Monde

Les Espagnols plus résignés qu'indignés

Aurélien Le Genissel, mis à jour le 20.11.2011 à 11 h 24

Les électeurs espagnols devraient sanctionner dimanche la politique d'austérité conduite par le socialiste Zapatero. La droite, favorite des législatives, n'a pas de programme alternatif et continuera d'appliquer le serrage de ceinture à des Espagnols plus résignés qu'indignés.

Des personnels de santé manifestent, le 15 novembre 2011, devant un hôpital de B

Des personnels de santé manifestent, le 15 novembre 2011, devant un hôpital de Barcelone contre les coupes budgétaires. REUTERS/Albert Gea

Alors que le Partido Popular (PP, droite) est donné grand favori des élections législatives de dimanche, la marge de manœuvre politique est presque inexistante en Espagne. Le temps est à la rigueur, la vraie.

Une «discussion pour savoir qui est le plus austère», voilà ce qu’est devenue la campagne électorale espagnole pour les élections du 20 novembre prochain. Alors que les sondages indiquent une victoire très facile du PP et que les Indignés tentent encore de savoir comment affronter le scrutin, les Espagnols vont voter dans un climat de pessimisme et de résignation générale.

Il faut dire qu’à la différence d’autres pays, cela fait plusieurs mois déjà que l’Espagne a mis en place un plan d’austérité drastique. Et pas de chichis de l’autre côté des Pyrénées pour savoir s’il s’agit «d’une politique rigoureuse ou de rigueur» ou si les mesures sont de la «bonne rigueur ou méchante austérité». En mai 2010, quelques jours après le premier plan de sauvetage de la Grèce, l’Espagne s’engageait devant l’Union européenne à économiser 15 milliards d’euros supplémentaires sur 2 ans.

De nouvelles mesures qui venaient s’ajouter aux coupes budgétaires déjà mises en place pour tenter de combler le déficit galopant du pays (9,2% en 2010). De cette façon, le gouvernement annonçait le gel des retraites, une réduction de 5% des salaires des fonctionnaires, la fin du «chèque bébé» (une aide de 2.500 euros pour les nouveau-nés) et la réduction de 15% des salaires des membres du gouvernement. L’objectif? Atteindre le sacro-saint déficit de 3% en 2013.

Si le pays n’est pas à l’abri d’un plan similaire à celui mis en place en Grèce ou au Portugal, le départ de Zapatero et les réformes à répétition —traumatique recapitalisation des caisses d’épargne (cajas de ahorro), controversée réforme du marché du travail— ont pour l’instant évité à l’Espagne de vivre une tragédie à la grecque ou un vaudeville à l’italienne.

Cela fait presque 18 mois que Premier ministre espagnol reste sur sa ligne de rigueur sans vraiment fléchir, ce qui l’a amené à des niveaux d’impopularité record. Malgré l’annonce d’élections anticipées en août, le gouvernement socialiste continue. A la fin de l’été, il a modifié l’impôt sur les sociétés, rabaissé le taux de TVA sur les ventes immobilières et réduit les dépenses pharmaceutiques.

En dehors du mouvement des Indignés, personne en Espagne ne semble contester que le serrage de ceinture soit nécessaire. C’est ce qui explique que le Premier ministre continue d’appliquer des reformes impopulaires tandis que le PP attend patiemment une alternance qui semble presque acquise. 

Couper partout

Même les éco-communistes d’ICV-EUiA ne remettent pas en cause l’austérité, uniquement les secteurs sur laquelle elle s’applique. Leur «plan alternatif» prévoit d’économiser plus de 11 milliards d’euros en réduisant les «dépenses inutiles» (comme le TGV…) ou celles de la Défense, en éliminant le ministère de la Culture et en rabaissant le budget de la famille royale.

Certains parlent même d’éliminer le Senat, une chambre plus symbolique qu’autre chose en Espagne. Toutes les idées sont bonnes à prendre et ce n’est pas l’imagination qui manque. Mais le résultat est toujours le même: qu’ils regardent à gauche, à droite ou au centre, les Espagnols ne voient que des recortes (coupes de budget/économies) à l’horizon.

C’est ce qui explique aussi l’exceptionnelle «union nationale», l’accord entre le PP et le Parti socialiste (PSOE), pour inclure la règle d’or dans la constitution il y a quelques semaines. Une mesure de discipline fiscale, valable à partir de 2020, dont devront tenir compte les 17 communautés autonomes, véritable casse-tête économique du pays. Car, comme souvent en Espagne, les spécificités territoriales jouent aussi un rôle majeur dans le déficit budgétaire.

Dans un pays largement décentralisé, l’autonomie fiscale des régions leur permet un niveau d’endettement —qui plombe les finances publiques— difficilement contrôlable par le gouvernement central. D’autant que, depuis la débâcle électorale des socialistes lors des régionales de mai 2011, la grande majorité de ces communautés ne leur appartiennent plus et celles-ci attendent de voir la couleur du nouveau gouvernement pour négocier.

17 plans d’austérité

Car, comme l’Etat central, les régions espagnoles ont longtemps vécu au-dessus de leurs moyens, alimentant un déficit qui a dépassé les 121 milliards d’euros. Là encore, l’UE a dû intervenir en rappelant à l’ordre les régions. De même, Moody’s a rabaissé il y a un mois la note d’une dizaine de communautés autonomes parmi lesquelles les plus endettées comme la Catalogne, Madrid ou Castilla La Mancha.

La plupart d’entre elles ont approuvé des plans d’austérité qui incluent des épargnes dans le budget de l’éducation ou le gel de grands projets publics. La Communauté de Valence a annoncé un plan d’austérité qui devrait permettre d’économiser 680 millions d’euros cette année. L’Andalousie prévoit de faire de même (avec une économie de 752 millions) tandis que le président des Îles Baléares, Jose Ramón Bauzá, a annoncé qu’il fermerait 92 des 198 entreprises publiques et licencierait 800 travailleurs. Cela fait déjà plusieurs années qu’Esperanza Aguirre, présidente de la Communauté de Madrid, a commencé son «amincissement» du secteur public qui lui a permis d’économiser 2 milliards en 4 ans.

Dans son premier budget pour tenter de réduire la dette (17,2% du PIB régional), le président de la Generalitat de Catalogne, Artur Mas, a inclus un très polémique et violent plan d’épargne du budget de la Santé qui doit permettre d’économiser 1 milliard d’euros par an (10% du budget santé). Les conséquences ne se sont pas fait attendre: arrêt net de la modernisation et de la construction de nouveaux hôpitaux, fin du «droit du citoyen à se faire opérer avant 6 mois», réduction des effectifs, privatisations de plusieurs centres et explosion des listes d’attentes (+23%).

La droite, vainqueur sans victoire

On ne compte plus le nombre d’exemples qui apparaissent chaque jour, comme cette femme qui a dû attendre 65 heures pour se faire opérer (sans succès) d’un anévrisme cérébral. En cette période de campagne électorale, l’opposition socialiste n’a pas manqué de critiquer cette rigueur dans un spot sulfureux (retiré après le scandale) où les professeurs et les médecins sont remplacés par des mannequins en plastique.      

C’est dans ce triste contexte économique que les Espagnols vont aux urnes sans que le PSOE ou le PP ne puissent promettre autre chose que des mesures anti-crise. La campagne électorale semble n’avoir jamais commencé et le grand favori, Mariano Rajoy, gagnera sans doute «sans que personne ne s’en aperçoive. Passer inaperçu jusqu’à la soirée électorale, quand tout sera fait», comme le dit El Pais. Le pays a vécu assez de plans venus de Bruxelles pour savoir que c’est l’Union européenne qui a vraiment les rênes de sa politique.

S’il gagne, Mariano Rajoy se trouvera devant le même casse-tête que ses homologues européens: faire baisser la dette et respecter la limite du déficit à 4,4% pour 2012 sans augmenter les impôts, détruire des emplois publics et créer du chômage. Une équation insurmontable que le candidat de la droite évite soigneusement d’aborder ces jours-ci.

Son avance est assez confortable, mais le problème est bien réel. Pour réussir son objectif, Rajoy devra épargner 36 milliards d’euros, beaucoup plus que les «10 milliards de Zapatero en 2010 et qui lui valurent sa carrière politique et peut-être son image pour toujours».

Aurélien Le Genissel

Aurélien Le Genissel
Aurélien Le Genissel (64 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte