Comment punir l’Iran (avant de bombarder ses installations nucléaires)

Mahmoud Ahmadinejad lors d'une manifestation pour le 32 anniversaire de la Révol

Mahmoud Ahmadinejad lors d'une manifestation pour le 32 anniversaire de la Révolution islamique. REUTERS/Raheb Homavandi

Bombarder ses installations nucléaires pour faire cesser le programme nucléaire de Téhéran et lui faire respecter les droits de l'Homme n'est pas la seule option qui reste aux Occidentaux. Tout un éventail de sanctions reste envisageable pour entraver l’économie iranienne et ébranler ses dirigeants.

Le rapport de l’Onu publié mardi 8 novembre confirme les soupçons de l’Occident selon lesquels l'Iran prévoit de se doter d'une arme nucléaire (PDF). Dans son rapport, l’Agence internationale de l’énergie atomique, basée à Vienne, note que «l’Iran se livre à des activités en rapport avec le développement d’une bombe atomique

Toute cette attention portée aux ambitions nucléaires iraniennes a détourné le regard de la communauté internationale des violations permanentes des droits de l'homme pratiquées par Téhéran. Un Iran doté de l’arme nucléaire aurait peu de raisons de tenir compte de la pression internationale au sujet de sa répression des femmes, des homosexuels, des syndicalistes et des minorités religieuses comme les chrétiens et les bahaïs.

Au cours des derniers mois, l’Iran a menacé l’actrice Marzieh Vafamehr de 90 coups de fouet pour avoir violé le code vestimentaire iranien, infligé 74 coups de fouet à un étudiant qui aurait «insulté» le président Mahmoud Ahmadinejad et fait pression sur un pasteur chrétien iranien pour qu’il se convertisse à l’islam.

Le fatalisme est une erreur

Les Américains sont très tentés de lever les bras aux ciel devant ces abus et d’estimer —puisqu'ils ont déjà sanctionné l’Iran, et que sa révolte populaire a déjà échoué— qu'ils ne peuvent plus rien y faire (excepté peut-être bombarder ses installations nucléaires).

Mais ce fatalisme et cette inaction sont une erreur. Les États-Unis et ses alliés disposent encore de toute une gamme d’options non-violentes pour forcer le régime iranien à prendre en considération le respect minimum dû aux humains, et à remettre en question ses ambitions nucléaires.

Un ensemble convaincant de sanctions financières associé à un plus grand isolement diplomatique et à un solide soutien de l’opposition démocratique iranienne pourrait encore obliger les dirigeants religieux iraniens à adoucir leur position. Fin octobre, David S. Cohen, sous-secrétaire au Trésor pour la lutte contre le terrorisme et les renseignements financiers, a fait une tournée diplomatique-éclair à Paris, Londres, Berlin et Rome pour convaincre les capitales européennes d’accentuer leur pression sur l’Iran, notamment en isolant ses institutions financières.

La BCI, cible la plus importante

La cible la plus importante devrait être la Banque centrale iranienne (BCI), par laquelle transite la plus grande partie des transactions commerciales et énergétiques internationales de l’Iran. À sa décharge, le président Obama a mis en place d’importantes sanctions énergétiques en 2010, largement répercutées par les 27 membres de l’UE.

Mais l’administration Obama n’a pas encore fait usage de son muscle économique pour forcer l’UE à perturber les opérations de la BCI. L’UE et les États-Unis ont sanctionné certaines banques iraniennes—Melli, EIH et Saderat—pour leur implication dans le programme nucléaire et de missiles balistiques du pays. Les banques Melli et Saderat sont des filiales de la BCI.

Mais s’ils n’ont pas encore sanctionné la BCI, la banque la plus importante, c’est en partie parce que l’Europe a jusqu’à présent refusé son aide. L’UE, qui chancelle sous les coups du renflouement de la dette grecque et de l’effondrement imminent du gouvernement du Premier ministre italien Silvio Berlusconi, n’a manifesté qu’une volonté très limitée d’étendre la punition à la BCI.

Des sanctions énergétiques feraient très mal

La BCI n’est pas la seule cible possible des sanctions. Le montant global des transactions commerciales entre l’UE et l’Iran a dépassé les 25 milliards d’euros en 2010, et les produits énergétiques comptent pour 90% des importations européennes en provenance d’Iran.

La République islamique est le sixième plus grand fournisseur de gaz et de pétrole des 27 membres de l’UE. L’Iran canalise ces profits vers son programme nucléaire, vers ses alliés terroristes comme le Hezbollah au Liban et le Hamas dans la bande de Gaza, et vers l’appareil sécuritaire massif dont il se sert pour réprimer les dissensions politiques internes. Mais les dirigeants iraniens ont aussi besoin de ces profits pour se remplir les poches. Des sanctions énergétiques européennes leur feraient très mal.

Il existe un autre levier possible contre l’Iran: des sanctions européennes contre le corps des Gardiens de la révolution islamique (GRI). En 2007, le président George W. Bush a classé le GRI —qui dirige les activités terroristes iraniennes de l’Argentine à l’Afghanistan— sur la liste noire des entités terroristes mondiales. L’UE, et tout particulièrement l’Allemagne, s’en est abstenue. Le GRI contrôle quelque 75% de l’économie iranienne, y compris son programme nucléaire, et ce sont ses forces qui ont permis la répression de la révolution verte pro-démocratique en 2009.

Avec mépris plutôt qu'avec les honneurs

L’UE peut aussi influencer l’attitude de l’Iran en traitant ses représentants avec mépris plutôt qu’en les honorant. Les dirigeants iraniens, comme le physicien formé au MIT et actuel ministre des Affaires étrangères Ali Akbar Salehi, ne souhaitent certainement pas être traités comme des parias sur la scène internationale.

Fin octobre, le Parlement européen a tenté pour la deuxième fois en deux ans d’envoyer une délégation en Iran. Cela n’a fait que conforter la confiance en elles des élites iraniennes. En juin, le chef du comité des Affaires étrangères de l’Allemagne, Ruprecht Polenz, a fait sa cour à des députés iraniens au Bundestag de Berlin.

Et le mois dernier encore, Polenz accueillait le vice-ministre iranien des Affaires économiques Mohammed Roza Farzin (à l’instar d’autres dirigeants de l’UE, Polenz place les intérêts économiques de son pays au-dessus de la nécessité de ralentir l’émergence d’un Iran doté de l’arme nucléaire ou de mettre un terme aux violations endémiques des droits humains dans la République islamique. Le volume des transactions commerciales annuelles entre l’Allemagne et l’Iran tourne autour de 4 milliards d’euros).

Rappel d'ambassadeurs et aide directe

Les pays européens pourraient rappeler leurs ambassadeurs en Iran, et n’y maintenir que des responsables diplomatiques moins éminents pour y conduire leurs affaires. Ils pourraient restreindre les mouvements des diplomates iraniens à l’étranger, en les limitant aux réunions dans les ministères des Affaires étrangères.

Les pays occidentaux pourraient également apporter une aide directe aux syndicats indépendants en Iran, notamment aux travailleurs de l’industrie pétrochimique qui se sont mis en grève pour protester contre le régime iranien. Ces grèves, qui rappellent Lech Walesa et le mouvement Solidarité qui vint à bout du régime communiste en Pologne, pourraient également jouer un rôle dans la transformation de la société iranienne.

Washington et les capitales européennes ont donc toute une gamme d’options à leur disposition pour sanctionner l’Iran. Elles peuvent en faire davantage pour isoler les dirigeants iraniens. Elles peuvent agir activement pour encourager les Iraniens qui souhaitent vivre sous un gouvernement plus représentatif. Mais alors que le régime iranien continue de construire une bombe, elles ne peuvent se permettre de ne rien faire.

Benjamin Weinthal

Traduit par Bérengère Viennot