Economie

Comment faire revenir l'industrie en France

Marie-Laure Cittanova , mis à jour le 17.11.2011 à 15 h 43

C'est une question de savoirs et de technologies.

Des salariés de Peugeot, le 15 novembre 2011 devant le siège parisien du constructeur automobile. REUTERS/Philippe Wojazer

Des salariés de Peugeot, le 15 novembre 2011 devant le siège parisien du constructeur automobile. REUTERS/Philippe Wojazer

Coïncidence: au moment où le groupe PSA Peugeot Citroën annonce la suppression de 6.000 postes en Europe, l’entreprise française Unowhy ouvre en France, à Montceau-les-Mines, un site de production pour une tablette numérique culinaire, Qooq, en expliquant qu’il est plus intéressant de produire en France qu’en Chine, où était fabriquée la première version de cette tablette.

Ces deux informations illustrent combien le rôle de l’industrie est au cœur des débats actuels, qu’il s’agisse de la croissance et de l’emploi ou de la meilleure santé de la zone euro. On ne cesse de comparer la robuste industrie allemande, fortement exportatrice, et même l’industrie italienne, à la faible industrie française.

Que s’est-il passé? En 1999, la part du secteur manufacturier était encore en France de 22% du PIB. En 2007, elle n’était plus que de 14%. Un document du Trésor, intitulé La désindustrialisation en France, l'affirme:

«Le phénomène de désindustrialisation, qui touche la France comme l’ensemble des économies développées, peut être caractérisé par trois transformations concomitantes: un recul de l’emploi industriel (l’industrie a perdu 36% de ses effectifs entre 1980 et 2007, soit 1,9 million d’emplois ou encore 71.000 par an), un recul de la contribution de ce secteur au PIB (le poids de l’industrie dans le PIB en valeur est passé de 24 % à 14 % entre 1980 et 2007) et une forte croissance du secteur des services marchands. » 

Externalisation

Une part de cette vertigineuse perte d’emplois, environ un quart, est en fait due à un transfert: les entreprises ont externalisé un certain nombre de leurs activités vers des entreprises de services à l’industrie. On retrouve ces emplois industriels perdus dans l’intérim ou les entreprises de services aux entreprises. Cette tendance à l’externalisation tend à se stabiliser.

Une autre part des emplois perdus, environ un tiers, est imputable au progrès technique et aux gains de productivité. Ceux-ci réduisent logiquement les besoins de main d’œuvre dans l’industrie, grâce aux robots et autres processus de fabrication automatisés. C’est une tendance souhaitable, car sans ces gains de productivité, impossible de rester compétitif et d’exporter des biens industriels.

La même étude attribue environ 13% de la baisse de l’emploi industriel en France à la concurrence étrangère, tout en reconnaissant que l’impact de celle-ci reste difficile à évaluer. En tout cas, ce n’est pas le principal facteur de la perte d’emplois industriels en France.

Une certitude: l’idée selon laquelle le partage du travail devait conduire à installer les usines dans les pays en développement, et à ne développer dans les pays riches que des activités très technologiques ou de services, ne tient plus. Disposer  d’une industrie forte est vital parce que cela permet d’exporter des produits à forte valeur ajoutée. Avec le recul de l’industrie, la France accuse un important déficit de sa balance commerciale: plus de 51 milliards d’euros en 2010. Ce n’est pas le cas de l’Allemagne, qui bénéficie de fortes exportations industrielles. Tout comme les Pays-Bas.

Le rôle des grandes PME

Le modèle français de développement industriel, fondé sur un nombre restreint de grandes entreprises, les champions nationaux, soutenus par l’Etat, ne suffit plus. Du reste, ce sont ces grandes entreprises qui sont contraintes à délocaliser. Ainsi, PSA Peugeot-Citroën veut réduire la voilure en Europe, mais a l’intention d’ouvrir des sites de production au Brésil, un marché d’avenir. A côté de ces grandes entreprises comme Renault, PSA, Alstom, Areva, sans oublier les grandes marques de luxe, la France manque de grosses PME capable de produire des biens sophistiqués à forte valeur ajoutée.

C’est ce que les grandes PME de l’industrie allemande excellent à faire: elles fournissent, en priorité à l’Union européenne, des machines, des équipements de transport, les produits chimiques, des  métaux, de la mécanique fine… Dans ces domaines, la France n’a pas ou pas assez d’entreprises assez fortes pour investir et vendre à l’étranger.

Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics et les instances européennes tentent de remédier à ce problème. Dans le cadre du grand emprunt, une politique de réindustrialisation a été mise en place. Au programme, la recherche, l’enseignement supérieur, le développement durable, le numérique, les filières industrielles et les PME. Sur les 35 milliards du grand emprunt, 6,5 milliards ont été alloués à des entreprises innovant dans les nanotechnologies, le véhicule du futur… De plus, l’aide à la réindustrialisation (ARI) a été dotée de 200 millions. A travers la liste des domaines d’intervention du grand emprunt,  un constat: l’industrie doit être une affaire de savoirs et de nouvelles technologies.

Déficit de recherche

En termes de savoirs, la France affiche toujours un déficit important de sa recherche. Lors du colloque international  sur «La croissance de demain», du Centre d’analyse stratégique de septembre 2010, un expert autrichien notait que la France ne consacre que 2% de son PIB à la recherche-développement «ce qui est insuffisant». De même, il estimait «insuffisants» les rapports entre l’industrie et le milieu scientifique. L’université est interpellée et peut apporter sa pierre à l’édifice.

Mais elle a aussi un rôle à jouer dans la formation des futurs salariés de l’industrie. L’industrie de demain emploiera certainement plus de diplômés de niveau «bac pro» ou BTS que de CAP. La compétitivité passe par des emplois d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers qualifiés. On devrait assister à une hausse des qualifications, facteur de compétitivité. Qui s’en plaindrait? Mais cela signifie aussi qu’il faudra accentuer l’effort pour que moins de jeunes sortent de l’école sans diplôme. Et rendre plus attractifs les diplômes d’ingénieurs et de techniciens, certes moins «glamour» que les postes dans la finance… pour l’instant.

Un plan en faveur des formations en alternance a été lancé en mars 2011, avec pour objectif de passer de plus de 600.000 jeunes en alternance en 2010 à 800.000 en 2015 et un million à terme. Outre des aides aux entreprises, il est prévu de revaloriser la filière auprès des élèves. Ce ne sera sans doute pas la partie la plus facile du plan. Pourtant, on peut maintenant arriver en master (bac+5) en alternance.

Une industrie compétitive et forte doit non seulement s’appuyer sur la recherche et employer un personnel qualifié, mais aussi s’intéresser à toutes les nouvelles technologies. Le numérique, les nanotechnologies, bien sûr. Mais aussi tout ce qui concerne l’environnement: traitement des déchets, transports, énergies renouvelables, ... Autant de domaines dans lesquels vont se créer de nouveaux emplois.

L’emploi environnemental dans les éco-activités représentait environ 400.000 emplois fin 2010. Parmi ces emplois, 282.000 sont attribuables aux éco-activités marchandes des entreprises. Ces emplois sont en hausse rapide, 4,2% en moyenne annuelle depuis 2004 contre un peu moins de 1% pour l’ensemble des branches, indique le Commissariat général au développement durable. Il faut pour cela un cadre réglementaire stable et des aides correctement ciblées.

Faute de quoi, la mésaventure de la filière solaire, partie très vite grâce à de fortes subventions, risquerait de se reproduire. Après révision des tarifs de rachat par EDF de l’électricité produite, les entreprises du secteur ont connu un coup d’arrêt qui a coûté près de 10.000 emplois. Difficile dans ces conditions de créer une véritable filière industrielle.

Marie-Laure Cittanova

Chronique également parue sur Emploiparlonsnet.fr 

Marie-Laure Cittanova
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