France

Comment organiser une partouze?

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 10.11.2011 à 19 h 05

La «partie fine» n’est pas seulement un loisir de riches. A chacun ses moyens et ses réseaux.

L'hôtel Carlton de Lille. REUTERS/Luc Moleux

L'hôtel Carlton de Lille. REUTERS/Luc Moleux

DSKgate, la suite. Dans le sous-dossier de la Lille-Connection, on a appris que des soirées tarifées, employant un réseau de call girls, auraient été organisées au profit de l’ancien patron du FMI, ex-candidat à la présidentielle, futur on ne sait pas trop quoi à l’heure où on écrit ces lignes…

Malheureusement, peu de gens disposent du réseau de DSK, sans parler de son compte en banque. A tout ceux-là nous disons: pas d’inquiétude. Il existe plusieurs manières de vivre une soirée libertine: à chacun selon ses moyens, ses réseaux, son physique.

Rappelons au préalable qu’il faut disposer d’au moins un de ces atouts pour accéder au milieu:

  • du temps
  • de l’argent
  • un bon réseau
  • une plastique avantageuse
  • beaucoup de chance
  • une femme (monnaie d’échange)

C’est d’ailleurs le grand paradoxe du libertinage: on y entre souvent en couple. Ne rêvons pas. Dans les textes liturgiques, l’échangisme est une pratique altruiste, reposant sur le partage, l’amour, etc. Dans les faits, c’est le plus souvent le mec qui harcèle sa nana pendant des mois ou des années, espérant en réalité multiplier les écarts tout en se parant d’une idéologie libertaire et féministe. Sauf s’il est candauliste. Là, ça change tout… La première chose pour réunir des partenaires, c’est donc d’être en couple.

1 Miser sur l’instant

La presse féminine a tellement survendu l’expérience libertine que le lecteur monogame a parfois l’impression de passer pour le dernier des cons ou l’ultime ringard du pays. Pour la plupart des gens, la partie fine reste et restera cependant de l’ordre du fantasme.

Comme me le confiait un homme qui a exercé la fonction (ça n’est pas vraiment un métier) de facilitateur de soirées, «les femmes ont le fantasme d’une soirée libertine qui s’organiserait toute seule, un truc qui se ferait comme ça, sur le moment». C’est d’ailleurs ce que les magazines féminins vous disent en général sur la question. Lâchons-nous, buvons un peu en jouant à Petits flirts entre amis sur la WII et ça finira par arriver.

Soyons clairs: cette option n’est pas la bonne. La soirée libertine autoengendrée par l’ambiance, les participants, la déco a une chance sur 1 million d’advenir au cours d’une vie. Comme le notait le spécialiste précité, «le fantasme repose alors sur l’impossiblité de sa réalisation».

Il faut donc un peu aider l’instant, comme en témoignent ces perles récupérées sur le site pornographique le plus célèbre du web francophone, Doctissimo.fr:

«SVP... comment chauffer l'ambience sexuelle en soirée... y a t'il des boissons aphrodisiaques? peu on oraganisé des jeu entrainan les gen a se libéré? enfin donnez moi d iddé pour faire une soiré plutot sensuel»

« je pe faire partie de ta soirée? lol pr faire monter l'ambiance c kler quil faut que tes invités soit partant et consentant, par leur en en toute liberté, essaye de cotoyer des gens qui aime cette esprit de libération. Mais un film porno, une ambiance calfeutrés et aussi un repas léger... et met des préservatifs un peu partout ds la maison... habillez vous un peu olé olé comme on di ;)» 

2 Aller dans un club

Partout en France, le club libertin réunit les amateurs et filtre en se basant sur trois critères:

  • Le physique
  • L’argent
  • Le ratio hommes / femmes

Le dress-code ne varie jamais: les hommes doivent être «élégants», les femmes «sexy», la jupe et les talons sont réglementaires pour entrer dans la plupart des lieux.

Les tarifs, quant à eux, sont variables. L’entrée peut osciller entre 30 euros et plus de 100 euros par couple. L’homme seul, bête noire des clubs, est quant à lui accepté moyennant surplus.

Il y a d’ailleurs dans certaines boîtes un espace réservé aux couples, avec un deuxième passage devant le videur à l’entrée… La femme seule est en revanche la bienvenue de nombre de lieux. La Lady’s Night fonctionne aussi en boîte spécialisée.

Côté «conso», on ne vient pas pour cela, mais si Madame veut étancher une soif entre deux ébats, l’addition montera très vite. Relevé à titre d’exemple des tarifs dans une boîte parisienne:

  • Consommation alcoolisée: 16 euros
  • Consommation sans alcool: 10 euros

Si le club est sans aucun doute la méthode la plus sûre (une fois entré, normalement tout se passe comme prévu), le caractère semi-public du lieu peut perturber les couples discrets. La qualité sociale du recrutement dans les clubs, obsession des libertins qui se vivent souvent comme des dandys modernes, peut constituer un autre frein. Car le préjugé qui attribue aux élites l’apanage de la sexualité de groupe est contredit par la grande diversité sociale de la scène libertine. Comme le résume un habitué de la scène parisienne:

«Si tu prélèves un échantillon de population sur les Grands Boulevards un vendredi à 18 heures, tu auras la clientèle d'un club. Tu trouveras un homme d'affaires, trois prolos, un politique, une femme divorcée paumée et six couples. Mais quand un maçon baise la femme d'un carreleur, c'est moins intéressant bien entendu

Médiatisation aidant, le ghetto libertin s’est progressivement transformé en loisir prisé et même revendiqué. Les clubs ont accompagné cette sortie du ghetto, on peut lire par exemple sur le site du 2 plus 2:

«Réservé jadis aux intellectuels, et aux nantis, l’échangisme concerne aujourd’hui toutes les classes sociales. C’est quand même le pied de pouvoir “tromper son conjoint”, en sa présence et avec son consentement.» 

3 Organiser une soirée libertine chez soi

 Là on ne parle plus de la soirée spontanée du point 1: il s’agit plutôt d’une alternative au club pratiquée entre habitués. Pour que la soirée soit réussie, il faut:  

1 Un appartement normal s’il s’agit d’une soirée classique. Pour les soirées à thème plus sophistiquées, certains ont même une pièce dédiée ou un donjon SM avec du matériel. Votre popularité dans le milieu en sera renforcée. C’est un peu comme dans un groupe rock, on va répéter chez celui qui garde la batterie dans son garage. 

2 Des libertins. Deux solutions pour les recruter:

- Une connexion Internet. Cela implique de passer des heures à vous inscrire sur les sites, placer vos photos les plus engageantes après avoir floutté votre visage, prendre contact avec MissCoquine du 39, Couple_déluré ou Eyeswideshut_du_16eme, etc.

- La fréquentation du milieu et donc des clubs (point 2) peut aussi favoriser la création d’un réseau d’affinités qui fonctionne ensuite par bouche à oreille. A partir du moment où vous avez suffisamment de contacts téléphone ou mail, il n’est plus nécessaire de passer par la scène publique libertine pour trouver des participants.

Vous trouverez sur cette page de l’écrivain Erik Rémès quelques conseils pour organiser une partouze à domicile, certes gay, mais dont les recommandations s’appliquent très bien à l’ensemble des sexualités concernées… 

4 Etre invité à une soirée haut de gamme

Le niveau supérieur, ultime, c’est la soirée privée organisée par un professionnel, une sorte d’Allô Partouze version haut de gamme. On y maîtrise la liste des invités, loin du tout venant des boîtes et des clubs. C’est à cette version élitiste du libertinage que se réfèrent à l’envi la publicité porno-chic et le cinéma quand ils abordent la question.

Le métier d’organisateur de partouze n’est pas très répandu. Il faut être à la fois discret, débrouillard, et surtout pouvoir faire la navette entre les milieux concernés, c’est-à-dire essentiellement le porno, le libertinage et les commanditaires de l’événement… Des gens qui n’appartiennent donc pas aux mêmes espaces sociaux.

Souvent à Paris, la soirée privée «haut de gamme» se déroule aussi au calme, idéalement dans un château. Charlotte de Castille, actrice X et libertine, confirme ainsi que de telles soirées people sont réservées aux membres de la jet-set libertine. Des soirées sur liste, auxquelles elle ne participait pas du temps où elle fréquentait le milieu libertin sur les réseaux sociaux.

«Pour ces soirées importantes, ce sont plutôt les gens avec qui j’ai travaillé qui me contactent, c’est beaucoup plus fermé.»

Pas d’argent pour autant, «jamais dans le milieu libertin», précise l’actrice qui parle plutôt de filles investies personnellement dans la scène libertine.

Le facilitateur de soirées évoqué plus haut le confirme d’ailleurs: la prostitution est alors «anti-sexe au possible, elles ne feraient que le minimum syndical. On voit souvent dans les clubs parisiens des filles blasées qui s’emmerdent dans un coin, des call girls…»

Décidément, DSK ne fait rien comme tout le monde. Et son modèle de soirée est peut-être plus proche du Bunga-Bunga italien que du libertinage pur et dur.

Jean-Laurent Cassely

 

Jean-Laurent Cassely
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Journaliste
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