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Un budget à classer au rayon politique

Gilles Bridier, mis à jour le 13.11.2011 à 9 h 08

Le dernier plan d’économies ne vise qu’à sauvegarder le triple A de la France jusqu’à l’élection présidentielle. Le gouvernement et l’UMP ont relevé beaucoup de «courage» là où la stratégie politique prévaut.

François Fillon annonce le plan d'austérité le 7 novembre 2011. REUTERS/Gonzalo Fuentes

François Fillon annonce le plan d'austérité le 7 novembre 2011. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Vive le courage! A l’UMP, par la voix de Jean-François Copé, et parmi les membres du gouvernement comme Eric Besson, on n’a pas manqué de saluer celui de François Fillon, délégué aux mauvaises nouvelles, venu présenter le 7 novembre, à cinq mois de l'élection présidentielle, un deuxième plan d’austérité après un premier train de mesures révélé le 24 août.

A travers le Premier ministre, c’est bien sûr le «courage» du président de la République, candidat «naturel» de l’actuelle majorité, qui est salué. Ne répète-t-il pas, à chacune de ses interviews, qu’il fera son travail à la tête de l’Etat jusqu’aux échéances électorales… même si cela implique des décisions impopulaires? François Fillon lui-même fut l’homme de la synthèse, rendant hommage au «courage» à la fois de son gouvernement et de Nicolas Sarkozy. Vive donc le courage, mot clé dans les éléments de langage de la majorité présidentielle.

Bouclier fiscal et ISF, le message politique

Toutefois, c’est moins le courage que la stratégie politique qui a porté toutes les décisions prises en réponse à la crise. Ce qui n’est pas forcément un gage d’efficacité, comme lorsque l’Assemblée nationale décida à l’unanimité, le 11 juin, de mettre fin au bouclier fiscal, porté à 50% des revenus par Nicolas Sarkozy à l’été 2007.

La mesure fut définitivement adoptée le 5 juillet. Il était évident que la situation économique internationale allait se tendre, et que des mesures d’économies allaient être imposées aux Français. Pour déminer le terrain et empêcher que l’opposition ne se saisisse de ce symbole en faveur des plus hauts revenus, il fallait d’abord faire table rase du bouclier.

Mais deux mesures ont été prises pour ne pas gêner politiquement le futur candidat de l’UMP. D’abord, la suppression du bouclier a été décidée pour début 2012, ce qui laisse à ses bénéficiaires un répit pour s’organiser. Ensuite, l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) a été allégé, ce que François Baroin, alors ministre du Budget, présenta comme une mesure de «justice fiscale» compensant, en quelque sorte, la précédente.

En fait, souligne le PS, une recette fiscale de 700 millions d’euros avec la fin du bouclier, mais un manque à gagner de 2 milliards avec l’allègement de l’ISF. Plus qu’une réponse à la crise, les deux dispositions constituent un signal politique adressé aux électeurs de la majorité.

Influence de la primaire sur le premier train de mesures

Puis vint le premier plan de réduction des déficits du 24 août, établi sur la base d’une prévision de croissance ramenée à 1,75%.

Les Etats-Unis venaient d’être dégradés par les agences de notation et la situation économique internationale avait commencé à se détériorer. Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis Asset Management, soulignait à l’époque que l’activité globale de l’ensemble des pays était revenue au même niveau que deux ans plus tôt: juillet 2011 aussi bas que juillet 2009. La France ne serait pas épargnée, le gouvernement ne pouvait l’ignorer…

Et pourtant, l’hypothèse d’une croissance à 1,75% fut retenue, volontairement optimiste pour ne pas alourdir le poids des mesures annoncées (12 milliards d’économies sur deux ans).

Il fallait montrer que, comparativement aux autres pays, les choix économiques en France avaient été les bons et évitaient de prendre des mesures plus drastiques. Les impératifs politiques prenaient l’ascendant: surtout, ne pas donner du grain à moudre aux socialistes en pleine campagne de la primaire! Malgré tout, pour justifier ce choix, François Fillon dut très vite expliquer que le plan en question pouvait s’adapter à une croissance de 1,5%. Trop tard: déjà, fin septembre, les spécialistes n’évoquaient plus qu’une croissance de 1%.

Une deuxième fournée pour repousser les vraies décisions

C’est alors qu’un deuxième plan d’austérité (qui ne devait être présenté qu’au lendemain du G20 afin que la présidence française du sommet put faire bonne figure) fut concocté… en plein débat sur la mise sous surveillance de la note de la dette française par l’agence Moody’s.

Le 7 novembre, suivant le calendrier prévu, le Premier ministre s’exécuta, complétant en réalité le plan du 24 août en adoptant une prévision de croissance qui aurait pu être retenue à l’époque. Car aujourd’hui, même l’hypothèse de 1% est jugée trop optimiste. Toutefois, les impératifs politiques –et la perspective des élections– dictent les choix.

Marc Touati, directeur des études économiques chez Assya Compagnie Financière, livre son analyse:

«Si l’objectif poursuivi avec les dernières mesures annoncées consiste à maintenir le triple A de la France jusqu’aux élections, l’essentiel est atteint. Mais les problèmes d’assainissement de l’économie se reposeront après, imposant une baisse des dépenses publiques de fonctionnement. Pour l’instant, on n’a fait que différer les échéances, et la question, à ce stade, n’est pas de savoir si la France va perdre son triple A, mais quand elle va le perdre.»

L’enjeu politique d’abord, l’objectif économique ensuite

Ainsi, le courage dont se glorifie l’UMP ne serait pas à la hauteur du problème posé, mais calibré à l’aune d’une stratégie politique. On peut comprendre qu’un parti majoritaire qui souhaite présenter un candidat à l’élection présidentielle ne veuille donner à son opposition des verges pour se faire battre. Malgré tout, l’enjeu politique ne doit effacer les autres considérations. Or, dans ce dernier train de mesures, il prime encore.

Ainsi, pourquoi reporter à la fin 2012 la fin du dispositif Scellier sur l’investissement locatif, si ce n’est pour ménager les investisseurs au moins jusqu’aux élections? Promis à l’extinction fin 2012, ce dispositif plus généreux que ceux qui l’ont précédé avait été prolongé de trois ans dans le projet de loi de finances 2012… avant que le curseur ne retrouve sa place initiale.

L’augmentation du prélèvement forfaitaire sur les dividendes et intérêts? Elle va dans le sens d’un rééquilibrage entre la taxation du travail et la taxation du capital (celle-ci étant aujourd’hui plus faible que la première). Il s’agit en l’occurrence de satisfaire à une exigence des centristes, le Parti radical de Jean-Louis Borloo ayant déposé un amendement en ce sens à la mi-octobre.

Ainsi, le Premier ministre tend-il la main à un groupe de la majorité qui aurait tendance faire cavalier seul. Et au passage, il coupe (un peu) l’herbe sous le pied à François Hollande qui appelle à une grande réforme fiscale.

Piéger Hollande

Par ailleurs, en choisissant d’accélérer la réforme des retraites, François Fillon lance un pétard à retardement dans les jambes d’un éventuel vainqueur de gauche. Si celui-ci envisageait de revenir –ne serait-ce que partiellement– sur cette réforme, il rendrait caduque une économie nécessaire au maintien du triple A de la France.

Autrement dit, dans cette hypothèse, le bénéfice politique d’une décision symbolique (sur les retraites) serait effacé par une autre (sur la note française). Mais s’il ne devait pas toucher à cette réforme, ses électeurs lui pardonneraient-ils?

Les agences de notation figurent donc au centre de la toile de fond à ces plans d’austérité. Ce que Jérôme Cahuzac, président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale et proche de François Hollande, a regretté:

«Nous en sommes là: la politique menée dans ce pays n'est pas faite pour le destin du pays ou le bonheur des Français, mais pour rassurer marchés et agences de notation.» 

Pas sûr toutefois que la gauche puisse s’en exonérer non plus. La meilleure preuve est que de nouvelles mesures d’économies devront être prises après les élections, présidentielle et législatives… quelle que soit la couleur du gouvernement qui en sortira.

Gilles Bridier

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Journaliste
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