Et s'il fallait arrêter de consommer vert?
Malgré tous les efforts réalisés depuis des décennies pour développer des technologies «plus propres», les concentrations dans l'atmosphère des gaz à effet de serre ont encore, en 2010, atteint de nouveaux records. Notre consommation a des effets pervers.
- Un «stop» en Australie. REUTERS/Tim Wimborne -
Comment limiter –vraiment– les émissions de gaz à effet de serre? Réunis à Durban, décideurs et experts du monde entier ne pourront que constater leur échec: celles-ci ne cessent de progresser. Au point que la situation, au lieu de s'améliorer, voire de se stabiliser, se détériore à une vitesse accrue: le tout récent communiqué de l'OMM (l'organisation météorologique mondiale) le souligne: entre 2009 et 2010, la concentration dans l'atmosphère de dioxyde de carbone (CO2), a ainsi progressé du chiffre record de 2,3ppm (parties par million) soit plus que pendant la décennie 1990 (+1,5 ppm par an en moyenne) et que la décennie passée (+2 ppm par an) .
«Suivez notre exemple», ont l'habitude d'insinuer l'Europe et la France en particulier, qui, depuis 1990, auraient plutôt eu tendance à voir leurs émissions stagner, voire diminuer tandis que les grands pays émergents, comme la Chine ou l'Inde enregistrent de très fortes progressions des leurs.
Mais ces chiffres sont à prendre avec précaution: les émissions de gaz à effet de serre de la France par exemple, ne concernent que les productions réalisées sur l'Hexagone. Elles incluent donc les produits exportés, mais négligent les importations.
En tenant compte de ce facteur –et à partir des chiffres d'émissions de 2005–, les services statistiques de l'Etat français ont ainsi calculé que le solde des émissions de CO2 des échanges extérieurs de la France était de 135 Mt, qui viennent donc s'ajouter aux 410 Mt émises sur le territoire national. Et si aucune statistique d'évolution de ce chiffre n'est pour l'instant disponible, il y a fort à parier que nous «importons» une partie croissante de notre CO2, une tendance que la désindustrialisation accélérée de la France risque fort d'accentuer.
Et si je prenais Autolib plutôt que le bus?
Bref, même sur le Vieux continent, des décennies de «développement durable» n'auront pas suffi à inverser la situation. Alors, que faire? «Intégrons plus l'économie à l'environnement», soulignait récemment Gernot Wagner sur Slate. Car pour inciter les consommateurs à moins polluer, les taxer financièrement constitue encore l'une des incitations les plus efficaces. Cette politique n'est cependant pas toujours socialement juste, et ne touche en outre qu'à la marge les ménages les plus riches. Mais l'on peut être encore plus catégorique: arrêtons tout simplement de consommer vert!
Car à quoi sert-il donc de réduire la consommation des voitures? Le parc et le nombre kilomètres automobiles parcourus n'ont quasiment jamais cessé, depuis le premier choc pétrolier de 1973, de progresser! Et le risque est grand que l'arrivée de services de véhicules en auto-partage ne pousse certains usagers… à délaisser les transports en commun.
Pourquoi, aussi, inventer des ampoules à faible consommation si on les laisse allumées toute la journée? Ou investir dans des chaudières à très fort rendement et isoler drastiquement les maisons puisque les ménages en profitent pour augmenter le thermostat? C'est ce qu'a encore démontré une étude réalisée par le constructeur de maisons Trecobat: ses clients ayant investi dans une maison BBC (basse consommation d'énergie) ont certes beaucoup économisé sur leurs factures de chauffage (passées de 1.152 à 739 euros), mais 59% avouent monter le thermomètre à 20-22C° en journée, contre une recommandation à 19°C.
Alors bien sûr, ils ont, malgré tout, réduit leurs émissions de gaz à effet de serre venant du chauffage, mais pas autant qu'ils auraient pu. Et qu'ont-ils fait des économies ainsi réalisées? Ne les auraient-ils pas, par hasard, réinvesti dans des vacances –polluantes–, ou dans un nouvel appareil électronique?
Le bilan «carbone» de bien des investissements dits «verts» mériterait, de la même façon, d'être réalisé: par exemple, est-il vraiment rentable, pour l'environnement, de construire un nouveau tramway (électrique) plutôt qu'une voie dédiée aux bus (roulant au diesel), lorsque l'on connaît toute la dépense énergétique nécessitée pendant plusieurs années par la construction du premier, directement (travaux) et indirectement (embouteillages, perturbations de circulation)?
Pour décrire l'effet pervers de ce business vert, les experts ont une expression: «l'effet rebond». Plus la consommation d'un produit ou service devient économe en énergie, et plus sa consommation devient accessible, entraînant une augmentation du pouvoir d'achat et donc de la consommation (de ce produit ou d'un autre). Avec bien souvent à la clé, une augmentation des émissions de gaz à effet de serre.
Les citoyens les moins pollueurs sont...
Ce concept d'«effet rebond» n'est plus réservé aux écologistes et est désormais reconnu par les économistes: le commissariat général au développement durable par exemple juge nécessaire de souligner son importance. Ainsi note-t-il:
«Dans les deux cas (voiture et chauffage), on est en présence d’un effet rebond, situation dans laquelle l’amélioration de l’efficacité environnementale dans l’utilisation d’une ressource ou d’un équipement est compensée, totalement ou en partie, par un usage accru de cette ressource ou de cet équipement.»
A l'inverse, le propriétaire d'une vieille automobile très peu économe regardera à deux fois avant de la faire rouler. Tout comme l'habitant d'une maison mal isolée surveillera sa facture de gaz ou de fioul (et donc son thermomètre) comme le lait sur le feu.
Ne soyons pas caricaturaux: mieux vaut bien entendu utiliser pour ses déplacements une voiture peu polluante ou habiter dans une maison à énergie positive. Mais à une condition: que le pouvoir d'achat ainsi dégagé soit immédiatement «neutralisé» pour ne pas servir à «acheter» un bien ou un service ayant lui-même nécessité l'émission de gaz à effet de serre. Car les nouvelles technologies vertes ne doivent servir qu'à l'environnement, et non pas à nous enrichir.
Ce n'est du reste, malheureusement, pas un scoop: les citoyens du monde les moins pollueurs sont... les plus pauvres! Même pour le CO2, les plus riches semblent avoir du mal à réfréner leurs consommations.
Catherine Bernard
Mis à jour le 01/12/2011 à 9h05
















































La solution vient à la fois du "consommer vert" et du "consommer moins", c'est à dire entrer en décroissance (à ne pas confondre avec la récession). Le problème est que quand on évoque cette idée, tout le monde pousse des cris d’orfraie.
Il est pourtant simple de démontrer qu'il s'agit de la seule voie possible, par une simple démonstration par l'absurde qu'un élève de 5e pourrait faire : consommer plus, c'est produire plus (en France ou en important le CO2 de Chine), et donc polluer plus.
Avec un meilleur partage des richesses, et en en finissant avec l’obsolescence programmée, on pourrait très bien vivre aujourd'hui avec des revenus suffisants sans être trop élevés.
Et qu'on arrête de dire par la même occasion que "consommer vert", c'est faire un geste pour la planète : la Terre s'en remettra toujours, pas contre, l'homme - lui - peut tout à fait disparaître, et rapidement.
C'est un écolo qui vous parle.
C'est donc une forme de planisme écologiste qu'il faudrait mettre en place..
Il existe évidement une alternative, sortir de la crise par le haut, en utilisant des technologies existantes, comme le nucléaire, les biotechnologies, qui permettent de résoudre la question de l'énergie et de l'alimentation.
"nucleaire a fusion" La fusion ne sera pas disponible avant la fin du siècle, elle rentre pas dans le débat actuel.
"Il faut se mettre a l évidence qu'un changement de paradigme est inévitable" C'est un point de vue qui ignore sciemment les technologies disponibles. Le scenario Negatep explique très bien comment on peut sortir des énergies fossiles, principal changement à faire, sans effondrer la civilisation comme les antinucléaires le souhaite.
1 - D'imposer une VRAIE fiscalité environnementale, c'est-à-dire une taxe Pigou qui ferait payer aux producteurs (et donc par répercussion aux consommateurs) le coût exorbitant de la pollution, mais qui serait ensuite redistribuée de manière égale à tous les citoyens (de telle sorte que ceux qui consomment peu, càd. les plus pauvres, y gagnent au final de l'argent, tous comme ceux qui choisissent de consommer des produits réellement écologiques). Les consommateurs et les entreprises auraient de ce fait tous intérêt à réduire la pollution, les GES et d'une manière générale la production/consommation baisserait fortement.
2 - De réglementer et pourquoi pas interdire la publicité, qui a pour unique but non pas d'informer (les critiques servent à cela) mais de manipuler pour vendre des choses dont on n'a pas besoin et même au départ pas envie. Par la même occasion, cela éviterait le green-washing.
La solution libérale est même plus adaptée, car elle pousserait les entreprises (une fois intégré le coût de la pollution) à chercher elles-même de nouvelles solutions, et permettrait d'imposer presque "naturellement" les meilleures. Au contraire, on peut déjà voir une forme de planification écologique avec le développement hautement subventionné mais pourtant contre-productif de la voiture électrique ou des biocarburants.
C est fatiguant de devoir toujours répéter les même choses, mais je vous conseille de lire l excellent ouvrage "les silences de tchernobyl" les passages sur les mutations génétiques induites sur des insectes sont assez intéressants et devraient vous éclairer. Mais des rejets issus d explosion, a proximité d uranium et de plutonium, dans le pacifique, sont plus inquiétants que tchernobyl. Et je répété pour vous encore une fois, fission, annihilation d atomes, donc combustion qui dit combustion dit résidu et les déchets atomiques c est bien de la pollution.. .
La fusion dans un siècle ? Non surement pas, les premiers réacteurs tournent déjà, de plus la science et l informatique sont exponentielles et la mondialisation aussi.. . C est un argument, car si dans une cinquantaine d années une nouvelle forme de production d énergie est trouve, que faire de centrales a fission récemment construites, ce seront les centrales a charbon de demain, avec l inconvénient radioactivité !
Même si ces centrales gardent leurs utilité pour subvenir a un besoin immédiat.
D ou l intérêt d aller vers l efficacité énergétique, pas la décroissance, déjà juste l efficacité pour commencer.
Et bien sur se pose le problème du stockage de l électricité, car pour l instant on a rien trouve de mieux pour de-saturer les réseaux que de faire tourner des fonderies a arc la nuit.
Je suis d accord avec soyouz sur le fond, il faut sensibiliser les gens et faire payer les responsables.. .
L'analyse est rigoureuse et technique, et constitue une bonne lecture. Grosso modo, le bonus malus a stimulé le renouvellement de voiture, leur utilisation, et a fait baissé l’émission moyenne. Les deux premiers phénomènes ont induit des émissions de carbone supérieures à ce que le troisième phénomène à fait économiser. Au final, l'effet est négatif.
Comme quoi, souvent, l'enfer est pavé de bonne intention. Encore que le bonus malus n'était peut être qu'une subvention cachée à l'industrie automobile française...
"Pourquoi, aussi, inventer des ampoules à faible consommation si on les laisse allumées toute la journée?" Parce que c'est toujours moins de consommation !!!!!!!!!!!!!!!!!!
"les ménages en profitent pour augmenter le thermostat?" Certes, localement, ponctuellement, pas tout le monde, pas tout le temps. Et puis si Aujourd'hui les gens ne comprennent pas, il faut développer ces "techniques" vertes pour que demain, avec la prise de conscience collective, ces solutions puissent avoir un réel impact !
"on est en présence d’un effet rebond" Oui, mais à l'image d'une balle rebondissante qui monte de moins en moins haut à chaque rebond, la consommation finira par se tasser avec les prix montants de l'énergie et la prise de conscience globale.
Par pitié la situation est suffisamment mauvaise pour ne pas rajouter de péssimisme dans ce genre d'article.
Donc, non, ce n'est en rien bizarre que ça ne marche pas.
Hier, les medias et l opinion publique debattaient de la realite des problemes environnementaux (l'Homme a t il un impact negatif sur son environnement?), puis des améliorations (cad changements a la marge) a apporter a notre société pour y répondre.
Aujourd hui, on commence timidement a voir apparaitre des articles, comme celui-ci, qui montrent les limites d une reponse basee sur le concept "d'efficacite environnementale" (peut on repondre aux enjeux environnementaux grace a une approche exclusivement technique?)
Demain, peut etre que nous rentrerons enfin dans le vif du sujet (comment definir le progres au XXIeme siecle, compte tenu des contraintes qui nous sont imposees?). Et j espere que ce jour la on balancera l'indicateur "croissance du PIB par an" a la poubelle.
Si Marianne Arnaud nous rappelle à notre bon sens, comment ne pas être d'accord avec julien Sellier qui dénonce fort justement la machine à vendre.
Dans le Même temps je suis réticent à l'idée d'imposer aux autres les vertus qui découlent de mes propres erreurs. Au non de quel principe prétendument universel doit on dire aux Chinois, aux Brésiliens ce qu'ils doivent faire ou ne pas faire. Qui sommes nous pour baliser le chemin ?
L'Histoire , et c'est une réalité cruelle, nous démontre que ce n'est que dans les crises majeures que l'humanité progresse mais que pour réparer une erreur il faut l'avoir d'abord commise. Cela peut passer pour du fatalisme, ça l'est c'est sur.