Economie

Ma grande entreprise ne connaît pas la crise

Stéphanie Villers, mis à jour le 03.12.2011 à 9 h 37

Les sociétés cotées n’en finissent pas d’enregistrer des résultats florissants.

«The Public Purse» de Simon Perry dans le centre de Melbourne en novembre 2009. REUTERS/Mick Tsikas

«The Public Purse» de Simon Perry dans le centre de Melbourne en novembre 2009. REUTERS/Mick Tsikas

Sur fond d’intensification de la crise de la dette souveraine, l’activité économique en zone euro reste en berne. Elle n’a progressé que de 0,2% au troisième trimestre. La France enregistre un léger mieux par rapport au reste de l’Europe avec 0,4% de hausse. Pour autant, les perspectives ne sont pas bonnes, et on annonce déjà une croissance plancher sur le quatrième trimestre.

Il faudra de nouveau compter sur le soutien de la demande intérieure qui assure depuis le début de l’année l’essentiel de l’activité. Le commerce extérieur, de son côté, ne parvient pas à décoller. Les économistes du Crédit Agricole expliquent qu'«en France, la consommation privée a rebondi (+0,3%), après une forte baisse (-0,8%) liée à la fin des effets de la prime à la casse. L’investissement a également contribué positivement à la croissance, en progressant de 0,4% malgré le recul de l’investissement des entreprises (-0,3%). Celles-ci ont maintenu un même rythme de restockage, qui s’est soldé par une contribution nulle de la variation des stocks. Au final, le redémarrage de la demande intérieure a fourni la principale contribution à la croissance (+0,3%) sur fond d’un moindre apport du commerce extérieur (+0,1%)».

Résultats florissants

En face, on trouve les grandes entreprises françaises, celles qui forment le CAC 40 et qui n’en finissent pas d’enregistrer des résultats florissants. Sur la même période, c'est-à-dire sur le troisième trimestre 2011, leur chiffre d’affaires a progressé de 4,2% à 323 milliards d’euros. Nos groupes internationaux ne pâtissent pas vraiment de la morosité ambiante et se laissent entraîner par le dynamisme des pays émergents, où ils réalisent, selon le cabinet PricewaterhouseCoopers ( PwC), environ un tiers de leur chiffre d’affaires.

Ce sont surtout les entreprises du secteur de l’énergie qui tirent leur épingle du jeu avec une progression de 15% de leur chiffre d’affaires. Les autres secteurs, en particulier les banques, ont dû faire face à un environnement chahuté, voire hostile. Leurs résultats se sont dégradés. Sur les neuf premiers mois de l’année, le chiffre d’affaires des sociétés financières a reculé de 0,9%. Rien de dramatique compte tenu de l’acharnement boursier qu’ont subi les banques françaises depuis le mois d’août.

Mais comment font-elles?

La bonne gestion financière des groupes de CAC 40 serait à l’origine de leur expansion. C’est en tout cas ce qu’explique Patrick Artus, directeur de la recherche économique chez Natixis dans sa note «Le mystère du CAC 40 est-il durable?».

«Les entreprises du CAC40 ont des taux d’investissement et une profitabilité en hausse, créent beaucoup d’emplois de 2004 à 2008, ont un taux d’endettement stable jusqu’en 2009 et ont un ratio cash flow / investissement très élevé (260%!)

Pour cet économiste et bien d’autres, si les grands groupes internationaux s’en tirent mieux que les autres, on aurait tort de jeter l’opprobre sur les entreprises du CAC 40. Dénoncer la distorsion entre leurs bénéfices record et la fragilité récurrente de l’économie française ne sert à rien, bien au contraire, affirme l’économiste Patrick Artus. Selon ce dernier, «le risque est que l’environnement défavorable (faible croissance, coûts salariaux élevés, fiscalité défavorable, hostilité dans certains cas de l’opinion publique) les conduise à terme à réduire de plus en plus la taille de leurs opérations en France».

Exemple récent: Peugeot Citroën a annoncé un plan de suppression de 7.000 emplois en Europe dont 5.000 en France dans le but de réaliser 800 millions d’euros d’économies, alors même que le groupe a bénéficié pendant plus de deux ans de la prime à la casse. Le résultat du constructeur avait grimpé en 2010 de 15,8% à 56,06 milliards d'euros, porté notamment par un rebond de l'activité dû à ces subventions à l’achat. Sans subventions, le territoire national ne fidélise plus. Les grands groupes préfèrent débusquer les opportunités ailleurs. Ainsi, le constructeur automobile vient-il d’annoncer, dans le même temps, le doublement de la capacité de production de son usine de Porto Real au Brésil.

20% de l’emploi en France

Difficile pour le salarié lambda ou la PME de comprendre la disparité entre leurs perspectives à court terme avec celles des grandes entreprises. Car si le niveau des charges salariales est le même pour tous, on sait en revanche que le niveau d’imposition, lui, diverge d’une structure à une autre, en fonction de la taille de l’entreprise. Ainsi, le taux d’imposition effectif des bénéfices pour les sociétés de moins de 20 salariés atteint 30% alors qu’il n’est plus que de 13% pour les entreprises de plus de 2.000 employés.

Au final, si les grands groupes disposent d’avantages et de subsides conséquents,  les critiquer reviendrait à les pousser à délocaliser davantage. Ils pourraient réduire leur présence en France.  Et la menace est de taille. Avec 20% de l’emploi total français, les entreprises du CAC 40 ont des arguments. Au fil des années, elles ont su donner la priorité à leurs actionnaires et sont devenues intouchables sur le territoire national.

Stéphanie Villers

Chronique également publiée sur Emploiparlonsnet

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