Monde

Le «vieux» continent piégé par la crise

Gérard Horny, mis à jour le 03.05.2009 à 9 h 57

L'Europe vieillit. Ce n'est une bonne nouvelle ni pour son économie ni pour ses finances publiques.

Ray Moon, 80 ans, lors d'un championnat australien de sculpturisme en 2008. REUTERS/Mick Tsikas

Ray Moon, 80 ans, lors d'un championnat australien de sculpturisme en 2008. REUTERS/Mick Tsikas

Bienheureux sont les Européens: ils vivent de plus en plus longtemps et en meilleure santé. On ne peut que s'en féliciter. Mais, conjugué à un taux de natalité faible et à un ralentissement attendu des flux migratoires, cette allongement de l'espérance de vie a une conséquence évidente: la pyramide des âges se déforme. Ainsi que le constate la Commission européenne dans son rapport 2009 sur le vieillissement, elle ressemble d'ailleurs de moins en moins à une pyramide et davantage à un pilier. Et sur ce pilier-là, il va être difficile de construire une économie dynamique et des finances publiques saines.

Les chiffres sont impressionnants. La population des vingt-sept pays de l'Union a été estimée à 495,4 millions en 2008. Elle devrait continuer à croître jusqu'en 2035, à 520,1 millions; une fois ce pic passé, elle reculerait et reviendrait à 505,7 millions en 2060. Mais il y a plus grave. Cette statistique globale cache un changement important: aujourd'hui, la moitié de la population a 40 ans ou plus; en 2060, la moitié de la population aura 48 ans ou plus. Actuellement, le nombre des personnes ayant au moins 65 ans dépasse très légèrement celui des moins de 15 ans; en 2060, il en représentera plus du double et les moins de 15 ans seront plus nombreux de 25 % seulement que les plus de 80 ans.

Quant à la population en âge de travailler, fixée par convention entre 15 ans et 65 ans, elle commencera à décliner en 2012 ; passée de 331,9 millions en 2007 à 335,9 millions à son sommet, elle retombera à 283,3 millions en 2060. Pour certains pays, cette évolution s'annonce dramatique. Prenons le cas de l'Allemagne. En 2007, sa population totale était évaluée à 82,3 millions, elle ne devrait plus arrêter de baisser jusqu'en 2060, où elle reviendrait à 70,8 millions, soit un recul de 14 %. Mais si l'on regarde les chiffres de la population en âge de travailler, le choc est encore plus violent, avec une baisse de 28,7%. En 2060, la France - grâce à un taux de natalité plus élevé - pourrait la dépasser, avec 71,8 millions d'habitants, dont 40,1 millions en âge de travailler. Le Royaume-Uni deviendrait le pays le plus peuplé d'Europe, avec 76,7 millions d'habitants, grâce à l'immigration. La France et le Royaume-Uni compteraient ainsi parmi les rares pays européens (sept) où la population des 15-65 ans serait supérieure en 2060 à celle de 2007.

La conséquence de cette évolution est double. D'abord, la croissance potentielle de l'Europe va baisser; estimée encore à 2,4 % l'an pour la période 2007-2020, elle devrait revenir, selon les calculs de la Commission, à 1,6 % entre 2021 et 2030 et 1,3 % entre 2041 et 2060. Ensuite, les charges pesant sur les actifs seront de plus en plus lourdes: aujourd'hui, il y a quatre personnes en âge de travailler pour une de plus de 65 ans; en 2060, il n'y en aura plus que deux.

Compte tenu du financement de la retraite, des dépenses de santé et des aides aux personnes dépendantes, la Commission estime que le vieillissement de la population représentera une dépense publique supplémentaire de 4,7% du PIB en moyenne pour l'Union à l'horizon 2060 (2,7 % seulement pour la France du fait de sa démographie plus favorable).

On comprend dès lors la vigilance de la Commission européenne face aux dérapages des finances publiques. Il est important de «veiller à ce que les solutions à court terme destinées à aider la reprise économique ne compromettent pas la viabilité de nos finances publiques à long terme», rappelle avec insistance Joaquin Almunia, membre de la Commission en charge des affaires économiques et financières.

Alertées par les précédents rapports sur le vieillissement, les autorités européennes auraient souhaité que les Etats membres de l'Union abordent la prochaine décennie avec des dettes publiques considérablement réduites. La crise a joué un mauvais tour: partout déficits et dettes explosent. La sortie de la récession ne sera pas la fin des difficultés!

Gérard Horny

Image de une: Ray Moon, 80 ans, lors d'un championnat australien de sculpturisme en 2008. REUTERS/Mick Tsikas

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