Chambon-sur-Lignon ou la tentation de la précaution
L'affaire du Collège-Lycée Cévenol International met avant tout en lumière une réalité: l’impossibilité des psychiatres à prédire sans erreur ce que sera le comportement ultérieur des auteurs de crimes sexuels. Dès lors pourquoi ne pas «ouvrir le parapluie», «castrer», «enfermer à vie»?
- Devant la résidence des parents de la jeune Agnès, le 21 novembre 2011. REUTERS/Charles Platiau -
Assassinat d’Agnès, 13 ans. Etes-vous plutôt «indigné» ou plutôt «chagriné»? Telle était en substance l’alternative (non exclusive) proposée le 21 novembre à la une du Figaro. Selon les sensibilités médiatiques, l’affaire de Chambon-sur-Lignon est présentée comme un «drame» ou comme une «tragédie». Mais tous les éléments sont désormais réunis pour que cette affaire s’inscrive durablement dans la mémoire collective.
1. L’établissement scolaire hors du commun où a été violée, tuée et brûlée une jeune fille de 13 ans, Agnès Marin: le Collège-Lycée Cévenol International situé sur la célèbre commune de Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire). Un établissement créé en 1938 par les pasteurs protestants André Trocmé et Edouard Theis qui y développèrent une pédagogie «ouverte» et y accueillirent des personnes juives durant l’occupation nazie. L’établissement tient pour aujourd’hui essentiel d’offrir une «deuxième chance» aux élèves qu’il prend en charge.
2. La personnalité de celui qui a avoué le meurtre. Matthieu, un «camarade de classe» de la victime est âgé de 17 ans. Il avait déjà été mis en examen pour viol sur une mineure en août 2010 dans le proche département du Gard; après quatre mois de détention provisoire, il avait, fin 2010, été placé sous contrôle judiciaire.
Il a reconnu sans difficultés avoir commis les faits sans pouvoir en expliquer raisonnablement quelles étaient ses motivations. Jean-Yves Coquillat, procureur de la République de Clermont-Ferrand, a précisé que la collégienne avait «été tuée de façon extrêmement violente et brutale», insistant sur la préméditation de l'acte, pour lequel le lycéen s'était muni d'«objets».
«La fois précédente, les circonstances étaient identiques. C'était la même chose sauf que la victime est restée en vie», a-t-il ajouté en rappelant que «la psychiatrie n'est pas une science exacte». Issu selon lui d'un milieu «normal» avec un père professeur, une mère comptable et deux sœurs, le jeune homme avait été «sevré» de son «problème de toxicomanie».
3. La réaction du gouvernement. Comme dans toutes les affaires de récidives de crimes à caractère sexuel, elle a été immédiate et fortement médiatisée: réunion interministérielle, ouverture d'une enquête pour «savoir s'il y a eu défaillance ou non» dans le suivi judiciaire de l'assassin présumé.
Jugé par les experts «réinsérable et ne présentant pas de dangerosité», le jeune homme était soumis à une obligation de suivi psychiatrique, devait être scolarisé dans un internat et ne devait plus se rendre dans le département du Gard. Selon le parquet de Clermont-Ferrand, toutes ces conditions étaient parfaitement remplies. Ce jeune homme était notamment suivi par un psychiatre au Puy-en-Velay ainsi que par un psychologue dans l’établissement de Chambon-sur-Lignon.
Quelle était la pertinence de ces premières investigations psychiatriques et psychologiques? Dans ce dossier (comme dans tous ceux qui lui sont similaires), ces investigations visaient à cerner au mieux les caractéristiques de la personnalité de celui qui avait alors commis une première agression de nature sexuelle. Elles cherchaient également à évaluer ce qu’il en était du risque, à court ou moyen terme, de récidive.
Prévenir la récidive, acte II
En l’occurrence le diagnostic porté de «non-dangerosité» n’était pas le bon. Que peut-on en conclure? Il faut rappeler (aussi difficile à admettre que cela puisse être) que les médecins-experts ne sont pas soumis à une obligation de résultats.
Cette donnée essentielle conduit plus généralement à soulever la question de la meilleure des conduites à tenir pour prévenir les récidives de telles agressions criminelles. Une telle problématique a, ces dernières années, été au centre de différentes polémiques opposant notamment Nicolas Sarkozy (ministre de l’intérieur puis chef de l’Etat) à l’institution judiciaire.
Il y a deux ans la polémique avait pris une tournure particulièrement vive après la découverte du cadavre d’une femme près de Milly-la-Forêt (Essonne). Le meurtre avait rapidement été rapidement reconnu par un homme déjà condamné pour viol. «Ne doit-on pas enfin décider la mise en œuvre de la castration chimique pour ce type d'individu?», avait aussitôt demandé Frédéric Lefebvre alors porte-parole de l’UMP.
Peu de temps après Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Justice, proposait de renforcer la castration chimique afin qu'elle puisse «s'appliquer pendant l'incarcération, mais aussi après». Au Parti socialiste Benoît Hamon, porte-parole, jugeait «déplorables» et «indécents» les propos de son homologue Frédéric Lefebvre.
Les mots de Sarkozy
En août 2007, peu après avoir reçu le père d'un enfant enlevé et violé par un récidiviste qui sortait de prison, Nicolas Sarkozy déclarait que les détenus de ce type devraient être examinés par un collège de médecins. «Si ce collège de médecins reconnaît leur dangerosité, ils ne seront pas remis en liberté, ils iront dans un hôpital fermé où ils seront soignés.»
«Ceux qui n'accepteront pas d'être soignés resteront dans cet hôpital fermé le temps où on estimera qu'ils sont dangereux», ajoutait alors Nicolas Sarkozy, en précisant que les autres pourront sortir en «permission» avec un bracelet électronique mobile ou dans le cadre d'un traitement hormonal, soulignant que l'on peut parler de «castration chimique». «Les mots ne me font pas peur.»
Les mots peuvent faire peur à d’autres. Et en l’occurrence, c’est précisément leur fonction. A sa manière, le drame-tragédie du Chambon-sur-Lignon voit resurgir en pleine lumière tous les éléments de l’équation. Chaque affaire de ce type vient nous rappeler que le savoir psychiatrique et le maillage médico-social mis en place par l’institution judiciaire ne sont pas efficaces à 100%.
Ces affaires ne sont certes pas nombreuses au vu de l’activité médicolégale mais chacune trouve immanquablement d’infinies résonances dans l’opinion publique. Et dans un pays aussi centralisé que l’est la France, le gouvernement et le chef de l’Etat estiment désormais devoir fournir à chaque fois de nouvelles réponses préventives.
A gauche comme à droite, répondre par l'enfermement
Dans un tel contexte, la tentation pourrait être grande de voir les experts psychiatres adopter (comme des experts d’autres disciplines médicales ou plus scientifiques) une attitude dictée par le principe de précaution et non plus par l’évaluation objective des possibles risques à venir. La porte serait alors ouverte à la mise en œuvre des solutions les moins humanistes; soit les plus radicales et, en apparence seulement, les plus efficaces.
Pour l’heure, le meurtre d’Agnès pousse déjà la droite et la gauche à promouvoir l’enfermement. Ainsi Rachida Dati, ancienne ministre de la Justice plaide pour la généralisation des centres éducatifs fermés (CEF) pour les mineurs délinquants. Pour elle, le drame du Chambon-sur-Lignon «démontre que les mineurs délinquants commettent des actes de plus en plus graves –pour ne pas dire barbares» et de plus en plus jeunes».
En écho, Aurélie Fillipetti, membre de l'équipe de campagne de François Hollande préconise aujourd'hui une augmentation du nombre des CEF. «Il n'y en a pas assez, il en faudrait un par département, a déclaré la députée de Moselle. Pour ces jeunes mineurs (…) la spécificité de la justice des mineurs qui ne doit pas être remise en cause. Mais il faut qu'ils soient pris en charge par des structures adaptées et fermes.»
Créés par une loi de 2002, les 44 CEF sont un dispositif alternatif à la détention des mineurs délinquants âgés de 13 à 18 ans. Nicolas Sarkozy avait déjà annoncé, en septembre, vouloir augmenter leur nombre.
François Fillon indique aujourd’hui que la prévention de la récidive sera désormais une «priorité absolue de tous les services de l'Etat, et en particulier de tous ceux qui ont à gérer les questions liées aux viols et aux crimes sexuels». Et le gouvernement annonce qu'un projet de loi sera présenté en urgence (dès le 23 novembre) portant sur «l'évaluation de la dangerosité». Sans surprise, pas sans danger.
Jean-Yves Nau
Mis à jour le 03/12/2011 à 12h14














































Une recherche par Internet m'a montré assez rapidement qu'environs 10% des femmes déclarent avoir été violées ou agressées sexuellement.
Je pense pouvoir en conclure qu'environs 10% des hommes sont des violeurs.
Le taux de récidives des violeurs serrait donc du même ordre de grandeur que le taux de viol venant de la population masculine dans son ensemble. Augmenter la lutte contre la récidive en particulier, ne serait donc pas plus efficace que d'augmenter la lutte contre le viol en général.
Le problème ce n'est donc pas la récidive, le problème c'est le viol.
Quand allons-nous enfin être gouvernés de façon rationnelle et donc efficace ?
Cela nous aurait au moins évité cet absurde épisode de "l'échappatoire cévenol"… Où il semble, qu’en fait, on ait surtout cherché par tous les moyens (un internat qui coûte 12.000 euros par an) à ce que ce "fils de bourgeois", n’ayant commis "qu’un viol", ne soit pas enfermé, comme il aurait logiquement dû l’être, dans un centre fermé, avec des fils d’immigrés, condamnés pour trafic de barrettes de marijuana…
Reste la question principale : ce jeune-homme a désormais démontré, au-delà de tout doute raisonnable, qu’il est bien porteur d’une "personnalité de violeur-assassin", ce qui, dans l’état actuel de la médecine, est une maladie incurable.
Il va probablement, maintenant, être enfermé pour dix ou vingt ans, mais il faut savoir que lors de sa libération, en 2030 au plus tard, et probablement bien avant, si la science n’a pas fait de progrès, il est fortement susceptible de récidiver, éventuellement dans de brefs délais.(ce texte pourra être retrouvé dans les archives…)
Je ne suis pas partisan de la peine de mort, mais, sachant que la castration dite "chimique", n’est pas vraiment "cent pour cent efficace", et que notre condamné peut être tenté de s’y soustraire, allant même jusqu’à arracher le bracelet électronique qu’on lui aurait imposé en prévision à ce qu’il ne renonce à son injection mensuelle…
Alors : enfermement à vie, ou du moins jusqu’à découverte du médicament salvateur ? Ou alternative , volontaire, au choix : Castration chirurgicale ? sous anesthésie générale ? Ou à la hache, par un bourreau en tenue traditionnelle, masqué, en place publique ?
Rappelons, en tout cas, que les pronostics de récidive émis par les psychiatres, ne sont que partiellement plus fiables que les prévisions des météorologues, pour savoir si cet hiver sera glacial, ou même, si le prochain weekend, sera pluvieux en Normandie….
Mais je vous rapelle qu'il est présumé innocent de ce premier viol. et que certains présumé innocent le sont effectivement. Dans quelle société voulons nous vivre, une société qui enferme un innocent pendant 3 ans jusqu'à son procès ou une société qui maintiens un coupable en liberté jusqu'à son procès. Je choisis la seconde, même si ça implique des morts (mais l'autre solution en implique aussi)
Venons en au second point, la castration. Ca pose la question du chatiment corporel en général, sans aller jusqu'à couper la main au voleur on peut imaginer outrage à agent = 5 coup de fouets. Admettons que l'on fasse tomber ce tabou (oui je peux être ouvert d'esprit) Ca doit se voir comme une peine alternative (comme vous l'avez dit, le boureau, la hache c'est plus une sanction, et même sous anesthesie) et non comme une condition de sortie la double peine est interdite (et la aussi je suis contre). Cependant, questions ? -Être castré est il mauvais pour la santé ? Si c'est pour que votre violeur prennent des cachets de testosterone c'est un remede pire que le mal -Être castré est il éfficace pour prévenir le viol ? La majorité des hommes sont non castrés, et ne sont pas des violeurs, certains ont une vie sexuelle active, d'autre sont abstinents. Bref l'organne sexuel dominant et le viol c'est du sadisme et de la perversité pas la réaction obligatoire d'un cerveau shooté a la testosterone lorsqu'il est exposé au phéromone produite par une femelle en chaleur (Sinon il n'y aurait pas de wagons mixtes en trains) Si les réponses sont oui et non alors on peut imaginer condamner un délinquant sexuel à la castration, mais c'est faire tomber un tabou éthique lourd, et il ne faudra pas vous plaindres lorsque vous serez fouetter après un exces de vitesse.
En fait, il semble y avoir une polémique au sujet de l’évaluation judiciaire : en France, actuellement, il s’agit principalement d’un entretien de deux heures avec un psychiatre, qui perçoit pour cela quelques centaines d’euros d’honoraire.
Au Canada et en Hollande, les violeurs seraient examinés pendant plusieurs semaines dans des centres spécialisés, par une équipe nombreuse et évalués selon des "échelles actuarielles". Et cela coûte des dizaines de milliers d’euros….
Il existe manifestement une querelle entre partisans et adversaires des différentes méthodes, qui n’est pas sans me rappeler celle qui a vu autrefois la France refuser pendant des années d’utiliser la Méthadone pour le sevrage des héroïnomanes (il y avait, je crois, un certain "Dr Olive" qui y était opposé…)
http://psychiatrie-legale.over-blog.com/pages/Articles_traitant_des_echelles_actuarielles-5095871.html
Et puis, il y a surtout notre Astérix-Président, qui a remarqué que ce sujet lui a déjà permis de se faire élire en 2007. Arrivé au pouvoir, il aurait pu augmenter le budget de la justice pour le mettre au même niveau que d’autres pays "civilisés", et rien ne l’empêchait, pour tenir ses promesses électorales, de faire ouvrir au moins un centre pilote de cette nouvelle méthode.
Mais madame Michu est tellement stupide qu’elle est prête à revoter pour le même, sur la simple fourberie de lui dire : nous ne l’avons pas fait cette fois-ci, mais promis, juré, ce sera pour le prochain quinquennat !
Quant à la rétention administrative, que les représentants de la droite utilisent comme "éléments de réponse" sur les plateaux télés, il semble qu’actuellement encore aucun criminel n’en a "bénéficié". C’est surtout cela que je voulais démontrer en utilisant la "proposition absurde" de la castration : si l’on se mettait à enfermer à vie tous les violeurs , dès l’âge de 17ans, la France serait couverte , dans quelques décennies, de vastes camps de détention…
Une autre proposition humoristique : les regrouper (pour les violeurs hétéros) sur une île déserte tropicale, gardée par de féroces requins…