Israël-Palestine: la guerre des mots
Colonie ou implantation? Outre la guerre des images, la bataille sémantique fait rage au Proche-Orient. La terminologie diffère selon les parties. Elle peut devenir un véritable casse-tête.
- Une manifestation de la gauche israélienne, en novembre 2011 à Tel-Aviv. REUTERS/Baz Ratne -
Il y a quelques temps, une journaliste fraîchement débarquée en Israël m’a demandé si j’employais le mot «colonie» ou «implantation». J’ai répondu que j’utilisais généralement le terme «implantation». «Pourquoi?», s’est interrogé ma collègue. Sa question m’a alors amenée à réfléchir sur la terminologie du conflit israélo-palestinien.
Lorsqu’il s’agit du Proche-Orient, il faut parfois tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Doit-on avoir peur des mots? Doit-on redouter un déluge de critiques par l’emploi de tel ou tel vocabulaire? Rendre compte de l’actualité israélo-palestinienne relève d’une rigueur sémantique, afin d’éviter les imprécisions, les erreurs, les prises de position qui soulèvent alors la colère de tel ou tel camp.
Celui qui tient à une certaine neutralité doit s’interroger sur le sens des mots choisis, mais aussi sur la terminologie entérinée par la presse française et la communauté internationale.
Si Israël a gagné les conflits armés, la bataille des mots est pour l’Etat hébreu une lutte acharnée et perpétuelle. Le vocabulaire utilisé influence la perception du conflit, véhicule des idées (parfois erronées) et transmettent une représentation de la réalité. Par exemple, les termes de «Cisjordanie occupée» impliquent que la présence israélienne est illégale. A l’inverse, parler de «Judée Samarie» sous-entend le lien historique de cette terre avec le peuple juif.
Alors, doit-on parler de colonie ou d’implantation? Dire terroriste ou activiste? Territoire occupé ou territoire disputé? Cisjordanie/Judée Samarie? Barrière de sécurité ou mur de l’Apartheid? Esplanade des Mosquées ou Mont du Temple? Indépendance d'Israël ou Nakba? Pour se faire une idée du sens de chaque terme, passons en revue l’essentiel des mots que se disputent les deux parties.
• Colonie/Implantation
Les colonies ou implantations israéliennes sont des communautés de peuplement, établies sur les territoires conquis à la suite de la guerre des Six Jours, en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est. Près de 350.000 habitants juifs vivent dans plus de 130 implantations de Cisjordanie et 180.000 dans une douzaine de quartiers de Jérusalem Est.

Un jeune «colon» transporte des pierres, mai 2011. REUTERS/Ronen Zvulun
Ces communautés de peuplement sont appelées «Israel settlement» ou «Jewish settlement» par les médias anglophones, ce qui sous-entend une connotation neutre. Le mot «settlement» se traduit en français par «colonie» ou encore «implantation». Les ouvrages spécialisés, les textes de l'ONU et la presse française utilisent généralement le mot «colonie».
Mais les Israéliens dénoncent l’emploi de ce terme qui selon eux a un sens péjoratif et fait référence dans la mémoire collective à la colonisation européenne (notamment à la présence française en Algérie), dont l’image était très négative. Les Israéliens utilisent les mots «implantation» ou encore «avant-poste». Ils défendent une présence juive dans la région qui n’a pas cessé depuis plus de 3.000 ans.
Si aux yeux de la communauté internationale les colonies sont illégales, l'État hébreu déclare, quant à lui, qu'aucun traité de paix n'a établi de statut juridique sur ces territoires, que la présence de communautés juives à Hébron est multiséculaire ou que leur création à Jérusalem ou en Samarie est attestée depuis le mandat britannique sur la Palestine.
Le terme de «colons» pour désigner les habitants juifs des implantations est systématiquement fustigé par la droite israélienne.
• Terroriste/Activiste, militant, résistant
Le 19 octobre dernier, lorsque le soldat franco-israélien Gilad Shalit a été libéré contre plus de 1.000 prisonniers palestiniens, les Palestiniens ont fêté la libération de «résistants». Du point de vue israélien, Gilad Shalit était échangé contre des «terroristes», auteurs d’attaques contre l’Etat hébreu.
Un terroriste est aux yeux de l’ennemi un résistant. Prenons l’exemple des membres du Hamas, considéré comme une organisation terroriste par les Etats-Unis et l’Union européenne. Pour la presse internationale, il s’agit de «militant» ou «activiste du Hamas». Les médias palestiniens les qualifient de «résistant» (ou «martyr») tandis que pour la presse israélienne, ils sont des «terroristes».
Le gouvernement israélien condamne régulièrement la presse internationale qui emploie frileusement le mot «terroriste».
«Nous avons encore parfois des débats sur ce terme, avoue Marius Schattner, de l’Agence France Presse. Qui peut-on qualifier de terroriste ou pas?»
• Territoire occupé/Territoire disputé
L'expression «territoire occupé» renvoie aux territoires conquis par Israël lors de la guerre des Six Jours. Cette terminologie est largement utilisée par la communauté internationale et les médias français. Pour les Israéliens, la Cisjordanie est un «territoire disputé» ou «territoire contesté».

A côté de Ramallah. REUTERS/Darren Whiteside
Après la guerre des Six Jours, la résolution 242 est votée au Conseil de sécurité des Nations unies. De cette résolution, naît deux interprétations divergentes. Les discussions portent sur la formulation à donner au retrait israélien des territoires conquis. La version française fait état d’un retrait des «territoires occupés», ce qui sous entend de la totalité des territoires conquis en 1967.
En anglais, le texte officiel parle d’une évacuation «from occupied territories» («de territoires occupés»), soit un retrait d’une partie des territoires seulement. Pour Israël, seule la traduction anglaise est la bonne. Alors que pour les Arabes, la formule française est la seule valable (1).
Cette formulation délibérée est le résultat de plusieurs mois de négociations diplomatiques. George Brown, qui était ministre des Affaires Etrangères britannique en 1967, déclara, trois ans plus tard, que le sens de la résolution 242 était qu’«Israël ne se retirerait pas de tous les territoires».
Comme le déclarait Madeleine Albright, ambassadeur américain auprès des Nations unies en 1994, «nous ne sommes tout simplement pas d'accord avec le fait de décrire les territoires occupés par Israël lors de la Guerre des Six Jours comme des territoires palestiniens occupés» (2). La résolution 58/292 du 14 mai 2004 de l'Assemblée générale des Nations unies utilise l'expression «territoire palestinien occupé, incluant Jérusalem-Est» [PDF]. L'emploi du singulier est d'importance car il reconnaît l'intégrité territoriale palestinienne, contrairement à l'appellation fréquemment utilisée de «territoires palestiniens».
Lorsque la Transjordanie a annexé la Judée et la Samarie en 1948, aucun Etat, hormis la Grande-Bretagne et le Pakistan, n’a reconnu cette annexion. Les Israéliens rappellent qu’aucune souveraineté antérieure à 1967 n'a jamais été officiellement reconnue sur ces territoires.
Les États arabes qui occupaient la région avait insisté en 1949 pour que la ligne d’armistice ne constitue «pas une frontière reconnue internationalement mais seulement une ligne séparant deux armées». C’est ce que tentent d’expliquer deux vidéos israéliennes postées sur Internet: l’une émane de l’organisation des localités juives de Judée Samarie, Yesha Council:
L’autre provient du vice-ministre israélien des Affaires étrangères, Danny Ayalon:
Doit-on avoir un Etat pour être «occupé»? Emmanuel Navon, professeur de sciences politiques à l’Université de Tel Aviv, explique:
«Au sens juridique du terme, l’expression “Cisjordanie occupée” est inexacte. Un territoire est occupé lorsqu’une partie ou l’ensemble d’un Etat souverain est conquis. Ce qui veut dire que cela ne s’applique pas à la rive occidentale du Jourdain, puisqu’avant 1967, elle ne faisait pas partie d’un Etat souverain. Il y a eu un vide juridique entre 1948 et 1967.»
Ce à quoi certains répondent:
«Mais qui dit qu’il faut avoir un Etat pour être occupé?»
Après la guerre des Six Jours, Israël occupe militairement la Cisjordanie. Au regard des principes du droit international, l'utilisation de la guerre pour s'emparer de territoires fut condamnée par les résolutions 242 en 1967 et 338 en 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies. En 2004, un avis de la Cour internationale de Justice des Nations unies rappelle la convention de La Haye de 1907:
«Un territoire est considéré comme occupé lorsqu'il se trouve placé de fait sous l'autorité de l'armée ennemie.»
Israël est l’un des rares pays considérés comme force occupante dans le monde. Dans de nombreux autres conflits territoriaux, les diplomates évoquent plutôt des «territoires disputés». Il n’a jamais été question d’occupation au Cachemire, revendiqué par l’Inde et la Pakistan. On ne parle pas non plus d’occupation pour la région du Haut-Karabagh, revendiquée par l’Azerbaïdjan et l’Arménie, ni pour la présence turque dans le nord de l’île de Chypre, depuis 1974.
• Cisjordanie/Judée Samarie
La région est délimitée à l’est par le Jourdain et la Mer Morte; au nord, au sud et à l’ouest par la ligne verte de 1949. Elle couvre une surface de 5.860 km2 et compte en 2010 une population totale estimée à 2.514.845 personnes dont 350.000 Israéliens.
La région englobe Jérusalem-Est, les villes de Bethléem, Hébron, Jéricho, Naplouse, Jénine, des implantations israéliennes, telles qu’Ariel, Maale Adumim, ainsi que de nombreux lieux saints des trois religions monothéistes.
En novembre 1947, lors du plan de partage de la Palestine mandataire votée par les Nations unies, la Judée-Samarie est initialement attribuée à un futur Etat arabe. A la fin de la première guerre israélo-arabe, la région est annexée par la Transjordanie. En 1950, la Transjordanie prend le nom de Royaume Hachémite de Jordanie pour entériner cette annexion.
A la fin de la guerre des Six Jours en 1967, les Jordaniens perdent la Judée-Samarie qui passe sous le contrôle de l’Etat d’Israël (qui ne l’a toutefois pas annexée pour des raisons démographiques).
Judée et Samarie font référence aux territoires des deux royaumes bibliques, la Judée (capitale: Jérusalem) et Israël (capitale: Samarie). Elles sont des termes utilisés depuis l'Antiquité, pour désigner différentes parties de ces territoires de la rive occidentale du Jourdain. Ces termes ont été utilisés dans la résolution 181 des Nations unies pour désigner précisément certains des territoires dans le partage de la Palestine en 1948.
Le terme Judée-Samarie était communément utilisée par les médias et les instances internationales jusqu’à l’annexion de la région par la Transjordanie. Depuis 1949, la Judée et la Samarie ont été rebaptisées Cisjordanie par la communauté internationale. Étymologiquement, «Cisjordanie» désigne la région «du même côté», la rive ouest du Jourdain, par opposition à «l'autre côté», la rive est du fleuve, la Jordanie. La Cisjordanie est donc un terme récent pour désigner les territoires à l'ouest du Jourdain.
En Israël, le gouvernement et la population utilisent la dénomination de «Judée-Samarie», qui affirme le lien historique entre l'identité juive et ce territoire. Les anglophones utilisent l'expression «West Bank» —littéralement «rive ouest»— appellation également géographique et plus neutre vis-à-vis de l'autre rive du Jourdain.
• Barrière de sécurité/Mur d’apartheid
La barrière de sécurité est un mur construit depuis 2002 en Cisjordanie, pour délimiter Israël des territoires palestiniens. Sa construction a été décidée pendant la deuxième intifada, à la suite de la vague d’attentats-suicides qui frappaient le cœur d’Israël. L’objectif déclaré de ce mur est de protéger la population israélienne, en empêchant physiquement toute intrusion en provenance des territoires palestiniens. Les partisans de la construction du mur parlent de «barrière», de «clôture de sécurité», ou de «barrière anti-terroriste».

Une partie du mur: à gauche, le village palestinien d'al Wallaje, en Cisjordanie, à droite, des bâtiments en construction de la colonie juive de Har Gilo, près de Jérusalem. Février 2011. REUTERS/Baz Ratner
Les opposants à cette barrière la surnomment «mur de la honte», voire «mur de l’apartheid», en référence au régime de ségrégation en vigueur en Afrique du Sud jusqu’en 1991. Les médias de l'Autorité palestinienne se réfèrent à cette barrière en langue arabe par la définition politique de «mur de séparation raciale» (jidar al-fasl al-'unsuri).
Les médias français utilisent généralement le terme de «barrière de sécurité» ou «mur de séparation».
L’existence de cette barrière est contestée par la communauté internationale. En 2004, un avis de la Cour internationale de Justice la déclare «illégale». Son tracé soulève de nombreuses polémiques. Long de 730 km, la barrière suit la ligne verte, mais pénètre profondément à l'intérieur de la Cisjordanie pour intégrer des colonies juives.
Le mur complique le quotidien des Palestiniens, entraînant des difficultés de déplacement, l’enclavement de certains villages palestiniens et la réquisition de terres palestiniennes.
De son coté, le ministère israélien des Affaires étrangères affirme que la construction de la barrière de séparation a permis de sauver un grand nombre de vies et de réduire le nombre d’attentats-suicides en territoire israélien. En 2002, les bombes vivantes ont tuées 194 personnes, 104 en 2003 et 13 en 2005.
• Esplanade des Mosquées/Mont du Temple
Situé dans la vieille ville de Jérusalem, l’Esplanade des Mosquées ou le Mont du Temple est l’endroit où selon la tradition juive et islamique, Abraham, père des trois religions monothéistes, est testé par Dieu qui lui demande de sacrifier son fils.

Des soldats israéliens. REUTERS/Darren Whiteside
Pour le peuple juif, le Mont du Temple est le premier lieu saint du judaïsme, l’endroit le plus sacré. C’est là qu’il y a près de 3.000 ans, le roi Salomon construisit le premier Temple de Jérusalem qui fut détruit par les Babyloniens en l’an 586 avant l’ère chrétienne. 70 ans plus tard, les juifs, de retour d’exil, édifièrent le deuxième Temple qui fut rasé par les Romains en 70 après JC. L’unique vestige du Temple de Jérusalem aujourd’hui est le mur occidental, appelé Mur des lamentations, devant lequel des milliers de Juifs viennent se prosterner chaque jour.
Pour les musulmans, le Mont du Temple (en arabe Haram esh-Sharif) n’est autre que l’Esplanade des Mosquées. L’Esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam, abrite depuis le VIIe siècle le Dôme du Rocher et la mosquée Al Aqsa.
Selon la tradition, c’est de là que Mahomet accompagné de l’ange Gabriel aurait effectué son voyage nocturne vers le paradis. La gestion de l’ensemble de l’Esplanade des Mosquées a été confiée au Waqf, fondation religieuse islamique.
Ce lieu saint attise les passions et la convoitise des fidèles, juifs et musulmans, car l’Esplanade des Mosquées est construite là où se trouvait le Temple de Jérusalem. Dans le passé, il a été l’objet de violentes émeutes entre Palestiniens et forces de l’ordre israéliennes. L’héritage de ce lieu est d’autant plus d’actualité que l’Unesco vient d’accepter la Palestine comme Etat membre à part entière. Les Israéliens redoutent que les Palestiniens proposent la candidature de l’Esplanade des Mosquées comme partie intégrante de leur patrimoine. Une initiative qui pourrait alors déclencher un conflit religieux.
• Indépendance d’Israël/Nakba
Le 14 mai est le jour anniversaire de la déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël (proclamée le 14 Mai 1948), appelé Yom Haatsmaout. La date varie chaque année en fonction du calendrier hébraïque. Dans l’ensemble du pays, cette journée est célébrée par de nombreuses festivités, des cérémonies officielles, démonstrations militaires ou encore concerts en plein air. Il est de tradition d’organiser des pique-niques barbecue.

Le 15 mai 2011, à côté de Ramallah. REUTERS/Mohamad Torokman
«Leur indépendance, c’est notre Nakba.» Chaque année, alors que les Israéliens célèbrent leur indépendance, les Palestiniens commémorent la «Nakba», la catastrophe en arabe, que représente pour eux la naissance de l’Etat d’Israël. La «Nakba» marque l’exode de la population arabe palestinienne (entre 700.000 et 900.000 Palestiniens; les Israéliens parlent officiellement de quelque 520.000 Arabes) des régions qui devinrent l'Etat Juif après la première guerre israélo-arabe de 1948. Tous les ans, la «Nakba» est marquée par des manifestations d’Arabes israéliens et des heurts entre l’armée israélienne et les Palestiniens.
Au Proche-Orient, la guerre des mots est menée avec autant d’acharnement que celle des images.
Kristell Bernaud
(1) Charles Enderlin, Le grand aveuglement, Albin Michel. Retourner à l'article
(2) Meir Rosenne, «Les interprétations légales de la résolution UNSC242» in UN Security Council Resolution 242: la construction du processus de paix (Washington: Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient, 1993), p. 31. Retourner à l'article
Mis à jour le 24/11/2011 à 6h54
















































Vu l’hypocrisie et les injustices qui prévalaient dans ce pays à l’époque, le monde entier n’était pas dupe, préférant, par un jeu de mot anglophone, le terme « apart-hate ».
L’histoire a donné raison à l’opinion publique mondiale.
Au Moyen Orient à chacun son choix sémantique. Mais puisqu’on ne sortira jamais des débats sur « colonies », « implantations », « terroristes », « activistes », « mur de la honte » et « clôture de sécurité » et al, changeons de méthode.
Israël nous rappelle quotidiennement qu’il est une démocratie. Alors votons ! On verra bien dans les « territoires disputés » ce que veulent les peuples qui y habitent.
Ou vais-je qualifier pour le terme « agitateur dangereux » en proposant cette simple solution ?
Ce propos et ces rappels n'ont pas pour objet de déligitimer la lutte des Palestiniens à avoir un jour un Etat auquel ils ont parfaitement et incontestablement droit, pas plus que d'angéliser les Israëliens. Dans le conflit israëlo-palestinien personne n'est innocent et ne joue franc-jeu. Leur propos est simplement de faire le partage entre la propagande, ses connotations parfois nauséeuses, et les arguments légitimes, car la haine est liée à la propagande, tandis que la résolution des conflits est liée au droit et à la raison.
Ce plan de partage (et donc la création de la Palestine) a été acceptée par les Israëliens mais refusée par les responsables arabes de l'époque qui ont aussitôt déclenché une guerre dont l'objectif proclamé était la liquidation de l'Etat d'Israël, et dont la conséquence la plus douloureuse est le problème des réfugiés palestiniens qui n'a toujours pas trouvé de solution. Mais c'est un fait incontestable et vérifiable que les Israëliens ont accepté en 1947 la création de l'Etat de Palestine qui devrait avoir aujourd'hui 64 ans, ce qui n'est malheureusement pas le cas.
"La Nakba" est le refus désastreux et tragique des responsables arabes de 1947, bien plus que la création de l'Etat israëlien.
Cette résolution 181 a été refusée par le Fatah pendant de très nombreuses années. Elle est toujours refusée par le Hamas, le Hezbollah et plusieurs pays musulmans bien que certains d'entre eux semblent avoir finalement pris en compte la réalité de l'existence de l'Etat d'Israël.
Le rappel de ces faits n'implique pas une approbation de la politique israëlienne de colonisation ou d'implantation.
Une suggestion cependant, s'agissant des journalistes qui s'adressent à un public français : pourquoi ne pas demander à la profession journalistique dans son ensemble d'établir le vocabulaire "officiel" pour traiter de ces sujets ? Pourquoi même ne pas demander ce lexique au Quai d'Orsay, ce qui aurait l'avantage, ce faisant, de clarifier la position de notre gouvernement sur toutes ces questions, car on s'y perd parfois. Avec une telle mesure, les journalistes n'auraient plus à se justifier. Il leur suffirait d'indiquer qu'ils utilisent le vocabulaire "officiel" et d'inviter, si nécessaire, les personnes courroucées par telle ou telle expression à s'adresser à l'institution ad hoc qui l'a définie. Qu'en pensez-vous ?
Il est bien temps, n’est-ce pas, qu’ils se remettent ensemble pour discuter des partages équitables de la région en fonction de leurs besoins démographiques et économiques (et non pas seulement religieux) ?
Vous faites bien de dire que, comme dans chaque conflit de ce type (et le monde en a vu tant), il y a sur place des protagonistes dont le fond de commerce est le conflit. Des malades dont la hantise est la guérison.
Je pense que la paix s’approche (surtout si Obama gagne les prochaines élections dans son pays).
On peut s’attendre, hélas, à un grand finale d’attentats perpétrés ou commandités par les extrémistes de chaque côté. Quand la paix menace les extrémistes deviennent…extrêmes.
Amin Maalouf a écrit : « Les Croisades vues par les Arabes »... Et c'est, comme par anticipation, que le philosophe Cornalius Castoriadis lui a répondu en 1994, lors d'un entretien intitulé " Un monde à venir" avec Olivier Morel (source : http://costis.org/x/castoriadis/mondeavenir.htm) :
" Les Arabes dénoncent sans arrêt leur colonisation par les Européens, lui imputant tous les maux dont ils souffrent - la misère, le manque de démocratie, l'arrêt du développement de la culture arabe, etc. Mais la colonisation de certains pays arabes par les Européens a duré, dans le pire des cas, 130 ans : c'est le cas de l'Algérie, de 1830 à 1962. Mais ces mêmes Arabes ont été réduits à l'esclavage et colonisés par les Turcs pendant cinq siècles. La domination turque sur le Proche et le Moyen-Orient commence au XVème siècle et se termine en 1918. Il se trouve que les Turcs étaient musulmans - donc les Arabes n'en parlent pas. L'épanouissement de la culture arabe s'est arrêté vers le xie, au plus le XIIème siècle, huit siècles avant qu'il soit question d'une conquête par l'Occident. Et cette même culture arabe s'était bâtie sur la conquête, l'extermination et/ou la conversion plus ou moins forcée des populations conquises. En Egypte, en 550 de notre ère, il n'y avait pas d'Arabes - pas plus qu'en Libye, en Algérie, au Maroc ou en Irak. Ils sont là comme des descendants des conquérants venus coloniser ces pays et convertir, de gré ou de force, les populations locales. Mais je ne vois aucune critique de ces faits dans le cercle civilisationnel arabe. De même, on parle de la traite des Noirs par les Européens à partir du xvie siècle, mais on ne dit jamais que la traite et la réduction systématique des Noirs en esclavage a été introduite en Afrique par les marchands arabes à partir des XI-XIIème siècles (avec, comme toujours, la participation complice des rois et chefs de tribus noirs), que l'esclavage n'a jamais été aboli spontanément en pays islamique et qu'il subsiste toujours dans certains d'entre eux. Je ne dis pas que tout cela efface les crimes commis par les Occidentaux, je dis seulement ceci : que la spécificité de la civilisation occidentale est cette capacité de se mettre en question et de s'autocritiquer. " (source : http://costis.org/x/castoriadis/mondeavenir.htm)
De plus quelques remarques pourraient être faites.
. La première remarque est que les Arabes ne sont pas au Proche-Orient et en Afrique du nord de toute éternité, mais du fait de la conquête militaire, certes très ancienne, de territoires où, du fait de l'antériorité des religions juive et chrétienne, ils étaient habités depuis plusieurs siècles uniquement par les croyants de ces deux religions dont les plus anciennes communautés sont restées sans discontinuité jusqu'à nos jours sur le site de la naissance de leur foi, bien qu'elles aient été submergées et dominées par la colonisation de peuplement qui a suivi "l'expansion de l'Islam". L'Histoire passe mais les peuples demeurent et ne perdent pas tous leurs droits.
. La deuxième remarque concerne la Croisade. Cette dernière n'a pas été purement une agression européenne envers le monde musulman mais, dans une large mesure, une riposte à l'offensive conquérante arabo-musulmane : 638 : Conquête de Jérusalem par les Arabes. 646 Conquête d'Alexandrie. 717 : Instauration du régime infériorisant de la Dhimmitude (appliquée aux monothéistes non-musulmans) par le calife Omar II. 1009 : Le calife fatimide d'Egypte al Hakim bi amr Allâh mène une très violente répression antichrétienne (le patriarche de Jérusalem a les yeux crevés) et fait détruire l'église du Saint Sépulcre. Il interdit aux chrétiens de visiter ce site pendant onze années. 1071 : les Turcs Seljoukides anéantissent l'armée de l'empereur byzantin chrétien orthodoxe Romain IV Diogène à Malazgerd, près du lac de Van, en Arménie. Cette défaite permet aux armées turques de s’emparer de quasiment toute l’Asie Mineure. 1078 : les Seldjoukides s'emparent de Jérusalem et interdisent les pèlerinages chrétiens. 1095 : le concile de Clermont prèche la Croisade pour reprendre une partie des terres perdues lors de l'expansion arabe, et rendre Jérusalem accessible au pèlerinage.
. La troisième remarque est que, comme vous l'indiquez, l'immigration juive en Palestine a connu une accélération continue depuis la fin du 19° siècle, alors que cette région, loin d'être déjà un pays arabe, n'était encore qu'un vilayet de l'empire ottoman ; et bien avant toute revendication nationale arabe palestinienne, laquelle ne s'est manifestée qu'en réaction au mouvement national juif, le sionisme, donc postérieurement à ce dernier. Cependant, bien évidemment, le peuple palestinien qui n'existait pas en tant que tel au début du 20° siècle est aujourd'hui une réalité vivante et incontestable qui doit se concrétiser par la création d'un Etat à défaut duquel le conflit actuel ne pourra pas prendre fin.
. La quatrième remarque le rôle joué par le grand mufti de Jérusalem, Hadjdj Amin al-Husayni. Vous écrivez : " Tout en coopérant avec les Britanniques et en leur assurant le calme public, Amin al-Husayni... " Et plus loin : " Il se réfugie en Allemagne nazie en 1941 " Ceci n'est simplement pas exact, bien au contraire. Il ne s'y réfugie pas. Il rejoint les Puissances de l'Axe pour fonder La 13e division de la Waffen-SS Handschar, en collaboration avec Heinrich Himmler.
Nota : rien de ce qui précède n'est un plaidoyer pour la politique de colonisation - ou d'implantation - mise en oeuvre par les gouvernements israëliens.
Pourquoi utilisez vous le terme implantation plutôt que colonie. Dans votre paragraphe consacré à cette question, vous avez détaillé qu'une partie des Israéliens, des colons et de la droite préféraient utiliser ce terme. A moins que vous fassiez partie de l'un de ces groupes, pourquoi l'utilisez vous. Attention, ceci n'est pas une attaque. J'ai moi-même travaillé longtemps à Jérusalem et je sais par expérience (et vous en êtes la preuve), qu'il y a là-bas, dans les territoires palestiniens par exemple, de nombreux travailleurs étrangers, un peu "au milieu". Quelques soit leur travail, même si il porte sur le conflit, leur vision est différente, tout comme leurs implication personnelle, des les locaux. Pourtant, à travers ces mots du quotidien, en quelque sorte, il s'agit toujours de se positionner politiquement et de se justifier. Chacun possède donc un arsenal d'arguments.
Voilà pourquoi j'aimerais savoir pourquoi vous, avez-vous décidé d'employer le terme "implantation".
J'ai toutefois l'impression qu'il n'existe pas un terme neutre équivalent à chacune des expressions dite "partisanes". Alors comment fait un journaliste pour parler du sujet sans paraître épouser la cause des uns ou des autres ? Véritable casse-tête effectivement.