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Quand les villes préparent leur «transition»

Bangkok en 2009. REUTERS/Sukree Sukplang

Bangkok en 2009. REUTERS/Sukree Sukplang

Face au double défi du pic pétrolier et du changement climatique, les «villes en transition» préparent des cités plus «résilientes» pour demain. Où l'on tente de se désintoxiquer du pétrole dans la joie et la bonne humeur.

La petite ville anglaise de Totnes n'en avait sans doute pas demandé tant. Mais depuis quelques années, cette bourgade de 7.000 habitants fait l'objet de toutes les curiosités. Ecologistes, décroissants, journalistes viennent visiter en curieux cette petite cité «d'avenir»  située dans le Sud du Devon. 

C'est en tous cas elle que le chercheur en permaculture Rob Hopkins a choisie pour tester sa théorie «de la transition».

La transition? C'est, tout simplement, cette période qui doit nous permettre de nous préparer à une vie -et une ville- , d'ici 15 ou 20 ou 30 ans, quand les hydrocarbures seront devenus des biens de luxe, et où le changement climatique nous aura contraints à une (très) stricte sobriété énergétique.

Le succès de la transition

Si le constat n'a rien d'original, les théories de Rob Hopkins ont en quelques années fait un véritable tabac dans tout le monde développé.

Créé en 2006, le concept de ville en transition a débouché sur la création d'un réseau qui dénombrait à la date du 21 novembre 407 initiatives officielles, la plus récente étant celle de Ath, en Belgique.

Et si la  France ne compte que deux villes en transition dûment labellisées (Trièves en Isère et Saint Quentin en Yvelines), 17 autres territoires hexagonaux se sont déjà déclarés «en transition»: «quartiers en transition» de Paris, ou encore Chambéry, Orléans, Montpellier, Mayenne, ou Sémur en Auxois. 

Luc Sémal, doctorant en sociologie à Paris I, et qui a étudié le phénomène, n'est pas vraiment étonné:

«Pour les déçus de l'écologie politique atteints par un sentiment d'impuissance, la transition est une façon de passer à l'action et de contribuer soi-même à construire l'avenir». 

C'est du reste un véritable «manuel» que Rob Hopkins a rédigé (1). Car la transition, pour lui, ne s'improvise pas. Elle comporte même 12 étapes, scrupuleusement répertoriées, de la création d'un «groupe de pilotage», lancé par des citoyens volontaires, à «création de réalisation visibles et concrètes», la dernière étant la réalisation d'«un plan de descente énergétique», montrant la faisabilité d'une ville du futur devenue «carborexique»(2).

Faire renaître le lien social local

Et que les militants de la transition doivent présenter et argumenter auprès des autorités locales. Ces étapes, cependant, sont tout sauf bureaucratiques: la transition doit se faire dans la bonne humeur.

Réunions et débats publics, marchés de Noël alternatifs, expositions... tout est bon pour faire renaître des liens sociaux locaux, condition sine qua non à une transition réussie.

Car comment augmenter la «résilience» locale à la double crise énergétique si les habitants ne se sentent pas bien sur un territoire qu'ils pourront de moins en moins quitter?

Rob Hopkins et les «transitioneurs» ne sont pas nécessairement des militants du repli sur soi. Simplement, ils le considèrent comme inéluctable: faute d'énergies bon marché et propres, dans la ville de demain, les hommes, tout comme les choses, pourront de moins en moins voyager.

Des indicateurs de résilience

Mais comment s'y préparer? L'une des premières tâches des  militants de la transition est de mettre sur pied des «indicateurs de résilience».

Qu'il s'agisse du nombre de jours d'autonomie alimentaire, ou des kilomètres que les énergies locales permettent d'avaler quotidiennement, tous les indicateurs les plus concrets sont bons pour prendre conscience de la fragilité des tissus locaux: que le pétrole se tarisse, et la vie brutalement s'arrêterait.

Cette prise de conscience permet alors de lancer des initiatives sans doute modeste, mais du moins cohérentes avec les constats réalisés: création de jardins partagés, covoiturage, création de monnaies locales permettant de relocaliser une partie des activités économiques... 

Là encore, les recettes dépendent des circonstances locales.

Initiatives conviviales ou monnaie locale

En Angleterre par exemple, où, paraît-il, 95% des fruits sont importés, ce sont des vergers que les habitants de Totnes ont commencé à planter. La bourgade a aussi lancé la livre de Totnes acceptée par les commerçants et entreprises locales.

Saint-Quentin-en-Yvelines n'en est pas encore là. Ici, comme dans beaucoup d'endroits, la transition est encore le fait d'une partie très minoritaire de la population. Mais ici aussi, les initiatives conviviales fleurissent pour faire réfléchir les citoyens: visite des usines de recyclage, balades à vélos, projections de films, liens avec les Amaps… 

Au pied de la montagne, Trièves, quant à elle, a organisé en juin dernier sa fête de la transition: chantiers participatifs, ateliers «compostage» ou encore «produits d'entretien», débats plus généraux, randonnées pédestres et musique, le thème était simple: «fêtons 2050, la transition réussie».

Catherine Bernard

(1) Manuel de transition, de la dépendance au pétrole à la résilience locale», éditions Silence, Ecosociété.

(2) Terme né de la contraction entre carbone et anorexie, pour décrire la frugalité de consommation de biens nécessitant l'émission de gaz à effet de serre.

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