Monde

Un clash inévitable entre l'Europe et la Russie

Temps de lecture : 2 min

L'Europe conclut le 7 mai un partenariat avec six anciennes républiques soviétiques.

L'Union européenne (UE) peine à définir ses liens avec les pays de son environnement. Après l'expérience, plutôt réussie, de l'élargissement à dix pays d'Europe centrale et orientale en 2004 et 2007 (plus Malte et Chypre), elle négocie avec deux candidats officiels, la Croatie et la Turquie, et a ouvert une perspective d'adhésion à quelques Etats des Balkans.

Mais elle ne peut et ne veut guère aller au-delà de crainte d'accroître son hétérogénéité, d'être incapable de trouver les institutions permettant de gérer un ensemble de plus de trente pays membres et de dénaturer l'essence même du projet d'intégration européenne. Une autre raison plaide pour la prudence. Plus l'UE stabilise son environnement en acceptant de nouveaux membres, plus elle s'intéresse à des Etats que la Russie considère comme faisant partie de son arrière-cour.

Jusqu'à maintenant, les dirigeants russes avaient surtout protesté contre l'élargissement de l'OTAN, d'autant plus que l'organisation militaire atlantique a accueilli non seulement les anciennes démocraties populaires d'Europe centrale et orientale mais des républiques qui avaient fait partie de l'Union soviétique voire de l'empire tsariste (dans le cas des Baltes). Ils avaient donné l'impression d'admettre sans broncher l'élargissement de l'Union européenne, qui leur paraissait sans doute moins dangereux, quelques critiques contre la politique commerciale commune ou la «fermeture» des frontières européennes, mises à part.

Il n'en va pas de même avec le «partenariat oriental» que l'UE s'apprête à adopter solennellement le 7 mai à Prague, lors d'un sommet avec six anciennes républiques soviétiques : l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie, la Moldavie et l'Ukraine. Ce partenariat oriental cherche à concilier deux objectifs contradictoires: amarrer à l'Europe des Etats «périphériques» afin de poursuivre l'exportation de la stabilité que l'UE a réussi en Europe centrale et orientale sans pour autant promettre une adhésion, sauf pour un avenir indéterminé.

L'idée de ce partenariat a été portée par les nouveaux membres de l'UE - et par la Suède - pour manifester leur intérêt à leurs voisins orientaux qui risquent d'être les laissés pour compte de l'intégration européenne. Elle a un autre avantage aux yeux des anciens membres de l'UE qui sont généralement plus soucieux de ne pas froisser la susceptibilité russe, elle n'implique pas une intégration des anciennes républiques soviétiques (les Baltes faisant encore ici figure d'exception).

La tentative d'apaisement de la Russie semble toutefois avoir  fait long feu. Lors d'une visite à Bruxelles, Sergueï Lavrov, ministre russe des affaires étrangères, a laissé libre cours à son mécontentement. Nous voudrions être sûrs, a-t-il déclaré en substance, que l'Union européenne ne cherche pas à s'immiscer dans les affaires intérieures de ces pays. Moscou les considère encore comme des vassaux appartenant à son «étranger proche», comme une espèce de zone tampon entre la Russie et l'Occident, dans laquelle le Kremlin veut avoir son mot à dire.

C'est une vieille idée de la diplomatie tsariste et soviétique: avoir autour de la Russie une espèce de cordon sanitaire qui la protège des mauvaises influences, occidentales en l'occurrence. Avec la fin de la guerre froide, cette zone tampon qui allait auparavant jusqu'à l'Elbe s'est rétrécie. La Russie sera d'autant plus vigilante à ce qu'elle ne disparaisse pas complètement.

Les Européens raisonnent à partir de prémisses totalement différentes: ils souhaitent agrandir l'ère de sécurité, de stabilité voire de prospérité qu'ils ont construite à l'Ouest depuis les années 1950 en élargissant l'UE, en menant une politique de voisinage avec les pays européens qui ne sont pas membres, en établissant ce nouveau partenariat oriental avec les plus éloignés du «centre».

Deux conceptions de la sécurité européenne s'opposent. Les Européens ne pourront pas longtemps ajourner une remise à plat de leurs rapports avec la Russie qui tienne compte du fossé entre une diplomatie fondée sur des principes de puissance rappelant le XIXème siècle et une volonté de coopération entre Etats, ayant au moins théoriquement les mêmes droits, qu'ils soient petits ou grands.

Daniel Vernet

Photo: Défilé sur la place rouge   Denis Sinyakov / Reuters

Daniel Vernet Journaliste

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