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Une présidentielle finalement forte en thèmes

Eric Le Boucher, mis à jour le 26.11.2011 à 9 h 05

Trois sujets économiques et sociaux sont au centre de la déprime française: l'austérité, la compétitivité et l'Europe. Et cette campagne va peut-être enfin permettre d'en discuter.

Put Them Together / garryknight via FlickrCC License by

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Allez, une bonne nouvelle! En tout cas une demi-bonne, c'est déjà ça par les temps qui courent. La campagne pour l'élection présidentielle, si mal partie il y a encore six mois, s'oriente, doucement, dans la bonne direction. Je ne parle pas de l'accord nucléaire conclu entre le Parti socialiste et Europe Ecologie-Les Verts. Le débat en France sur l'énergie mérite mieux, le débat sur le climat (tiens! il a été écarté de l'accord?) mérite mieux.

Non, je parle des trois thèmes économiques et sociaux qui sont au centre de la déprime française: l'austérité, la compétitivité et l'Europe. Le premier porte sur le rôle et les moyens de l'Etat, le deuxième sur la politique macro et microéconomique de croissance, et le troisième sur la réponse à la mondialisation.

La primaire socialiste a eu le mérite de réveiller la participation à la chose publique, très bien. Mais, aussi, c'était au moins aussi important, de démolir le projet préparé sous la direction de Martine Aubry, projet Bisounours du «care», totalement en dehors de la réalité de la crise.

Le débat entre les socialistes s'est peu à peu recadré à l'intérieur de l'espace budgétaire. Une sorte de course inattendue à la rigueur. L'UMP, qui a présenté cette semaine son «projet 2012», intitulé de façon très présomptueuse «Le rendez-vous du courage» (puissiez-vous en avoir un jour Mesdames et Messieurs les politiques!), s'inscrit lui aussi sous l'impératif de l'austérité. Le parti majoritaire veut un déficit nul en 2016. Son projet «coûte zéro euro», affirme-t-il.

Le «courage» est-il donc d'ignorer l'Europe?

Deuxième sujet: la compétitivité. On attend encore le programme du candidat Hollande, mais la «réindustrialisation» en sera une priorité. Idem pour l'UMP, qui veut «faire du made in France une marque aussi reconnue que le made in Germany».

Entre les deux partis, les propositions vont se ressembler: une TVA pour basculer progressivement le financement de la protection sociale du travail vers la consommation, une volonté semblable de soutenir les PME de taille moyenne, une résurrection de la «politique industrielle» axée sur «les filières» (comme en 1981), une irrésistible attirance commune pour taxer les grandes entreprises.

Il y aura des différences, sur le type de TVA. Il y aura des oppositions radicales, sur les 35 heures et sur les relations avec les syndicats (totalement absents du projet UMP). Mais la ligne «productive» sera la même.

Un ombrilisme nationaliste

Le dernier sujet est, lui, encore absent des préprogrammes. Un nombrilisme nationaliste ahurissant quand on voit l'actualité quotidienne. François Hollande est quasi muet sur la crise de la zone euro, sauf pour critiquer de façon mécanique les deux dirigeants «de droite» Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, mais toujours sans rien même balbutier sur ce que lui et ses amis du Parti social-démocrate germanique feraient à leur place.

Quant à l'UMP: pas un mot! Le «courage» est-il donc d'ignorer l'Europe? Ça viendra, nous assure-t-on. Peut-être, mais il aurait en réalité fallu commencer par là, tant le changement nécessaire de l'Union et de l'organisation de l'euro va surdéterminer le reste des politiques nationales.

Mais il en est de l'Europe comme des deux premiers thèmes, austérité et compétitivité. Ces sujets sont venus sur la table des partis par la contrainte, non désirés, de l'extérieur. Merci, les marchés financiers, qui les mettent, enfin, sous le nez de la classe politique française!

Nos femmes et hommes politiques, aveugles sur le monde réel, commencent à l'entrevoir. Mais la prise de conscience n'y est toujours pas et de loin. L'austérité va forcer le pays à réviser entièrement son Etat providence. Il ne s'agit pas de coups de rabot, de fermer un hôpital ou une gare, ou, comme le croit intelligent l'UMP, de «créer un FBI contre la fraude sociale».

Aller plus loin dans le changement

Il s'agit de tout autre chose: privatiser ou donner à des «agences» à la suédoise nombre de missions aujourd'hui publiques, reconstruire l'école, supprimer des échelons entiers des structures administratives et locales, etc.

La cause de cette révolution? Non pas seulement le manque de moyens financiers, mais l'évolution des moeurs et des besoins: l'Etat héritier de 1945 ne répond plus aux besoins du XXIe siècle, comme l'explique lumineusement Pierre Rosanvallon.

Même timidité sur la compétitivité. Il faut aller bien plus loin dans le changement de politique économique: le moteur de la croissance doit radicalement basculer de la consommation à l'investissement, du pouvoir d'achat des ménages à celui de leurs enfants.

Il reste cinq mois avant l'échéance présidentielle.

Eric Le Boucher

Chronique également parue dans Les Echos

Eric Le Boucher
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Cofondateur de Slate.fr
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