Monde

Jour d'inventaires

John Dickerson, mis à jour le 30.04.2009 à 12 h 16

Retour sur le parcours du Président Obama

Après 100 jours, Obama et son équipe sont heureux de faire le point.

Vous avez déjà certainement lu ou entendu l'histoire de ce conseiller d'Obama qui disait que les 100 jours permettant d'évaluer l'action d'un nouveau président était une fête «commerciale». Une durée en toc, un concept journalistique, une évaluation prématurée à laquelle l'administration se pliait bon gré mal gré à cause de nous, les médias.

Admettons... Mais ce n'est pas parce qu'il s'agit d'une fête commerciale qu'ils ne doivent pas nous dire merci pour le cadeau. Quand notre mère reçoit un bouquet de fleurs à la fête des mères, elle ne se retourne pas en nous le renvoyant au visage. La Maison Blanche devrait être reconnaissante-parce que si ce jeu de société n'obsédait pas les journalistes, elle devrait passer beaucoup plus de temps à chercher des moyens de se vanter des réalisations du président sans pour autant avoir l'air trop fanfaronne. Au lieu de cela, le jalon des 100 jours permet aux conseillers de faire le point sans paraître arrogants ou négligents. (Une carte de remerciement est peut-être même déjà au courrier).

A voir les sondages, on comprend pourquoi c'est une bonne chose pour l'Administration Obama que les médias s'investissent autant dans cette débauche d'inventaires. Le président n'a jamais été aussi populaire. Quatre Américains sur cinq disent aimer personnellement le président et son travail est apprécié par plus de 60% de la population. 42% pensent que le pays va dans la bonne direction, un chiffre qui n'a pas été aussi haut depuis cinq ans. Face à cela, l'opposition n'a jamais été aussi impopulaire. Seulement 21% des Américains se disent Républicains.

Et le reproche de partialité va plutôt du côté de la minorité. Dans un récent sondage CBS News/New York Times, 70% des Américains considèrent que les membres républicains du Congrès se sont opposés à l'administration Obama pour des raisons principalement politiciennes. C'est peut-être pour cela que leur message a tant de mal à passer. Pour les Américains, Obama est un puissant chef d'Etat, malgré les efforts de l'opposition de le montrer comme un faible qui a salué Hugo Chávez ou fait marche arrière sur la politique de sécurité nationale de Bush. La conversion démocrate d'Arlen Specter n'a fait que faciliter son ascension au paradis.

Cette fantaisie des 100 jours a amplifié l'impact de cette nouvelle et a aidé Obama à consolider sa position de chef d'Etat puissant et populaire à la veille du second chapitre, plus ardu, de sa présidence. Même si le checkup des 100 jours est bidon, il n'en reste pas moins un moment naturel pour que l'Administration fasse le point: nous sommes aujourd'hui dans cette phase de transition entre ses efforts pour gérer la catastrophe dont elle a hérité et ses tentatives de concrétiser une politique future. Chaque jour qui passe, Obama perd du pouvoir de persuasion rhétorique que lui a procuré l'urgence économique-il est aujourd'hui en place depuis assez longtemps pour être sous pression et devoir montrer que sa politique a réellement amélioré la situation d'urgence. Il doit maintenant, par la force de ses idées, convaincre les Américains qu'il est nécessaire d'accepter d'importants changements dans leurs vies.
Avec le contrôle démocrate à la Maison blanche et la possibilité d'une obstruction au Sénat, il semble qu'Obama peut simplement faire tout ce qu'il veut. Mais le marché des idées sera plus difficile en seconde manche, en particulier quand les débats parlementaires tourneront autour de la refonte de notre système de santé, qui compte à lui seul pour un cinquième de notre économie.
Même si la popularité d'Obama est très élevée dans les sondages, il y a une différence entre la façon dont les gens apprécient personnellement Obama et leur volonté de soutenir sa politique. Dans le sondage le plus récent du Wall Street Journal, 51% seulement des citoyens soutiennent sa politique. La bonne nouvelle pour Obama, c'est que si les Américains ont peur de ses décisions, très peu se tournent vers l'opposition pour y trouver des alternatives. Même les Républicains reconnaissent que leur parti n'a pas de rôle à jouer dans le débat politique. Sur certains sujets cependant, les scissions ne sont pas idéologiques. Au Sénat, les démocrates d'Etats du charbon et de l'industrie attendent toujours d'être convaincus pour suivre la politique énergétique du président et ses échanges de crédits-carbone.

Les termes employés par l'entourage d'Obama pour définir la sympathique ambiance de travail à la Maison Blanche sont si éblouissants qu'on se demanderait presque s'ils n'ont pas tous été castrés lors de leurs entretiens d'embauche. Un des conseillers principaux explique que tout le monde est tellement occupé que personne n'a le temps de se battre. Mais même si les frictions sont forcément plus nombreuses qu'il n'y paraît, il est tout de même extraordinaire de voir que cette équipe a tant fait, si vite et sans anicroche. Les conseillers louent volontiers le tempérament d'Obama, en particulier sa propension à s'autocritiquer plutôt qu'à reporter la faute sur autrui.

Toutes ses bonnes nouvelles attestent du modèle opératoire sans esclandres d'Obama. Avec son équipe, ils s'en sortent bien, malgré une série d'échecs - la démission de Tom Daschle, Timothy Geithner qui frôle la mort, le scepticisme de Warren Buffet, la réponse bâclée au sauvetage d'AIG et, plus récemment, le scandale des mémos de torture. L'équipe d'Obama a réussi à surmonter tout cela en sachant toujours garder son sang froid et en avançant pas à pas sur de nouvelles positions stratégiques - en admettant l'erreur de la nomination de Daschle, en dosant savamment l'indignation au sujet d'AIG. Rahm Emanuel fait peut-être du yoga pour rester calme, le fait est qu'il n'y a rien de mieux pour installer de la sérénité au sein d'une équipe que de voir les tempêtes s'apaiser les unes après les autres.
Mais ce à quoi ces 100 jours n'ont pas vraiment préparé l'équipe d'Obama, c'est un changement rapide sur le front étranger. Obama a été fort bien accueilli lors de ses deux grands voyages en dehors des Etats-Unis, mais le monde reste toujours très dangereux : deux guerres, l'instabilité du Pakistan, un comportement erratique en Irak et en Corée du Nord. L'équipe d'Obama sait pertinemment que là-bas, il n'y a pas de fêtes commerciales.

John Dickerson

Cet article paru sur slate.com le 28 avril, a été traduit par Peggy Sastre.

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