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Giec: l'activité humaine est responsable du changement climatique (enfin, presque)

Michel Alberganti, mis à jour le 29.11.2011 à 7 h 00

Le dernier rapport du Giec semblait marquer une rupture avec le caractère essentiellement prévisionniste des documents précédents. Mais ce coming-out n'est que relatif.

Une tête de Boudha dans les inondations en Thaïlande, le 6 novembre 2011. REUTERS/Adrees Latif

Une tête de Boudha dans les inondations en Thaïlande, le 6 novembre 2011. REUTERS/Adrees Latif

Avec le Giec, mieux vaut tourner sept fois sa plume dans l’encrier. A le lire trop rapidement, le dernier rapport du Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat laisse penser que les climatologues font enfin leur coming-out. Enfin, les scientifiques qui auscultent le réchauffement de la planète l’admettent: nous y sommes!

Selon ce «Rapport spécial sur la gestion des risques d'événements extrêmes et de catastrophes en vue d'une meilleure adaptation aux changements climatiques» publié le 18 novembre 2011, les augmentations de température minimales et maximales que nous enregistrons aujourd’hui proviennent bien du renforcement de l’effet de serre dû aux activités humaines, c'est-à-dire au rejet massif de CO2 dans l’atmosphère (on pensait que ce point était acquis depuis longtemps…).

De surcroît, les phénomènes météorologiques extrêmes qui se multiplient constituent également l’une des conséquences de ce réchauffement anthropique.

La météo est ainsi rattrapée par le climat. Cette affirmation représente une véritable sortie du bois des climatologues. Elle balaye les propos alambiqués du rapport de l’Académie des sciences française qui avait tenté de manager le consensus scientifique des experts avec le scepticisme de certains de ses membres (Claude Allègre et Vincent Courtillot en tête). Le débat concernait la responsabilité principale du réchauffement: l’homme pour le Giec, le soleil pour les climatosceptiques.

L’extrême prudence des experts du climat avait alors favorisé les affirmations de ces derniers. D’autant qu’ils se refusaient à attribuer les phénomènes extrêmes de la météo des dernières années, manifestations les plus spectaculaires qu’ils ont pourtant annoncées depuis fort longtemps, au réchauffement climatique.

Sortir du tiède pour faire bouger les décideurs

Ce dernier semblait ainsi appartenir à un futur plus ou moins éloigné. Pas de quoi s’affoler dans l’immédiat. Or, le politique se contente souvent de parer au plus pressé. Quand il n’y a pas le feu au lac mais que la dette souveraine flambe…

Le dernier rapport du Giec semble donc marquer une rupture avec le caractère essentiellement prévisionniste des documents précédents.

De quoi motiver les décideurs, auxquels le Giec s’adresse directement avec les versions de ses rapports spécialement écrits dans une langue compréhensible par un homme politique ordinaire, c'est-à-dire dépourvu, la plupart du temps, de toute culture scientifique.

Un tel coming-out du Giec met à aujourd’hui ce que l’on aurait bien aimé repousser à demain.

Il ne s’agit plus de s’inquiéter d’une prospective alarmiste s’exprimant, qui plus est, sous la forme d’une large fourchette: +2°C à +6°C d’ici 2100 pour la température moyenne du globe. Pas de quoi s’affoler! Certains, nombreux sur la planète, peuvent même se frotter les mains. Les Canadiens en premier lieu, mais aussi les Russes… Même en France, un mois de novembre qui bat les records absolus de température, comme celui que nous avons vécu au moins pendant les trois premières semaines, ne provoque pas de manifestations dans les rues. Pour les Verts, le problème urgent, c’est le MOX…

En revanche, si les inondations, les sécheresses, les canicules ou les ouragans sont bien dus au réchauffement climatique, la partition change.

Ces phénomènes extrêmes n’ont rien de particulièrement agréables et, de plus, ils coûtent très cher. Dans son dernier rapport, le Giec donne quelques chiffres: le coût annuel des dommages causés par les désastres météorologiques est passé de quelques milliards de dollars en 1980 à plus de 200 milliards de dollars (dollars de 2010). Avec un pic en 2005, année de l’ouragan Katrina.

Encore ne s’agit-il là que de la facture matérielle qui ne prend pas en compte l’impact du nombre de morts, des effets sur les écosystèmes ou des pertes de patrimoine culturel.

Nous ne sommes pas égaux face au coût des catastrophes

Par ailleurs, les nations ne sont pas logées à la même enseigne face aux désastres.

Entre 2001 et 2006, les catastrophes naturelles ont ainsi amputé le PIB des nations aux revenus moyens de 1% tandis qu’elles n’ont affecté celui des nations les plus pauvres de 0,3% et celui des pays les plus riches de 0,1%.

Ce sont donc les régions en cours de développement, dans lesquelles les infrastructures se multiplient tout en restant fragiles, que les dégâts sont les plus coûteux. De même, entre 1970 et 2008, 95% des pertes humaines se sont produites dans les pays émergeants.

Dans son rapport publié en 2006, l’économiste britannique Nicolas Stern plaidait pour l’affectation de 1% du PIB mondial à la réduction des émissions de CO2 afin d’éviter une récession de 20% des revenus de la planète.

En 2008, il avait considéré que son propre rapport avait largement sous-estimé l’importance des impacts du réchauffement climatique. Ce constat alarmant n’a pas empêché l’échec du sommet de Copenhague, fin 2009.

Alors que tous les efforts devraient se concentrer sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) a publié le 21 novembre un bulletin notant que les concentrations de ces gaz dans l’atmosphère ont atteint un nouveau pic en 2010 en dépassant toutes les valeurs enregistrées depuis l’époque préindustrielle.

Leur effet sur le réchauffement (forçage radiatif) s'est accru de 29% entre 1990 et 2010, le dioxyde de carbone contribuant pour 80% à cette augmentation.

«Même si nous parvenions à stopper aujourd'hui nos émissions de gaz à effet de serre, ce qui est loin d'être le cas, les gaz déjà présents dans l'atmosphère y subsisteraient encore pendant des dizaines d'années et continueraient de perturber le fragile équilibre de la Terre, planète vivante, et du climat», a déclaré Michel Jarraud, secrétaire général de l'OMM.

Dans ce contexte, une affirmation claire par le Giec de notre entrée dans la période où les désastres météorologiques sont imputables au réchauffement climatique pourrait donc avoir un effet psychologique fort sur les «décideurs».

Or, les experts du Giec, pris entre leur statut intergouvernemental qui impose un consensus et les limites de l’interprétation scientifique des données recueillies, font preuve d’une grande prudence dans ce nouveau rapport.

Le coming-out, du coup, fait pâle figure. Les conclusions du Giec sont en effet minorées par de multiples mentions d’un degré limité de confiance dans l’attribution des désastres météorologiques au réchauffement climatique.

«Il y a une confiance moyenne que les effets anthropiques ont contribué à l’intensification des précipitations extrêmes sur l’ensemble de la planète. Les incertitudes sur l’historique des cyclones tropicaux et la compréhension incomplète des mécanismes qui les lient au réchauffement climatique ainsi que le degré de variabilité de ces phénomènes ne conduisent qu’à une faible confiance dans leur attribution aux impacts anthropiques. L’attribution d’un événement extrême unique au réchauffement climatique anthropique reste un défi à relever.»

Pour un véritable coming-out du Giec, il faudra donc attendre encore un peu. Mais, pendant ce temps, la température augmente, la mer monte et le vent forcit…

Michel Alberganti

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