France

«Honnir Eric Besson»: votre dialogue avec l'auteur

Baptiste Marsollat, mis à jour le 06.10.2010 à 17 h 53

Baptiste Marsollat avait signé «Honnir Eric Besson: la communion des bien-pensants». Il répond à vos commentaires.

Permettez-moi d'apporter quelques réponses à ceux qui ont pris la peine de lire et de commenter mon article: «Honnir Besson: la communion des bien pensants».

«Vous semblez ignorer que nombreux sont les gens qui admirent le courage d'Eric Besson, son sérieux, sa compétence», m'écrit-on.
Je suis enchanté d'apprendre qu'ils sont nombreux car si j'ai effectivement parfois entendu des proches ou des amis faire son éloge, peu nombreux sont ceux qui ont fait publiquement état de leur soutien ou simplement de leur empathie à son endroit. Peut-être le brouhaha assourdissant de ses détracteurs nous empêche-t-il d'entendre les témoignages de sympathie ou plus simplement des opinions nuancées sur son comportement? Je suis heureux, en tout cas, que nous soyons quelques uns à penser de la sorte.

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«Les qualités d'un homme qui s'intéresse au bien commun peuvent aussi s'exprimer dans la haute fonction publique. Elles seront reconnues, et la classe des hauts fonctionnaires permet une continuité dans le fonctionnement de l'état au delà des hasards électoraux.»
J'en suis tout à fait d'accord mais ça n'est pas à cette question que je m'intéresse dans l'article. En outre, vous aurez sans doute noté que Besson, contrairement à nombre de personnalités politiques de premier plan, n'est pas issu de la haute fonction publique. Aussi le choix de servir son pays en tant que fonctionnaire, dans l'ombre et la continuité, ou en tant que politique, dans la lumière et l'impermanence, ne s'est-elle pas posée à lui. De plus, les compétences nécessaires pour faire un bon haut fonctionnaire et celles que suppose la fonction de ministre ne sont pas les mêmes.

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«(...) Mr Besson (...) décrédibilise le fragile système (mais si essentiel à la paix sociale), en nous montrant sa cruelle vérité. Un roi a besoin de ses habits et de sa couronne pour régner. Une démocratie doit accepter le jeu de rôles des partis et des personnels politiques pour fonctionner. Car si la politique est une fiction, ce que je ne conteste pas, que le clivage partisan est souvent artificiellement caricaturé et amplifié, il n'en reste pas moins qu'il est nécessaire de l'accepter, sans crédulité , sans illusions.»
Tout à fait d'accord. Je ne rêve pas d'une société unanime et les clivages, pour artificiels qu'ils soient, n'en sont pas moins, en partie, nécessaires et respectables. Ce que je conteste, c'est qu'ils soient sacralisés, qu'on leur accorde un respect quasi-religieux et que, ce faisant, on occulte le fait que les partis politiques sont des appareils lourds et puissants, absolument nécessaires, certes, à la vie démocratique mais qui laissent peu de place à la nuance et exigent une discipline assez stricte de ses membres, en tout cas de ses cadres, qui supposent de leur part une certaine trahison de leur pensée (dans ce qu'elle a de complexe et de nuancé). Les partis ne doivent pas être l'horizon indépassable de notre vie politique. D'autres éléments, comme la personnalité des hommes et des femmes politiques, mais aussi les circonstances, doivent être pris en considération.

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«L'aurez-vous noté ? Seriez-vous tenté de manifester votre désaccord avec le comportement et/ou la politique menée par Eric Besson, que vous voilà propulsé par l'auteur:
- Sonneur d'hallali
- Lyncheur goulu
- Penseur binaire
Et, pour peu que vous n'ayez pas reconnu en Eric Besson les trois qualités cardinales dont l'affuble l'auteur, je cite : “courageux, audacieux et compétent, donc”, vous voilà devenu “fine fleur de la bien-pensance”. On n'est pas plus nuancé.»

C'est absolument faux. Il ne me viendrait pas à l'idée de vilipender ceux qui manifestent un désaccord avec le comportement et/ou la politique de Besson pour la simple raison que j'ai moi-même des désaccords avec son comportement ou sa politique. Quelques exemples: son admiration pour Jospin comme sa foi en Sarkozy me laissent, pour le moins, perplexe; la fameuse circulaire ne m'apparaît pas nécessairement opportune: saura-t-on protéger efficacement ceux qui dénonceraient leurs passeurs (ou leur famille restée au pays)?; Que dire de l'intitulé grotesque (qu'il n'a pas choisi certes) de son ministère?; Par ailleurs, bien que n'étant pas un spécialiste de ces questions, la politique de l'immigration qu'il met en œuvre est loin de me convaincre pas pleinement, pour diverses raisons,  etc.
Ce que je dénonce, c'est le lynchage sans retenue ni réflexion dont il fait l'objet. Par ailleurs, je souligne qu'il a quelques qualités rares, évidentes et cardinales. C'est tout.

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«Le même auteur nous livre quelques lignes plus loin le secret de la réussite en politique : "le combat politique, même livré sincèrement, suppose une part de mascarade, donc de trahison. On caricature, on sacrifie, on trahit, en partie au moins, ses idées, pour peser politiquement, pour se conformer aux exigences de simplicité et de binarité, du parti." »
Un tout petit peu de bon sens et/ou d'honnêteté intellectuelle suffisent, je crois, pour comprendre que cette phrase n'est pas prescriptive mais descriptive. Autrement dit, je ne «livre» pas le «secret de la réussite en politique», je constate, simplement, que c'est ainsi que les choses se passent. Sans m'en réjouir, à vrai dire - bien au contraire.

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«Avant la campagne présidentielle, Eric Besson participe à l'élaboration du programme PS, dans lequel il fait figure de jeune talent. Il est alors l'un des plus ardents opposants à la politique prônée par Nicolas Sarkozy. Quelques mois plus tard, au cœur de la campagne présidentielle, il annonce son revirement total et utilise son expérience récente afin de mieux vaincre le PS auprès des autres conseillers de l'actuel président. Il passe de socialiste convaincu à premier adversaire de Ségolène Royal à l'occasion de l'échéance politique la plus importante, une élection présidentielle.»
On peut être «socialiste convaincu» et «premier adversaire de Ségolène Royal», comme le sont, au demeurant, nombre de socialistes qui ont participé, parfois du bout des lèvres, parfois en espérant sa défaite, à la campagne de Royal. Besson, lui, a jugé que sa défaite était dans l'intérêt du pays. On peut bien sûr en débattre. Mais cela me semble, du moins, éminemment respectable.

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«Effectivement Eric Besson est pour le moins mal aimé, non par la "bien pensance" mais par tous ceux n'étant pas militants de l'UMP, ce qui, pardonnez-moi, n'est pas exactement la même chose...»
ou
«On voit bien que pour faire croire qu'ils sont des réformateurs opposés aux "archaïques" voire parfois "malades mentaux" socialistes, les sarkozystes n'ont pas peur du ridicule !!!»
ou encore
«C'est assez rigolo comme article: donc si on est pas d'accord avec Eric Besson on fait partie d'une communauté bien - pensante, de gauche présumément. Donc j'en déduis que si on est d'accord avec Besson, et a fortiori avec l'auteur de l'article, on doit faire partie d'une communauté mal-pensante, de droite présumément, non?»
Pourquoi fait-on toujours, immanquablement, la généalogie des discours avec lesquels on est en désaccord? Je ne suis ni militant, ni adhérent de l'UMP. Je ne suis pas davantage sarkozyste. Et je n'ai pas l'impression que la réprobation de Besson soit le fait de la seule gauche. Donc je ne considère pas celle-ci comme disposant du monopole de la bien-pensance, il s'en faut...

Souvenez-vous d'ailleurs de ce député UMP s'exclamant: «ce Monsieur Besson s'est trompé de parti. L'UMP ne mange pas de ce pain-là. C'est au Front national qu'il aurait dû adhérer». Mon article ne vise donc pas spécifiquement la gauche mais simplement la passion du lynchage des apostats, passion qui, comme Besson, dépasse les clivages partisans...

Bien à vous,
Baptiste Marsollat

Image de une: Eric Besson, le ministre de l'Immigration. REUTERS/Pascal Rossignol

Baptiste Marsollat
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