Euro: le scénario du pire
Que faire pour éviter l'éclatement de la zone euro et la faillite des Etats?
- Le Cri, au musée Munch d'Oslo. REUTERS/Scanpix Norway/Stian Lysberg Solum -
Le temps presse. Semaine après semaine, jours après jour, les nouvelles sont de mauvaises en pire. Aujourd’hui, quatrième trimestre de 2011, l’économie européenne est très sûrement entrée en récession. Elle menace de le rester plusieurs trimestres. Les économistes n’arrêtent pas de réviser à la baisse leurs pronostics.
Les Italiens vont devoir emprunter des dizaines de milliards dans les semaines qui viennent. Ils ont payé plus de 8% leurs créditeurs dans la dernière émission vendredi 25 novembre. Malgré la nomination de Mario Monti, un homme qui a la «confiance des marchés», à la place de Silvio Berlusconi. Il n’est pas sûr que l’Italie trouve encore des investisseurs qui veuillent encore lui prêter.
L’argent fuit la zone euro en grande masse. Les taux sont remontés dans toute l’Europe y compris en Allemagne. Et on craint, sur les marchés, qu’une grande banque fasse faillite avant Noël. Le climat est alarmant.
A nouveau, les ministres des Finances de la zone euro vont se retrouver à Bruxelles, mardi 29. Cela fait tant de fois qu’on écrit qu’il s’agit de «la réunion de la dernière chance» qu’on n’arrive plus à croire qu’ils vont enfin trouver une issue de secours.
Pour une majorité des opérateurs sur les marchés, l’éclatement de la zone est affaire entendue. Il ne reste qu’à suivre, encore quelques semaines, la spirale de la mort, engagée il y a deux ans en Grèce. La récession est là et les taux sont déjà trop élevés pour que les pays cibles (Grèce, Portugal, Italie, Espagne) ne puissent plus parvenir à honorer leur dette. Trop chère. Il va falloir faire défaut, comme les Grecs. Puis viendra le tour de la France. Tout est là qui se déroule comme inexorablement sous nos yeux.
Que faudrait-il faire?
L’urgence d’abord. Accorder les 8 milliards promis à la Grèce. Ensuite essayer de mettre enfin au point ce fichu Fonds européen de stabilité qui devait avoir 1.000 milliards et qui n’est toujours pas prêt.
En réalité, ce Fonds est sans doute mort-né, il faut déjà lui trouver une autre solution, qui passe par le FMI. Encore que le FESF et le FMI, même additionnant leurs forces, ne disposent-ils pas assez d’argent pour sauver à la fois l’Espagne et l’Italie. Et sûrement pas la France. Les marchés font les comptes, ils le savent.
La BCE est-elle «la seule solution» si elle achetait des dettes toutes vannes ouvertes? Les Français le disent. Mais le directoire de cette institution indépendante et les Allemands refusent. Le déblocage de la BCE pourrait néanmoins venir d’un compromis Sarkozy-Merkel.
Selon die Welt am Sontag, ce week-end, une solution se dessine peut être: la BCE accepterait d’ouvrir les vannes si et seulement si certains des pays de la zone s’engageaient volontairement à une très stricte surveillance budgétaire. Cette solution limitée aux pays dans la cible des marchés aurait le mérite d’éviter d’avoir à revoter les textes des traités.
Du temps de gagné. Une instance commune contrôlerait les budgets des Etat et interdirait les dépenses hors Maastricht. Quelle instance? Paris ne veut pas que ce soit la Commission. Alors qui? On le saura cette semaine.
Nicolas Sarkozy doit se prononcer à Toulon jeudi. Est-ce suffisant? La France serait-elle hors de «cette zone rouge»? Est-ce réaliste? La vraie solution, chacun le sait, est plus large. Il faut que l’Allemagne abandonne son dogme rigoriste. Il faut que la France accepte une grande perte de souveraineté budgétaire.
Ce n’est pas gagné, ni de l’autre côté du Rhin, ni de ce côté. Perte de souveraineté en pleine campagne présidentielle? En attendant, le scénario de la fin de la zone euro se déroule de semaine en semaine.
Eric Le Boucher
Mis à jour le 28/11/2011 à 19h23















































La Grèce n’a pas perdu sa souveraineté économique à cause des Allemands mais à cause d’eux-mêmes. Heureusement qu’il y a des pompiers allemands ! Comme pour toutes les incendies les flammes finiront par disparaître.
Votre vision d’une France sous une occupation économique allemande est absurde. Allez discuter avec des Allemands pour voir s’ils ont envie de dominer l’Europe. L’idée leur répugne.
Bien au contraire, ils préféreront de loin pouvoir rester chez eux et laisser les autres pays régler leurs problèmes tous seuls mais à la différence de vous ils n’ont pas la mémoire courte.
Ils se rappellent bien de ce que c’est un Europe divisé.
Quelles sont vos sources pour affirmer une tel chose : "avec la complicité d’un peuple qui ne payait pas ses impôts".
Je vous rappelle que la France est endetté elle aussi. Est ce par ce que nous ne payons nos impôt ?
Payer les dettes par l'inflation sera terrible pour tous les européens qui n'ont pas un salaire super flexible ou tout ceux qui possèdent leur épargne en monnaie et pas en biens immobiliers.
Quant aux plus riches, ils ne seront pas tellement touche car ils possèdent une grosse partie de leur épargne sous forme de biens immobiliers ou actions qui seront relativement protégés des effets de l'inflation. Au final, ceux qui paieront seront les classes moyennes qui possèdent leur épargne en monnaie. Il faut d'ailleurs noter qu'il est injuste que ceux qui ont fait l'effort et le choix d’épargner soient plus taxes que les autres.
L'inflation est une taxe injuste et dangereuse qui serait en plus pilotée par une organisation non démocratique (la BCE). J’espère vraiment que cette voie de sortie ne sera pas choisie.
Les États de l'UE "ne doivent pas chercher à influencer les membres des organes de décisions de la BCE" (Articles 130 du TFUE). "La BCE [et les] banques centrales nationales ne peuvent accepter des instructions des gouvernements des États membres [de l'UE]". (Article 130 du TFUE).
"Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des États membres d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l'Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres." (Article 123 TFUE)
"L'objectif principal [de la BCE] est de maintenir la stabilité des prix". (Article 119 et 282 TFUE)
Telle qu'elle aujourd'hui, la BCE nous est inutile. Elle est utile aux banques, "aux marchés" ... et c'est tout.
Le Fonds européen de stabilité, ça fait un moment qu'on en parle. Avec 2000 milliards d'euro, peut être aurait il été efficace. Est ce le cas encore aujourd'hui ? ...
UNE AUTRE SOLUTION EXISTE : forcer la BCE à prêter aux États à taux réduits 1.25%.
Comment la Grèce va-t-elle pouvoir s'en sortir alors qu'elle ne plus emprunter ? Comment l'Italie va-t-elle pouvoir s'en sortir alors que son taux d'intérêt est de + de 7% (ce qui était le cas de la Grèce !).
Grâce à la rigueur ? ...
Oui, c'est ce qu'il se passe en Grèce ...
C'est ce qui s'appelle ACHETER un ministère !
BCE : on vous donne des sous, vous nous laissez contrôler votre ministère de l'économie. Sympa comme programme.
Un lien très intéressant d'Étienne Chouard : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Documents_conferences/Principaux_griefs_contre_les_institutions_europeennes.pdf
Créer une monnaie unique et un marché commun sans réglementation claire, sans ministère des finance commun, sans harmonisation fiscale et sans harmonisation sociale, impliquait évidement dès le début le développement de problèmes à terme de la zone euros.
L'idée d'origine étant, comme à chaque fois dans le cadre européen, de faire du 'provisoire-définitif' : on créé la monnaie unique, on ne peut se mettre d'accord sur le reste sur le moment, mais on se dit qu'on profitera de la stabilité de la zone pour progressivement acter une harmonisation entre les états à long terme. En pratique ca fait 20 ans qu'on parle d'harmonisation fiscale dans le vide. notez cependant que, justement, le TCE/TFUE intègre des solutions d'harmonisations qui n'existaient pas à la création de la zone euro, ce qui démontre une évolution positive. Mais la crise brutale de 2008 à fait exploser l'avion en plein décollage...
Et Malheureusement, l'euro est maintenant présent dans l'économie européenne depuis pratiquement 20 ans ( Maastricht ), et plus de 10 ans en pratique ( 1999 ) : il est trop tard pour faire machine arrière, tant les économies sont imbriquées dans ce système monétaire. et ceux qui prétendent que sortir de l'euro est aussi facile qu'y rentrer sont soit des fumistes soit des cons : c'est facile d'entrer dans un avion au sol, c'est difficile de sortir une fois que l'avion a décollé. Mais je ne vous rassure pas de suite : tout les états, toutes les entreprises sont en train d'imaginer un plan B au cas ou...
c'est la même chose pour le renflouement des banques : à l'origine, c'était NIET, interdiction de le faire.
Sauf que voilà : les banques comme la Grêce sont des entités lourdes, qui pèsent financièrement : personne n'a intérêt à les voir s'effondrer par peur de l'effet domino. Imaginez que la banque postale fasse faillite : en soit tant-pis tant mieux, sauf que vous aurez des millions de français ruinés : inacceptable pour l'Etat.
C'est le même problème qui se pose entre le Mexique et les USA ( les USA ont plusieurs fois renfloué le Mexique pour éviter de ruiner les relations commerciales locales ). C'est aussi pour cela que la Chine cherche à intervenir en Europe : elle n'a aucun intérêt à voir les européens ruinés.
En bref : supprimer l'UE n'a aucun intérêt, puisque DE TOUTE FACON il faudra intervenir. du coup la 'fuite en avant' vers le fédéralisme européen, qui est finalement logique*, reste la seule solution : vu qu'il faudra intervenir entre nous, autant se fixer des règles strictes d'intervention et de rigueur pour plus tard. éviter le syndrome du passager clandestin qui a frappé toute l’Europe depuis 10 ans.
* : créer une monnaie, un marché unique, mais sans ministère des finances ni harmonisation fiscale, ni banque centrale ayant une politique adaptable... si ça c'était pas une belle connerie vouée à l'échec !
Par contre, vous ne pouvez affirmer que le peuple ne paye pas ses impôts ! Avant de tenir de tel propos, citez nous des sources !!
En France, une partie du peuple paye (proportionnellement à leur revenu) moins d'impôt : Ceux (...) qui peuvent se servir des niches fiscales. (Les niches fiscales nous coûtent au moins 75 milliards d'€ par an).
Quand vous dites que le peuple a perdu sa souveraineté par sa propre faute : Oui effectivement, il s'est laissé berné par les politiciens qui lui ont vendu l'Europe.
Et avant l'Europe, en 1973, le peuple a perdu sa souveraineté monétaire (loi Pompidou). Il a laissé ses dirigeants privatiser la monnaie.
Depuis 1973 donc, la banque de France n'a plus le droit de prêter de l'argent à l’État. La France, depuis doit emprunter comme citoyen lambda : Aux banques.
Il en résulte certaines choses : -Le 1er poste du budget français, c'est le remboursement des intérêts de la dette. Non pas de la dette elle même, mais des intérêts !! -Entre 1980 et 2008, nous avons payé 1 300 milliards d'euro d'intérêts.
Sans ces intérêts, la dette serait pratiquement nulle.
En 2010, (d'après wikipédia) le 1er poste du budget c'est : -"Remboursements et dégrèvements" : 93 milliards d'€.
Ensuite : -"Enseignement scolaire" : 61 milliards d'€. -"Recherche et enseignement supérieur" : 47 milliards d'€. -"Engagements financiers de l’État (intérêts de la dette)" : 45 milliards d'€.
J’aime ces deux pays et je participe de ma façon à la vie active de chaque. Surtout je paie mes impôts dans les deux !
Vous me posez des questions sur les Grecs et leur attitude vis-à-vis les impôts. Je répondrais que leur attitude est ‘byzantine’. Littéralement.
Depuis la présence des Turcs, un Grec soupçonne ceux qui l’imposent de le voler. Il n’a pas tort hélas. Pour se défendre, il s’esquive et paie le strict minimum.
Le système convient à la fois aux riches et aux pauvres. L’Eglise et les armateurs sont exonérés d’impôts. Les autres riches trichent ou font de sorte que certaines impositions sont modestes. Les pauvres ont deux ou trois boulots dont seulement un est déclaré.
C’est injuste, irresponsable et inadéquat comme la crise d’endettement grecque actuelle confirme.
Par exemple je paie plus de taxe foncière par mois à Paris que je ne paie par an en Grèce. Les taux d’IR sont à peu près les mêmes qu’en France mais les Grecs savent négocier…
La plus grande source d’impôt est l’électricité. L’EDF grecque est utilisée pour collecter des impôts. Si vous ne payez pas on vous coupe le courant ! Vous avez raison de dire que la France aussi a ses dettes. Trop. Mais pas pour les mêmes raisons. Il y a des carences dans le système de collecte certainement et sûrement il y a de la triche. Mais la « redistribution » sous forme de services sociaux est plus significatif qu’en Grèce où l’on paie peu et où l’on reçoit presque rien.
Cordialement
Citez la Chine est curieux. Ce pays est en conflit chronique avec son voisin l’Inde, sans oublier le Tibet. Pourtant elle est tellement grande déjà qu’on aurait cru qu’elle n’avait pas besoin de superficie supplémentaire.
Quant à mon pays, la GB, il faut distinguer entre sentiment et réalité. Les Britanniques pour des raisons évidentes ont une mentalité insulaire. Cela a servi à des moments critiques comme en 1940.
Mais par la suite les faits ont montré que la GB, pas plus que les pays continentaux, était incapable militairement et économiquement de vivre seule. Ce sont les Russes et les Américains qui ont libéré l’Europe continental, deux pays qui avaient la masse critique nécessaire pour battre la formidable machine de guerre Nazi. Sur le plan économique aujourd’hui 50% du commerce britannique se fait avec le continent. Le choix ambigu qui consiste à vouloir rester en dehors tout en voulant être dedans a bien être pointé du doigt dernièrement par Sarkozy et il avait raison.
Cameron le sait et il a rapidement torpillé la tentative de l’aile droite de son parti au parlement qui visait un referendum en faveur d’une sortie de l’UE.
Ce divorce entre les sentiments d’appartenance et la réalité est LA grande leçon que doit apprendre notre continent dans les décennies à venir. Chacun aime sa paroisse, c’est normal. Mais quand elle ne suffit pas à nourrir ses ambitions il faut tendre la main et se joindre au voisin.
Les zones de partage obligées sont nombreux – économique, écologique, militaire, logistique, santé, savoir (notamment langues) – si nombreux en effet que seul une gouvernance politique permettrait de les faire aboutir.
Aujourd’hui en France (2012 oblige) on a le spectacle amusant d’un PS qui parle de souveraineté à la FN et un UMP qui essaie de danser sur deux pieds à la fois – souveraineté à la De Gaulle et un rapprochement logique avec l’Allemagne.
Ca se calmera par la suite.