«Honnir Eric Besson»: votre dialogue avec l'auteur
Baptiste Marsollat avait signé «Honnir Eric Besson: la communion des bien-pensants». Il répond à vos commentaires.
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Permettez-moi d'apporter quelques réponses à ceux qui ont pris la peine de lire et de commenter mon article: «Honnir Besson: la communion des bien pensants».
«Vous semblez ignorer que nombreux sont les gens qui admirent le courage d'Eric Besson, son sérieux, sa compétence», m'écrit-on.
Je suis enchanté d'apprendre qu'ils sont nombreux car si j'ai effectivement parfois entendu des proches ou des amis faire son éloge, peu nombreux sont ceux qui ont fait publiquement état de leur soutien ou simplement de leur empathie à son endroit. Peut-être le brouhaha assourdissant de ses détracteurs nous empêche-t-il d'entendre les témoignages de sympathie ou plus simplement des opinions nuancées sur son comportement? Je suis heureux, en tout cas, que nous soyons quelques uns à penser de la sorte.
«Les qualités d'un homme qui s'intéresse au bien commun peuvent aussi s'exprimer dans la haute fonction publique. Elles seront reconnues, et la classe des hauts fonctionnaires permet une continuité dans le fonctionnement de l'état au delà des hasards électoraux.»
J'en suis tout à fait d'accord mais ça n'est pas à cette question que je m'intéresse dans l'article. En outre, vous aurez sans doute noté que Besson, contrairement à nombre de personnalités politiques de premier plan, n'est pas issu de la haute fonction publique. Aussi le choix de servir son pays en tant que fonctionnaire, dans l'ombre et la continuité, ou en tant que politique, dans la lumière et l'impermanence, ne s'est-elle pas posée à lui. De plus, les compétences nécessaires pour faire un bon haut fonctionnaire et celles que suppose la fonction de ministre ne sont pas les mêmes.
«(...) Mr Besson (...) décrédibilise le fragile système (mais si essentiel à la paix sociale), en nous montrant sa cruelle vérité. Un roi a besoin de ses habits et de sa couronne pour régner. Une démocratie doit accepter le jeu de rôles des partis et des personnels politiques pour fonctionner. Car si la politique est une fiction, ce que je ne conteste pas, que le clivage partisan est souvent artificiellement caricaturé et amplifié, il n'en reste pas moins qu'il est nécessaire de l'accepter, sans crédulité , sans illusions.»
Tout à fait d'accord. Je ne rêve pas d'une société unanime et les clivages, pour artificiels qu'ils soient, n'en sont pas moins, en partie, nécessaires et respectables. Ce que je conteste, c'est qu'ils soient sacralisés, qu'on leur accorde un respect quasi-religieux et que, ce faisant, on occulte le fait que les partis politiques sont des appareils lourds et puissants, absolument nécessaires, certes, à la vie démocratique mais qui laissent peu de place à la nuance et exigent une discipline assez stricte de ses membres, en tout cas de ses cadres, qui supposent de leur part une certaine trahison de leur pensée (dans ce qu'elle a de complexe et de nuancé). Les partis ne doivent pas être l'horizon indépassable de notre vie politique. D'autres éléments, comme la personnalité des hommes et des femmes politiques, mais aussi les circonstances, doivent être pris en considération.
«L'aurez-vous noté ? Seriez-vous tenté de manifester votre désaccord avec le comportement et/ou la politique menée par Eric Besson, que vous voilà propulsé par l'auteur:
- Sonneur d'hallali
- Lyncheur goulu
- Penseur binaire
Et, pour peu que vous n'ayez pas reconnu en Eric Besson les trois qualités cardinales dont l'affuble l'auteur, je cite : “courageux, audacieux et compétent, donc”, vous voilà devenu “fine fleur de la bien-pensance”. On n'est pas plus nuancé.»
C'est absolument faux. Il ne me viendrait pas à l'idée de vilipender ceux qui manifestent un désaccord avec le comportement et/ou la politique de Besson pour la simple raison que j'ai moi-même des désaccords avec son comportement ou sa politique. Quelques exemples: son admiration pour Jospin comme sa foi en Sarkozy me laissent, pour le moins, perplexe; la fameuse circulaire ne m'apparaît pas nécessairement opportune: saura-t-on protéger efficacement ceux qui dénonceraient leurs passeurs (ou leur famille restée au pays)?; Que dire de l'intitulé grotesque (qu'il n'a pas choisi certes) de son ministère?; Par ailleurs, bien que n'étant pas un spécialiste de ces questions, la politique de l'immigration qu'il met en œuvre est loin de me convaincre pas pleinement, pour diverses raisons, etc.
Ce que je dénonce, c'est le lynchage sans retenue ni réflexion dont il fait l'objet. Par ailleurs, je souligne qu'il a quelques qualités rares, évidentes et cardinales. C'est tout.
«Le même auteur nous livre quelques lignes plus loin le secret de la réussite en politique : "le combat politique, même livré sincèrement, suppose une part de mascarade, donc de trahison. On caricature, on sacrifie, on trahit, en partie au moins, ses idées, pour peser politiquement, pour se conformer aux exigences de simplicité et de binarité, du parti." »
Un tout petit peu de bon sens et/ou d'honnêteté intellectuelle suffisent, je crois, pour comprendre que cette phrase n'est pas prescriptive mais descriptive. Autrement dit, je ne «livre» pas le «secret de la réussite en politique», je constate, simplement, que c'est ainsi que les choses se passent. Sans m'en réjouir, à vrai dire - bien au contraire.
«Avant la campagne présidentielle, Eric Besson participe à l'élaboration du programme PS, dans lequel il fait figure de jeune talent. Il est alors l'un des plus ardents opposants à la politique prônée par Nicolas Sarkozy. Quelques mois plus tard, au cœur de la campagne présidentielle, il annonce son revirement total et utilise son expérience récente afin de mieux vaincre le PS auprès des autres conseillers de l'actuel président. Il passe de socialiste convaincu à premier adversaire de Ségolène Royal à l'occasion de l'échéance politique la plus importante, une élection présidentielle.»
On peut être «socialiste convaincu» et «premier adversaire de Ségolène Royal», comme le sont, au demeurant, nombre de socialistes qui ont participé, parfois du bout des lèvres, parfois en espérant sa défaite, à la campagne de Royal. Besson, lui, a jugé que sa défaite était dans l'intérêt du pays. On peut bien sûr en débattre. Mais cela me semble, du moins, éminemment respectable.
«Effectivement Eric Besson est pour le moins mal aimé, non par la "bien pensance" mais par tous ceux n'étant pas militants de l'UMP, ce qui, pardonnez-moi, n'est pas exactement la même chose...»
ou
«On voit bien que pour faire croire qu'ils sont des réformateurs opposés aux "archaïques" voire parfois "malades mentaux" socialistes, les sarkozystes n'ont pas peur du ridicule !!!»
ou encore
«C'est assez rigolo comme article: donc si on est pas d'accord avec Eric Besson on fait partie d'une communauté bien - pensante, de gauche présumément. Donc j'en déduis que si on est d'accord avec Besson, et a fortiori avec l'auteur de l'article, on doit faire partie d'une communauté mal-pensante, de droite présumément, non?»
Pourquoi fait-on toujours, immanquablement, la généalogie des discours avec lesquels on est en désaccord? Je ne suis ni militant, ni adhérent de l'UMP. Je ne suis pas davantage sarkozyste. Et je n'ai pas l'impression que la réprobation de Besson soit le fait de la seule gauche. Donc je ne considère pas celle-ci comme disposant du monopole de la bien-pensance, il s'en faut...
Souvenez-vous d'ailleurs de ce député UMP s'exclamant: «ce Monsieur Besson s'est trompé de parti. L'UMP ne mange pas de ce pain-là. C'est au Front national qu'il aurait dû adhérer». Mon article ne vise donc pas spécifiquement la gauche mais simplement la passion du lynchage des apostats, passion qui, comme Besson, dépasse les clivages partisans...
Bien à vous,
Baptiste Marsollat
Image de une: Eric Besson, le ministre de l'Immigration. REUTERS/Pascal Rossignol
Mis à jour le 06/10/2010 à 17h53











![[Le 20'12 #7] Dominique de Villepin: «Il faut une politique d'union nationale, sinon nous sommes perdus» [Le 20'12 #7] Dominique de Villepin: «Il faut une politique d'union nationale, sinon nous sommes perdus»](http://www.slate.fr/sites/default/files/imagecache/bloc-alaune/villepin_4_0.jpg)






























Il n'y a guerre, l'illustre Baudrillard ( ! ...)
tenait à peu près ce langage :
les tours jumelles ont attiré les avions...
parce qu'elles étaient là !
Sous l'émotion, entretenue à souhait,
il fut assaisonné comme si sa tentative
d'explication valait acceptation
de la cause terroriste. Injuste.
Le tropisme est de même nature
entre la figure - personnalité marquante (Larousse) -
de Monsieur Besson et la sympathie qu'elle inspire :
une histoire de charge symbolique bien suffisante
pour expliquer un sentiment,
peut-être bien pratique aussi pour justifier des opinions
mais sans nécessité de renverser la charge de la preuve
jusque dans les intentions de chacun(e) de ses détracteur(trice)s.
S'il se retrouve à incarner un archétype, celui du traître en l'occurrence,
et ce, sans contrainte, semble-t-il, de manière plutôt bien assumée, même,
il n'a sans doute pas non plus besoin que de vraies "bonnes âmes"
ne fassent de lui un martyr. Un peu de décence et de respect
pour les mouvements et positions sur le vieil échiquier !
Brouiller les règles ne sert jamais que les tricheurs.
Il est vrai aussi qu'ils agissent souvent
avec des complices...
Le lynchage que l'auteur stigmatise à juste titre ne nous renseigne pas sur la cible comme il le montre mais sur ceux qui y participent.
Il s'agit d'un comportement typique des tendances archaïsantes des communautés humaines. Les communautés archaïsantes, en voie de régression donc, sont liées autour d'affects confusionnels qui en font une communauté de « mêmes ». Toute altérité est vécue comme une menace ce qui fait qu'elles sont aussi manichéennes. Le bien est le même, le mal l'autre. De ce fait comme par exemple dans les sociétés claniques, celui qui manifeste une originalité ou celui qui prétend s'émanciper de la communauté des mêmes est dénoncé comme un traître, considéré comme une menace et doit être réduit à néant. En effet il démontre que la communauté des mêmes n'est pas toute puissante et qu'il existe de l'altérité qui ne dépend pas d'elle. C'est pour cela que ce type de communauté ne peut concevoir toute autre que comme ennemie incarnant le mal et qui n'a d'autre visée que l'annihilation du bien à laquelle elle s'identifie.
Dans ce type de communauté le discours n'a comme fonction que de confondre (procédés confusionnels, passionnels) ou de détruire ( passages à l'acte, attitudes réactionnelles) c'est celui des intégrismes par exemple.
Dans un contexte plutôt individualiste ce type de communauté archaïque est sans cesse aux prises avec des divisions, chacun prétendant être l'identifiant du groupe. Dans un contexte plutôt collectiviste, c'est au nom du groupe que chacun justifie ses pulsions de violence, débarrassé (soulagé) de toute conscience individuelle. C'est pour cela que le « combat des chefs » ou « l'émeute » sont aussi des comportements observés couramment.
Notre communauté archaïsante que tout le monde aura reconnue avec ses divisions et ses excommunications, estime que la politique c'est le bipartisme d'opposition binaire radicale, à l'encontre d'ailleurs de ce que les français souhaitents. C'est pour cela que la caricature du mal en mirroir est projetée sur « l'autre » qui ne peut être que l'adversaire radical du bien. C'est pour cela que le passage est considéré comme trahison. Il faut voir comment ont été traités tous les autres aussi et toute collaboration est considérére comme telle.
Pourquoi une communauté en vient-elle là? Coment est-elle atteinte de cette maladie régressive? Parce qu'elle n'a plus confiance en elle, qu'elle a perdu la foi en l'homme, en l'avenir? Peut être tout simplement que son temps est venu de disparaître, le monde qui la justifiait ayant changé radicalement. Malheureusement comme dans toutes mutations la peur de disparaître se transforme en terrorisme suicidaire. C'est ce dont nous sommes témoins. Y aura-t-il des personalistés capables de sortir de ce pathos et de construite autre chose? Il y faudra du courage et de l'intelligence mais aussi du discernement de ce qui est dorénavant en jeu dans le monde et enfin prendre parti pour le futur même sous les quolibets méprisants des âmes perdues.
Eric Besson a fait ce choix semble-t-il.
On peut se poser légitimement ces deux questions à la suite de votre article:
Sachant que le PS a en pratique la mainmise sur la plupart des pouvoirs locaux (régions, départements,communes) et que cette situation favorise l'immobilisme, combien de temps lui faudra-t-il pour dépasser cette "maladie régressive" et trouvera-t-il en son sein assez de Besson pour évoluer? ou alors faudra-t-il des circonstances tout-à-fait exceptionnelles (non démocratiques?) pour que cette évolution se produise?
J'ai bien peur que le statu quo, du moins apparent, se prolonge encore assez longtemps.
Salutations,
Un grand merci pour cet éclairage.
Vous avez le don et l'érudition pour poser les mots sur ce que chacun peut comprendre de façon intuitive seulement.
Vous mettez fin à nombre de frustration, je pense.
Bien cordialement,
"Quelques mois plus tard, au cœur de la campagne présidentielle, il annonce son revirement total et utilise son expérience récente afin de mieux vaincre le PS auprès des autres conseillers de l'actuel président. Il passe de socialiste convaincu à premier adversaire de Ségolène Royal à l'occasion de l'échéance politique la plus importante, une élection présidentielle.»
On peut être «socialiste convaincu» et «premier adversaire de Ségolène Royal», comme le sont, au demeurant, nombre de socialistes qui ont participé, parfois du bout des lèvres, parfois en espérant sa défaite, à la campagne de Royal. Besson, lui, a jugé que sa défaite était dans l'intérêt du pays. On peut bien sûr en débattre. Mais cela me semble, du moins, éminemment respectable"
Est-ce possible, en raison de la personnalité de Ségolène Royal, de choisir un candidat et une vision de la France totalement opposée à ce qu’il avait défendu durant toute sa vie politique auparavant ?
Vous comprendrez quoi qu’il en soit que son attitude pendant cette campagne fait de lui un traître aux yeux des socialistes, et explique le jugement sévère qu’ont envers lui la majorité des français.
Par ailleurs rien qu’en prenant le temps d’écrire dans un faible intervalle deux articles défendant indirectement Eric Besson et sa politique sur Slate, vous vous positionnez dans le débat public et défendez le gouvernement… Il n’y a par ailleurs rien de critiquable en cela.
Amicalement
M Besson est passé de socialiste anti Royal (honorabe, certe, encore que....)
à
exécutant soumis des ordres de M Sarlkosy dans une politique d'extreme droite, avec bouc emissaire, lois inutiles plus demagogiques qu'efficaces, lois inutiles mais permettant toute atteinte legakle aux libertés fondamentales des lors qu'une autorité (si petite soit elle) accepte d'endosser l'initiative d'un soupçon, etc.
Alors, on peut disserter a l'infini.
M Besson, pour les raisons qu'il n'a jamais publiquement démontrées (son anti royalisme est plus que suspect) a trahi son camp, les électeurs du PS qui Royalistes ou non, soutiennent la recherche d'une autre politique que ce liberalisme debridé, ce travailler plus, etc... sans retomber dans un dirigisme sclérosant.
Alors, il n'y a pas de bien pensance qui compte, tant que M Besson n'aura pas convaincu de sa bonne foi lors de sa trahison, ceux qui lui en veulent ont raison.
Il a trompé les électeurs avant de trahir, ou bien il a trompé les électeurs en trahissant....
Nuances ? Il ne semble pas que M Besson fasse preuve de nuance dans l'exercice de sa fonction de ministre. Pris en flagrant delit de mensonge public (assistance aux clandestins) il ne repond pas, ne peut dementir (et pour cause) ....