Le cinquième suicide européen
Si l'Allemagne persiste à refuser le rachat par la BCE des obligations d'Etat, elle sera responsable, une fois de plus, d'un nouveau suicide du continent le plus avancé de la planète.
- Angela Merkel le 24 novembre 2010 au Bundestag. REUTERS/Fabrizio Bensch -
L'Allemagne et la France se sont trouvées à quatre reprises en un siècle, chacune à son tour, en situation de pouvoir, par des décisions absurdes, ou honteuses, transformer l’Europe en un champ de ruine. Et elles l’ont fait.
En 1914, toutes les deux ont participé à l’engrenage qui a conduit à la Première Guerre mondiale. En 1919, c’est la France, qui a pris la mauvaise décision en exigeant de l’Allemagne qu’elle paie le prix de la guerre. En 1933, c’est l’Allemagne qui a pris le mauvais chemin en choisissant Hitler comme chancelier. En 1936, c’est la France qui commit l’erreur de laisser le Führer réoccuper la Ruhr, ouvrant la voie à la deuxième tragédie du siècle. A chaque fois, une autre décision était possible, qui aurait fait du vingtième siècle un temps d’abondance.
Aujourd'hui, c’est de nouveau au tour de l’Allemagne de tenir dans sa main l’arme du suicide collectif du continent le plus avancé du monde. Si elle refuse d’accepter le chemin étroit qui passe par le rachat par la BCE des obligations arrivées à maturité, suivi de l’émission d’une dette souveraine européenne, remboursée par deux points de TVA européenne et d’une réforme des traités permettant de mieux contrôler les laxismes des uns et les égoïsmes des autres, la catastrophe aura lieu.
Pour que Berlin ne soit pas, une fois de plus, responsable d’un suicide européen, l’Allemagne doit sortir de quatre illusions:
1. Elle n’est pas le bon élève de l’Union, qui refuse de payer pour les erreurs des autres.
Sa dette publique est de 82% du PIB, pratiquement égale à la dette française; dix de ses banques, toutes publiques, qui fournissent 20% des crédits au secteur non financier allemand, sont en très mauvaise situation. Sa consommation d’énergie dépendra de plus en plus du gaz russe, qui représente 37% de ses importations. Sa démographie est catastrophique au point que, en 2060, il y aura moins d’Allemands que de Français et que 44% de la population allemande aura plus de 65 ans contre seulement 35% en France, ce qui rendra particulièrement difficile le remboursement de la dette publique allemande.
Enfin, l’avenir de l’industrie allemande n’est pas si prometteur qu’elle le croit: selon une récente étude anglaise, sur les 100 entreprises les plus innovantes du monde, 11 sont françaises et seulement 4 sont allemandes.
2. Elle est le premier bénéficiaire de l’Union européenne, qui a financé en partie sa réunification, et lui a permis de gagner près de 15 points de parts de marché à l’intérieur de la zone euro et de devenir le premier pays exportateur de produits agroalimentaires en recrutant du personnel venu de l’Est de l’Europe au tarif de ces pays, ce que la France ne veut et ne peut faire.
3. Elle a tout à perdre à sortir de la zone euro, qui ruinerait son système bancaire et lui coûterait, selon une étude suisse, de 20% à 25% de son PIB la première année et la moitié chacune des années suivantes.
4. Elle croit à tort qu’un soutien provisoire de la BCE à la liquidité des banques et des Etats européens entraînerait une inflation massive, qui ruinera ses vieux, majoritaires, alors qu’il ne peut y avoir d’inflation massive quand le chômage est aussi élevé et quand la financiarisation de l’économie freine la transmission de la monnaie vers l’économie réelle.
Lueur d’espoir: à lire les toutes dernières déclarations de la chancelière Angela Merkel, et le programme de son parti approuvé le 15 novembre (souhaitant une évolution vers un fédéralisme européen, et laissant entendre qu’elle pourrait accepter de faire de la Banque centrale européenne le garant de dernier recours), il semble que l’Allemagne se prépare à reconnaître ces évidences. Il appartient maintenant à la France de la prendre au mot. Tout est encore possible.
Jacques Attali
Cet article a été également publié par L'Express
Mis à jour le 21/11/2011 à 15h36




















































Comparer n'est pas dire "c'est pareil". Comparer c'est chercher les points communs et les points de différence.
Il nous faut autre chose que "financer" l'augmentation des dettes ou que des plans de rigueur dans une Europe ou les resources de travail sont sous utilises et les resources de capital misallouees.
On attend encore les propositions et les actions (et le fait que l'Allemagne aille aussi mal que les autres n'est certainement pas rassurant...) qui s'addresseront au vrai probleme (capital et travail).
(PS: Au moins, l'Allemagne n'a pas un deficit de la balance des paiements de la France...)
2 étapes: éteindre le feu (rachat par la BCE des dettes), et reconstruction de la maison (plus d'Europe). L'un n'ira pas sans l'autre.
En effet dans un pays en déficit budgétaire depuis 37 ans qui n'a mis en place aucune réforme structurelle importante ce qui le conduit à avoir une dépense publique de 57% (quasiment égale à celle des pays Nordique et de la Finlande) et une balance commerciale plus que négative, c'est de la faute de l'ennemi extérieur (Agence de notation, partenaire déloyaux..).
Pour y remédier, il propose sa vision qui est forcement la seule qui convient, tout mutualiser et continuer la course aux déficits comme cela lorsque son plan sera réalisé on va tous crever ensemble, signe de la solidarité dans la mort.
j'allais oublier, toute personne qui se sera pas d'accord avec sa vision sera traité comme un anti Europe.
l`allemagne s`est taille un costume de petite chine en europe en compressant les salaires et les minimas sociaux via les lois hartz couple avec l`euromark fort leur permettant de devorer les partenaires de l`interieur
car intra muros les excedents des uns font les deficits des autres
l`allemagne est devenue la pire des mercantiles en UE reduisant de fait la consommation interieure le refus de l`allemagne concernant la BCE , c`est justement pour garder cette main qui lui permet de siphonner toute l`europe en excedents
la solution c`est malheureusement la confrontation pour lui retirer ce droit de vampiriser la BCE et l`euro pour elle seule
Quelle différence aujourd'hui avec ce que M. Attali propose pour l'Europe?
Alors si c'est une si bonne idée, sans doute ferait-il mieux d'en parler avec qui de droit plutôt que de pérorer sur Internet. Avec son aura d'ex-conseiller de François Mitterrand, sans doute sera-t-il attendu comme le messie...
Nous nous sommes mis en position de faiblesse en acceptant d'abandonner notre monnaie à une banque centrale non démocratique et en abandonnant, depuis 1973, la création monétaire d'état au profit de la création monétaire privée.
La solution serait bien évidemment la reprise en main de la banque centrale par une autorité démocratique européenne et le retour a la création monétaire d'état dans l’intérêt de tous les citoyens européens. Mais si l'Allemagne s'y refuse actuellement, est-ce par aveuglement ou par calcul ? Quel est son but si elle en a un ?
L'Allemagne n'a aucun 'plan' de la sorte pour 'mettre à pied les pays du sud"- et encore moins besoin d'en avoir. Ils le font tout seuls!
Je ne sais pas quel âge vous avez mais un petit rappel du passé vous apprendra que "la monnaie d'état" dont vous parlez avec tant d'affection était instable à un tel point que la France était obligée de la diviser par 100, accompagné par une dévaluation de 17.5%, pour arriver à une unité intelligente.
Et cela après de 7 autres dévaluations depuis la liberation...
Au cours actuel du Yen, il faut 100 Yen pour acheter un pain en France. Que je sache les japonnais ne sont pas dans la mouise à cause de ça.
Et je suis assez vieux pour me souvenir que ma mère me parlait des soupes populaires des années 30 comme d'un temps définitivement révolu. A cette belle époque on prédisait aussi une révolution quand le nombre de chômeur atteindrait 100 000. Le cours de la bourse ne concernait que quelques rares rentiers qui n'y gagnait pas grand chose. Et nous pensions tous trouver notre place dans la société et avoir une vie bien plus facile que celle de nos parents.
Donc l'épouvantail des dévaluations, à d'autres. Dévaluer c'est un outil d'équilibrage entre nations gérées différemment et ça ne veut pas dire que celle qui dévalue est mal gérée. L'inflation, c'est une incitation à profiter de ce que l'on gagne rapidement ou à l'investir dans autre chose que de la finance. Donc l'inflation ça fait marcher l'économie. Il faut juste qu'elle reste raisonnable.
Comme la Grèce où j'habite. Et même le Japon où j'ai vécu de nombreuses années. J'ai pu constater que ce pays asiatique remarquable n'est pas géré par son gouvernement ni par son parlement mais par la solidarité et le bon sens de sa population. Les tragiques évènements de cette année apportent la preuve : population énergétique et efficace, gouvernement central nul et même menteur.
En l’occurrence l’économie japonaise stagne depuis 20 ans.
Nous devons avoir à peu près le même âge. A priori donc – du moins je l’espère pour vous – vous avez quelques économies en banque. Le livret A paie déjà moins que l’inflation. Voulez-vous vraiment voir ces économies amputées de 10-15% à cause d’une dévaluation ?
Ou êtes-vous comme mes compatriotes anglais qui aiment croire qu’ils sont riches parce que grâce à l’inflation la maison qu’ils ont achetée à 100 vaut aujourd’hui 200 ? Ce qui a poussé des milliers entre eux de « monétariser » la différence (c'est-à-dire de s’endetter davantage) avec les résultats qu’on connait.
Dévaluation amène inévitablement à l’inflation – ce qu’un grand politicien français de gauche a appelé à juste titre une taxe sur les pauvres.
Salutations
Mais je "kiffe" cela!
La création monétaire par l' "Etat européen" est nécessaire mais ça ne peut pas être un chèque en blanc pour chacun des états qui composent cette Europe. Il faut que cette création monétaire serve des intérêts communs (cet intérêt commun pouvant être une aide à certaines régions en particulier).
Il est évident que notre seule porte de sortie pour les pays ressortissants de la zone euro est la planche à billets sans aucun risque de forte dévaluation monétaire car sitôt passées les menaces court terme de rupture des trésoreries nationales, l'euro se réappréciera naturellement comme l'indique son cours actuel depuis sa création à +70 % celui du dollar et en raison de la puissance des économies coalisées. Les journaleux d'occasion brandissent un risque d'inflation corrélée sans analyser le ridicule d'une telle affirmation. Les porte monnaie des consommateurs de la zone euro sont en fort creux pour longtemps et ne risquent pas de répondre à des prix de détail en forte hausse. Au surplus, un peu d'inflation, c'est de la croissance comptable automatique et de la dette publique implicitement dévalorisée. La contrepartie de cette libéralité financière centrale est naturellement un engagement de retour à l'équilibre de trésorerie, donc budgétaire de la part des pays aidés (dont la France et l'Allemagne à très court terme) avec une tolérance qui pourrait être acceptée pour ce qui concerne des dépassements budgétaires réservés aux seules opérations en capital d'infrastructures par exemple pour alimenter vertueusement la croissance selon le bon emploi du keynésianisme, soit respecter la logique du retour d'investissement à court terme (ex. : la construction en 1941 du barrage du Colorado équivalent à la production de quatre centrales nucléaires). Les pays de la zone euro brûleront cette dernière cartouche que représente l'émission monétaire avant d'entériner un fiasco monétaire ; les allemands doivent le comprendre, eux qui vont bientôt être concernés par le risque de rupture de trésorerie courante, donc de fonctionnement de leur état. Et pourquoi s'enfermer dans une logique de dévaluation compétitive pour les seules nations prises individuellement et non appliquée à la zone euro tout entière ? L'euro ne mourra pas car sa survie devient essentielle pour maintenir le pouvoir d'achat des salaires et de toutes les prestations sociales en espèces dont les retraites.