gênants.

Jean-François Julliard

Secrétaire général de Reporters sans frontières


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