Sports

Une polémique à la Noah comme je te pousse

Yannick Cochennec, mis à jour le 21.11.2011 à 15 h 20

Décryptage, en quatre sets, des propos de Yannick Noah sur le dopage espagnol.

Le dernier vainqueur français de Roland-Garros lors d'un tournoi de charité en f

Le dernier vainqueur français de Roland-Garros lors d'un tournoi de charité en février 2011. Regis Duvignau / Reuters

Tout ça pour ça! A l’évidence, Yannick Noah a réussi son coup si l’on en juge par le déferlement de réactions outragées qu’a suscitées sa chronique mensuelle dans le cahier sport hebdomadaire du Monde.

Car il s’agit bien d’un coup, n’en doutons pas. L’auteur, qui a oublié d’être bête, savait parfaitement que ses écrits (ou ses propos) feraient mouche en évoquant la «potion magique» ingurgitée par le sport espagnol et la nécessité d’une légalisation des substances prohibées pour faire jeu égal avec les prétendus tricheurs rouges et jaunes. 

Evidemment, son meilleur ennemi, David Douillet, ministre des sports, est vite monté au créneau pour dénoncer le caractère «irresponsable» de ces déclarations et présenter ses excuses à son homologue ibérique. La mayonnaise a pris jusqu’à un certain écoeurement, il faut bien le dire…

1 Yannick Noah, le provocateur

Noah, roi de la provoc, c’est une vieille histoire. En 1980, déjà, dans une interview à Rock&Folk qui avait suscité la même tempête médiatique, il avait forcé la dose. Interviewé par Thierry Ardisson et un confrère, le futur vainqueur de Roland-Garros avait notamment visé le Paraguayen Victor Pecci et le Suédois Björn Borg. «Des mecs chargés, j’en vois de plus en plus», avait-il accusé lors d’un entretien réalisé sur le mode musclé d’une Descente de police. Face au scandale Noah avait contesté les propos qu’on lui prêtait alors que Thierry Ardisson les avait maintenus. Bien des années plus tard, Noah avouera:

«Une expérience enrichissante à long terme. Je me retrouve tout seul dans cette bagarre et je me rétracte très vite.» 

Tout au long de sa carrière, de joueur et de tennis, Noah a toujours su ménager ses effets face à des médias qu’il a souvent su utiliser. Toujours un peu rock and roll, rebelle, quitte à prendre des risques là où d’autres se camouflent derrière une communication au millimètre et prudente. 

Plus récemment, Yannick Noah s’est souvent lâché, par exemple, contre Nicolas Sarkozy jusqu’à déclarer que si celui-ci était élu, il quitterait la France. Ce qu’il n’a pas fait. Parfois, il parle trop vite ou dérape volontairement comme lors de cette chronique pour Le Monde où il enfonce des portes largement éventrées sur les doutes qui entourent la réussite du sport espagnol sans apporter de pièces neuves au dossier.

Mais comme c’est Noah qui l’affirme : «attention les secousses», pour reprendre le refrain de son premier tube. 

2

 Le sport espagnol n’est pas très clair

Noah n’est évidemment pas le premier à montrer du doigt le sport espagnol gangrené notamment par l’affaire Puerto dans laquelle était impliqué le célèbre Docteur Fuentès qui s’était lâché de la sorte en 2006, toujours au Monde, en jetant l’opprobre et le doute sur ses compatriotes.

Sur la participation de non-cyclistes dans l’opération Puerto, Fuentes avait notamment dit:

«Évidemment, j’ai eu d’autres sportifs comme clients : athlètes, joueurs de tennis, footballeurs, joueurs de handball, boxeurs…» 

Sur l’absence de footballeurs dans le rapport de la Guardia Civil, il s’était montré mystérieux et inquiétant:

«Il y a des sports contre lesquels on ne peut pas aller car ils disposent d’une machinerie légale très puissante pour se défendre. Et cela pourrait aussi coûter son poste à celui qui gouverne le sport actuellement.»

Sur ses collaborations supposées avec le Real de Madrid et le FC Barcelone, il avait perfidement botté en touche:

«Je ne peux pas répondre. On m’a menacé de mort. On m’a dit que si je disais certaines choses, moi ou ma famille pourrions avoir de graves problèmes. On m’a menacé trois fois. Et on ne va pas me menacer une quatrième fois.»

Le laxisme ou la lenteur des autorités espagnoles, à commencer par Jaime Lissavetski, secrétaire d’État espagnol aux Sports pendant sept ans et proche de Jose Luis Zapatero, n’ont cessé d’être stigmatisés y compris par les dirigeants de l’Agence Mondial antidopage. 

L’affaire Contador —le cycliste espagnol sera auditionné par le Tribunal Arbitral du Sport lundi 21 novembre— a été le dernier avatar de cette triste saga. Toutes ces histoires ont été largement reprises et documentées, notamment dans L’Equipe, grâce au travail remarquable de Damien Ressiot, spécialiste du dopage. En août dernier, avant les championnats du monde d’athlétisme, l’Usada, l’agence antidopage américaine, avait publiquement fustigé le manque de collaboration de trois pays majeurs du sport : la Russie, la Jamaïque et l’Espagne.

Rien de neuf donc dans les «révélations» de Yannick Noah qui oppose facilement le cynisme espagnol à la schizophrénie bien française. «On veut des champions, on admire les champions des autres pays, et on est sans pitié dès qu'il y en a un qui se fait prendre. Souvenez-vous de Virenque à-l'insu-de-son-plein- gré. On l'a sacrifié, on avait notre exemple, les autres courent toujours.»

3

Du Tour de France à Roland-Garros

«Quand je traînais encore ma raquette sur les courts, on n'était pas ridicules, loin de là, face à nos amis espagnols. Pareil sur les terrains de foot, les parquets de basket ou les routes du Tour de France. Aujourd'hui, ils courent plus vite que nous, ils sont beaucoup plus costauds et ne nous laissent que des miettes. A côté d'eux, c'est simple, on a l'air de nains. Qu'est-ce qu'il s'est passé qu'on aurait raté?»

 Telle est l’introduction du texte de Yannick Noah qui fait preuve d’imprécisions en la circonstance. L’Espagne a toujours été meilleure que la France au basket (championnats du monde, championnats et coupes d’Europe). Quant à l’équipe de France de football, elle reste la bête noire de celle d’Espagne dans les grandes compétitions.

Au tennis et en cyclisme, les choses sont différentes et ont évolué. En fait, l’Espagne a investi la France —d’où peut-être notre malaise et notre ras-le-bol vis-à-vis de nos voisins— à Roland-Garros et sur les routes de la Grande boucle. Chez les hommes, le tennis français ne s’est plus imposé depuis Yannick Noah en 1983 alors que l’Espagne, depuis 1993, compte 11 succès dont six signés Rafael Nadal.

Bernard Hinault, quant à lui, attend un successeur depuis 1985 alors que l’Espagne a empilé 11 succès depuis 1988. De là à laisser entendre que Nadal se dope? C’est ce que sous-entend clairement Noah. Tant qu’à y aller, oublie-t-il Federer qui a gagné Wimbledon et l’US Open cinq fois de suite?

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L’Espagne ne domine pas le monde sportif

Combien la France a-t-elle récolté de médailles lors des derniers Jeux Olympiques de Pékin? 40, total qui l’a classée 8e au rang des nations. L’Espagne? 18 seulement, soit la 14e place. En 2004, à Athènes, la France était 7e avec 33 médailles et l’Espagne 20e avec 19 breloques.

On le voit, la France a de meilleurs résultats globaux que l’Espagne qui domine certes le football actuel —mais c’était le cas de la France il n’y a pas si longtemps— ou le basket continental –mais la France écrase bien le hand. Les deux sports majeurs des Jeux Olympiques sont l’athlétisme et la natation. Dans les deux cas, la France a nettement l’avantage sur l’Espagne.

Aux championnats d’Europe de Barcelone en 2010, Christophe Lemaitre et les siens ont raflé 18 médailles contre 7 à l’Espagne. Aux championnats d’Europe de Budapest en 2010, Camille Lacourt et ses amis ont empoché 23 médailles, l’Espagne se contentant de 9. La France a-t-elle aussi une potion magique?, pourrait-on se demander aussi de l’autre côté des Pyrénées. 

Yannick Cochennec

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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