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Grippe: la France prête à être prête

Jean-Yves Nau, mis à jour le 03.05.2009 à 11 h 07

La nouvelle mobilisation nationale devrait avoir d'indéniables vertus préventives. Même si des questions majeures demeurent en suspens...

Le mouvement s'accélère. Une semaine seulement après l'émergence outre-Atlantique de la nouvelle forme d'épidémie/pandémie grippale le nouveau virus a, sans surprise aucune, commencé à diffuser à l'échelon planétaire et ce via les personnes usant des transports aériens. Samedi 2 mai, on apprenait que A(H1N1) était parvenu en Asie (à Hong Kong) et que la Chine avait aussitôt  décidé de suspendre tous les vols entre le Mexique et Shanghai.

Après le Mexique et les Etats-Unis, le nombre de cas confirmés augmente au Canada, en Grande-Bretagne et en Espagne. Et sans surprise aucune, on commence aussi à observer, ici ou là, les premiers cas d'infections dites «secondaires» touchant des personnes ayant été au contact de proches de retour de pays touchés par l'épidémie.

Désormais, seize pays sont officiellement touchés dont la France. Un constat très évolutif et a priori inquiétant mais qui ne doit pas faire oublier qu'à ce stade seules quelques centaines de personnes ont été infectées. Et qui ne doit pas non plus masquer le fait que les taux observés de mortalité ne permettent pas de qualifier cette grippe de hautement meurtrière, comme le furent différentes pandémies grippales au cours du XXe siècle.

Dans un tempo parfaitement maîtrisé, les autorités sanitaires françaises ont annoncé le 1er mai, en fin de journée, la confirmation officielle de l'existence des deux premiers cas diagnostiqués dans l'Hexagone. Ces mêmes autorités avaient depuis quelque temps laissé entendre que cette information était «probable», puis «hautement probable». Parfaite maîtrise de la préparation de l'opinion. Mieux encore, l'annonce officielle en a été faite 24 heures après la décision du gouvernement français de suivre les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) de passer au niveau 5 (ou plus précisément 5a) de l'échelle internationale d'alerte sanitaire qui n'en comporte que six.

Les deux premiers cas avérés d'infection par le virus de la nouvelle grippe A(H1N1) en France ont été confirmés sur la base des résultats des d'analyses virologiques effectuées par le Centre national de référence de la grippe de l'Institut Pasteur de Paris, ont alors fait savoir (Lien vers PDF) les responsables de l'Institut national français de veille sanitaire (InVS).

Ces deux personnes qui reviennent du Mexique - un homme de 49 ans rentré le 27 avril et une femme de 24 ans rentrée le 28 avril ont présenté les premiers signes le 29 avril - n'ont aucun lien entre elles assure l'InVS. Prises en charge en milieu hospitalier le jour même, elles sont toujours hospitalisées à Paris et leur état de santé n'inspire pas d'inquiétude», précise l'INVS.

Tout va aussi bientôt s'accélérer. Le passage au niveau 5 du niveau d'alerte devrait radicalement changer la donne. Les mesures de contrôle dans les aéroports vont être renforcées et un suivi médical de certains passagers va être instauré. Il va ensuite y avoir le conditionnement et le transport pour «pré-positionnement» dans les services hospitaliers spécialisés de quelques millions de doses de traitement antiviraux (le Tamiflu de la multinationale suisse Roche et le Relenza du britannique GlaxoSmithKline). Des cellules de coordination vont aussi être mises en place dans chaque département. On devra encore bientôt compter avec une nouvelle campagne nationale d'information sur les mesures d'hygiène à prendre pour réduire la circulation des virus pathogènes au sein de la population française.

«Enfin!», en vient-on se à dire, paradoxalement, en haut lieu. Les responsables sanitaires et les pouvoirs publics vont en effet pouvoir montrer qu'une action collective et concrète est véritablement mise en œuvre en temps et en heure. Et nous n'en seront plus, comme ces derniers jours, à entendre sur les ondes et les écrans les membres du gouvernement ne cesser de redire en permanence qu'ils anticipaient «pour être prêt» le moment venu; et que dans l'attente il était impératif  -du moins pour les amateurs -  de continuer à manger de la viande de porc sous ses multiples formes.

Tout bouge aussi à l'échelon gouvernemental: le passage au niveau 5 fait que la gestion de la crise n'est plus seulement de nature sanitaire. Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, l'a rappelé: cette gestion doit désormais être mise en œuvre par «l'ensemble des forces du gouvernement». Sous l'autorité de son ministère, toutes les informations pertinentes seront recensées 24 heures sur 24. Et dans ce cadre des «recommandations de restrictions de voyages» ou d'autres «mesures graduées» pourront être décidées. Et si la situation épidémiologique devait rapidement empirer (hypothèse qu'aucun élément concret ne permet pour l'heure d'étayer) des mesures autoritaires pourraient être prises qui limiteraient l'exercice des droits de rassemblement ou de circulation (sur ce thème, on peut se reporter à cet article de Slate.fr du 10 mars 2009: «Sacrifier les libertés pour combattre une épidémie?»).

Il faut rappeler qu'une telle mobilisation n'a été rendue techniquement possible que grâce aux multiples actions développées (dans un cadre interministériel) par les pouvoirs publics depuis plus de cinq ans dans le cadre de la préparation à la lutte contre une autre menace de pandémie grippale: celle qui serait née d'une mutation du virus A(H5N1) responsable de la grippe aviaire. Ces actions furent parfois considérées comme vaines; ou plus précisément comme mobilisant des moyens humains et financiers démesurés pour un risque hypothétique et le tout au nom du principe contestable dit «de précaution».

On découvre aujourd'hui, avec l'émergence d'une menace virale à la fois différente et voisine, que ces mesures apportent aujourd'hui toute leur pertinence.

Est-ce dire pour autant, comme aiment à le dire et à le redire, les responsables gouvernementaux que les Français sont les mieux protégés au monde contre le nouveau risque pandémique?  Rien, dans ce domaine, ne peut malheureusement être affirmé. Une seule certitude prévaut: l'évolution de la situation et la quantification du risque comme du niveau de protection résulteront de paramètres que nul  gouvernement au monde ne maîtrise ni ne maîtrisera. Ils concernent les caractéristiques présentes et à venir de la structure génétique du nouveau virus, de son degré de contagiosité et de son potentiel à tuer les personnes qu'il infecte.

Dans ce contexte une autre question, majeure, est celle de la résistance virale, sinon aux masques de protection, du moins aux antiviraux que l'on a stockés en masse et à grands frais. Un Tamifu et un Relenza qui sont bien imprudemment publiquement présentés aujourd'hui par ceux qui nous gouvernent (plus que par ceux qui les produisent) comme une panacée des temps qui sont nôtres.

Jean-Yves Nau

Image de une: dans un laboratoire londonien, un échantillon de sang de contrôle. REUTERS/Stephen Hird (BRITAIN HEALTH)

Jean-Yves Nau
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