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Grippe A, porcine, mexicaine ou américaine, quel est ton nom?

Jean-Yves Nau, mis à jour le 01.05.2009 à 17 h 52

Pourquoi et comment, la grippe «porcine», puis «mexicaine» et «américaine», la grippe est devenue «A».

«A compter de ce jour, l'OMS se réfèrera au nouveau virus de la grippe, sous la dénomination de grippe A(H1N1)». Voici ce que l'on peut lire depuis le 30 avril sur le site Internet de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Et aussitôt plusieurs observateurs et différents médias en ont conclu que désormais l'OMS recommandait de qualifier de A(H1N1)  — voire plus simplement de «grippe A» — une épidémie successivement qualifiée depuis son émergence de «porcine», de «mexicaine», d'«américaine voire, tout dernièrement, de «californienne». S'exprimant dans la matinée du 1er mai sur Europe1, Roselyne Bachelot, ministre français de la santé, a elle même fait, volontairement ou pas, la confusion. Et sur le site d'information téléphonique du gouvernement (que le message enregistré présente comme étant le site de la .... «grippe aviaire»), les interlocuteurs corrigent en disant qu'ils informent sur la ... «grippe A»). Comment comprendre?

Tout d'abord en suivant un petit cours accéléré de virologie. En désignant A (H1N1) le nouvel agent pathogène responsable de  l'épidémie, les responsables de l'OMS n'ont fait que suivre les règles internationales de la nomenclature virologique. Le «A» correspond à l'un des trois types de virus grippaux, les autres étant désignés par les lettres «B» et «C».

Quant au H1 et au N1, ils désignent deux sous-types des molécules (antigènes) présentes à la surface du virus et qui sont une hémagglutinine (pour H) et une neuraminidase (pour N). Le chiffre associés à ces lettres correspondent à différentes variantes (ou sous-types) possibles de ces molécules. Et ce sont ces molécules qui déterminent la capacité du virus à se fixer sur des cellules humaines de l'arbre respiratoire et à les pénétrer pour pouvoir ensuite s'y multiplier tout en les détruisant. C'est cette combinatoire complexe et imprévisible qui, à échéance irrégulière, donne naissance à des éléments hautement virulents.

Mais attention ! ces dénominations ne préjugent en rien du type d'épidémie qui correspondra à tel ou tel virus. Ainsi les principales de pandémies grippales observées au cours du XXème siècle ont-elles été causées par des virus caractérisés comme étant H1N1, H2N2, ou encore  H3N2. Quant au virus de la grippe aviaire il s'agit d'un A(H5N1). Ajoutons pour tenter de prévenir toute confusion que ces dernières années, les grippes saisonnières sévissant en Amérique du nord étaient pour partie dues à un virus A(H1N1) mais à un A(H1N1) totalement différent de celui dont on parle aujourd'hui et que l'on n'avait encore jamais vu à la surface du globe.

Ceci posé, la surprise vient du fait que depuis plus d'un siècle que la virologie existe, la dénomination des virus grippaux n'a jamais correspondu à celle de l'épidémie qu'ils pouvaient provoquer. L'usage voulait que l'épidémie soit désignée par la zone géographique où les premiers cas avaient été diagnostiqués. Au XXe siècle, il y eut ainsi la  grippe «espagnole» (alors qu'il aurait fallu, en toute rigueur parler de la grippe «américaine»), puis  la grippe «asiatique»,  avant la grippe «de Hong Kong». Il est vrai que ces dernières années une certaine évolution avait été observée dans ce domaine. On était parvenu à faire oublier certaines responsabilités chinoises en ne parlant plus que de la «grippe du poulet» désignation précédent l'appellation, plus anonymement volatile encore, de «grippe aviaire». Anonymat toujours avec le «syndrome respiratoire aigu sévère» (Sras) lui aussi venu de Chine et pour lequel on s'est borné à décrire les symptômes de l'infection comme on l'avait fait, dans une toute autre pathologie virale avec le sida (syndrome d'immunodéficience acquise).

Or la qualification de la nouvelle épidémie grippale alimente depuis une semaine une série de controverses. Et il n'est pas toujours  simple d'en comprendre les raisons. La première question qui demeure encore sans réponse est de saisir  pourquoi on l'a d'emblée qualifiée de «porcine» alors que, comme vient fort justement de le rappeler l'Organisation mondiale de la santé animale aucun élément scientifique ne permet de dire le porc — animal qui n'est pas infecté par le A(H5N1) — a joué un quelconque rôle dans le passage de ce virus dans l'espèce humaine.

Il semble que cette décision a été prise sur la base d'une forme de cousinage moléculaire entre le génome du nouveau virus et d'autres, connus pour pouvoir infecter le porc.

Diverses raisons ont ensuite poussé à passer de «porcine» à «mexicaine» puisque les premiers cas humains semblaient avoir été diagnostiqués dans la mégapole de Mexico. J'avais déjà recensé ces polémiques, ici et .

Puis on est passé ces derniers jours, au vu de l'évolution de la situation épidémiologique, au stade de l'épidémie «nord-américaine» voire «américaine» sinon «californienne». L'affaire a alors aussitôt suscité de vives réactions diplomatiques, Washington pesant de tout son poids pour que l'OMS ne retienne pas cette dénomination. Et c'est dans ce contexte que, grâce à un petit tour de passe-passe un étrange consensus international semble avoir été trouvé avec l'émergence de la «grippe A». Auprès des Centres américains de contrôle et de surveillance des maladies (CDC) d'Atlanta, on commence d'ailleurs déjà à laisser entendre que de nouvelles données scientifiques pourraient bientôt soutenir l'hypothèse que le nouveau virus pathogène a vu le jour en dehors du continent américain. Dans l'attente, chacun pourra, dans le «A» de la nouvelle dénomination  percevoir in fine l'initiale de la qualification d'« américaine »

Jean-Yves Nau

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Journaliste
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