Chine - Europe, donnant donnant, pas facile facile
L'Europe a besoin de la Chine pour faire face à sa crise. Mais trop faible, elle n'est pas capable, contrairement aux Etats-Unis, d'établir un vrai rapport de force avec Pékin.
- Foire de Canton, en octobre 2011. REUTERS/Bobby Yip -
L’euphorie qui a suivi l’appel à l’aide lancé par l’Europe aux pays émergents, et en particulier à la Chine, a été de courte durée. Euphorie, il est vrai, mêlée de crainte. Les Européens n’allaient-ils devenir otages d’une puissance dont ils se méfient par ailleurs pour des raisons à la fois politiques et commerciales? Nécessité faisant loi, et la Chine étant assise sur 3.200 milliards de dollars de réserve en devises, il est compréhensible que les Européens aient lorgné vers ce trésor.
Les dirigeants chinois n’ont pas manifesté l’enthousiasme attendu quand Nicolas Sarkozy, le dernier sommet de la zone euro à peine achevé, a téléphoné au président Hu Jintao pour «l’informer» des résultats et lui susurrer implicitement que son argent serait le bienvenu. C’est de bonne guerre. Les Chinois n’allaient pas se précipiter. Au contraire, s’ils ont quelques cartes dans leur jeu, ils veulent les jouer les unes après les autres.
Les Chinois investissent déjà
Si les Chinois doivent investir dans l’euro, ce ne sera pas une nouveauté. Ils le font déjà. Ils ont intérêt à diversifier leurs investissements à l’extérieur et à ne pas se lier uniquement au dollar. On parle officiellement de 3.200 milliards de dollars de réserves, mais la somme réelle est certainement plus élevée, car des banques chinoises installées dans des pays tiers interviennent aussi sur le marché international. Les deux tiers sont investis dans la devise américaine; le reste en euros et en yens.
Les Chinois veulent aussi être sûrs du retour sur investissement. Ils ne vont pas s’engager dans des opérations douteuses. Et voir leurs créances diminuer de moitié ou plus, si les pays européens sont incapables de faire face à leurs obligations. C’est pourquoi ils insistent toujours pour que l’Europe mette de l’ordre dans ses affaires avant de s’engager plus avant.
Enfin, ils ne viendront pas à la rescousse de l’Europe sans exiger des contreparties politiques ou économiques. Et c’est là que les Européens risquent de se retrouver dans une position de faiblesse. C’est vrai aussi des Américains. Mais dans une certaine mesure seulement. Car les deux puissances sont si étroitement imbriquées qu’aucune des deux n’a intérêt à affronter l’autre. Sans la Chine, la dette américaine ne serait pas financée; sans le marché américain, la croissance chinoise serait atteinte.
Une Europe trop dispersée
L’argument vaut pour l’Europe, premier marché pour les exportations chinoises. Elle a un autre atout, comparée aux Etats-Unis: elle n’a pas de problème de sécurité immédiat avec Pékin. Ce n’est pas le cas des Etats-Unis, puissance du Pacifique, qui se place en protecteur des voisins de la Chine inquiets de sa force montante.
Mais l’Union européenne n’est pas un interlocuteur unique même si elle parle d’une seule voix en matière commerciale. Les «grands» européens ont tendance à aller en Chine en ordre dispersé pour tenter d’obtenir des avantages au détriment de leurs partenaires, alors que l’Europe ne peut espérer peser véritablement dans des négociations avec la Chine que si elle a une stratégie cohérente, si elle se fixe des priorités et si elle s’y tient.
L’UE aurait également intérêt à s’allier avec des puissances émergentes qui représentent des marchés pour la Chine et qui font face aux mêmes problèmes qu’elle: sous-évaluation de la monnaie chinoise, obstacles mis à l’ouverture du marché chinois, etc.
Ré-ci-pro-ci-té
Le maître-mot des relations avec la Chine devrait être réciprocité. Dans tous les domaines: accès au marché, investissements directs, soumissions pour les marchés publics, respect des droits de propriété intellectuelle…
Les demandes chinoises, elles, sont connues: levée de l’embargo sur les exportations d’armes décidé par les Européens en même temps que les Américains après le massacre de Tiananmen en juin 1989 (ce sont moins les matériels militaires eux-mêmes que la technologie mixte, civilo-militaire, qui intéresse les Chinois), reconnaissance de la Chine comme une économie de marché qui rendrait plus difficile des mesures européennes antidumping (ce statut sera automatique selon les règles de l’OMC en 2016), mise en sourdine des critiques occidentales sur les droits de l’homme en Chine, qui de toutes façons ne sont pas très audibles.
Les Chinois ne donneront rien sans rien. Les Européens n’éviteront de passer sous leurs fourches caudines que s’ils présentent un front uni. En ce sens, les relations avec Pékin n’ont rien d’exceptionnel.
Daniel Vernet
Mis à jour le 18/11/2011 à 14h38




















































Surtout, ne demandez pas l'argent Chinois, ca fera monter le cours de l'euro! C'est leur interet d'acheter des actifs en euros (obligations d'etats ou autres...pourquoi le leur demander et les mettre en position de demander compensation?... L'Allemagne peut etre qui ne craint pas l'euro fort mais notre Tartarin? ??...). Mettez plutot un impot a la source sur les actifs meme si possedes par les etrangers... ils vendront leurs actifs et la devise et quand l'euro baissera, les taux d'interet baisseront automatiquement puisque le risque de baisse sera diminue d'autant...
Le dollar faible permet les taux d'interet faibles.
Il est complètement irresponsable d'appeler à un rapprochement avec la Chine. Laisser la Chine racheter l'Europe, quelle brillante idée.
NON, il est temps de briser le cercle vicieux de la dette MAINTENANT, pas d'acheter du temps en dilapidant notre patrimoine et celui des générations futures.
Si on résume ce qui se lit, la Chine tire l'excédent économique de la Chine provient de quelques facteurs assez simples :
- une monnaie volontairement sous-évaluée,
- une main d’œuvre sous payée, compétente,
- des barrières douanières et juridiques,
- un état qui gère l'économique comme une guerre, c'est à dire que le but est la puissance et non l'enrichissement du peuple
Nous sommes depuis des années les moutons à tondre et ça marche assez bien.
Cela dit, le mouton n'a d'intérêt que s'il produit de la laine et plus encore, que s'il reste en vie.
Pour alimenter un tant soit peu la machine, la Chine doit nécessairement réinjecter de la monnaie en occident que ce soit par le biais de prêts, d'investissement (par ex le port du Pyrée), etc...
Je ne crois pas un effondrement complet.
Cela dit, les pays occidentaux sont placés dans un état de dépendance et de faiblesse préoccupant. Ce n'est la Chine qui est coupable mais nous. Les démocraties sont incapables de se gérer. Comment a t-on pu laisser se creuser les déficits actuels ? Comment peut-on dire au peuple qu'on va créer de la richesse en travaillant moins (retraite à 60 ans, 35 heures). Comment peut-on dire qu'en augmentant les salaires on va créer de la richesse (pour acheter des télés faites en Chine !!), c'est la richesse produite qui permet d'augmenter les salaires.
Toute une classe politique confond création de richesse et répartition de richesse. La création de richesse ne se fait que par le travail, la répartition équitable de richesse est un objectif politique. Répartir un argent qu'on n'a pas créé au préalable est un crime.
La gauche est en ce sens largement responsable de la situation, elle a certes raison de vouloir une répartition plus juste des richesses, je trouve le niveau des inégalités intolérables, il est criminel de laisser croire que la recherche de compétitivité nationale est une nécessité incontournable. L'économie c'est la guerre par d'autres moyens.
Seule l'Allemagne semble avoir réussi à faire preuve de réalisme.