Trois générations
Etrange génération que celle de Mai-68, qui a endetté ses enfants bien au-delà du raisonnable, qui a eu tous les pouvoirs dans sa vie active, et qui veut maintenant tous les patrimoines dans sa retraite.
- Skieur de fond de 71 ans. Denis Balibouse / Reuters -
Quand la fille du fondateur de L'Oréal, Madame Liliane Bettencourt, demande que sa tutelle et la gestion de son patrimoine, imposée par un juge, ne soit pas exercée par sa fille Françoise, mais par un seul de ses deux petit-fils, Jean-Victor Meyers, ce n’est pas seulement un nouvel épisode dans l’interminable feuilleton qui déchire une des familles les plus riches du monde. C’est aussi une manifestation d’une situation qui concerne bien des gens, quel que soit leur niveau social. Et qui éclaire sur beaucoup de dimensions de nos sociétés.
Aujourd’hui, la génération née dans les années 1920 arrive à un très grand âge. Elle est souvent en pleine forme, vit, dépense, voyage. Parfois, elle est atteinte par les effets de maladies dégénératives; elle perd la mémoire. Beaucoup plus rarement, elle dépense à tort et à travers, dilapide son patrimoine.
Leurs enfants, de la génération du baby-boom, arrivent, eux, maintenant, à l’âge de la retraite. Ils ont fini leurs carrières, parfois avec de très grands succès, mais n’ont toujours pas hérité de leurs parents. Ils s’impatientent. Et même s’ils aiment leurs parents très âgés, ce qui est de plus en plus rare, ils cherchent souvent bien des prétextes pour accélérer le passage des fortunes. Des donations? Pas suffisant. Une mise sous tutelle? Nécessaire mais compliqué juridiquement. En finir au plus vite avec la vie de leurs parents? Certains osent. Des notaires commencent aujourd’hui en effet à s’inquiéter en privé de voir de plus en plus d’enfants âgés demander la mise sous tutelle de leurs parents très âgés; et plus encore, en cas d’hospitalisation de ces parents, de les voir prétendre détenir une autorisation d’interrompre leurs traitements, en application de la loi Leonetti de 2005, sur les droits des malades et la fin de vie.
Sentant ces menaces venir, inquiètes de se voir poussées vers les maisons de retraites et les hôpitaux, les personnes très âgées se tournent vers leurs petits-enfants, qui peuvent mieux les défendre, parce qu’ils ont beaucoup à apprendre de leurs grands-parents, parce qu’ils ont moins d’espérance immédiate de succession, et parce que, cyniquement même, ils peuvent espérer que la succession saute une génération, ou au moins bénéficier de la générosité de leurs grands-parents.
Naturellement, ce qui précède est une réflexion générale et ne concerne pas la fille et les petits-enfants de Madame Bettencourt, à qui nul ne saurait prêter des pensées aussi noires.
Etrange génération que celle de Mai-68, qui a endetté ses enfants bien au-delà du raisonnable, qui a eu tous les pouvoirs dans sa vie active, et qui veut maintenant tous les patrimoines dans sa retraite.
Telle est une des conséquences les moins bien perçues, planétaire, de l’allongement de l’espérance de vie: l’héritage n’est plus un moyen de commencer dans la vie active. Tout juste un moyen de compléter une retraite. S’il reste quelque chose. A moins de mettre à l’écart les personnes très âgées et de décréter que, passé un certain âge, chacun de nous devra se contenter d’un minimum, décidé par les générations suivantes. Ce qui ne fera que pousser les gens très âgés à partir, avec leur argent, sous des cieux plus hospitaliers.
Jacques Attali
Cet article a été également publié par L'Express
Mis à jour le 07/11/2011 à 9h21





















































Certes, les maîtres de la société française d'aujourd'hui, sont bien issus de cette génération, mais il n'est pas prouvé qu'ils ont tous fanfaronné dans les rues en 68. D'autres, peut-être, l'ont fait, et sont aujourd'hui les dindons de la farce, s'ils sont restés fidèles à leurs idéaux de jeunesse.
Quant à votre appréciation de l'héritage, j'y vois une raison supplémentaire de taxer lourdement cet outil de reproduction des inégalités. D'autant que, pour la génération dont nous parlons, et pour ce qui concerne l'immobilier par exemple, ce patrimoine sur-valorisé est loin d'être le fruit d'années de labeur difficile, mais bien le résultat de la spéculation immobilière.
Ou alors s'agit t'il d'une fable afin de "justifier" la spoliation annoncee des Baby boomers (de la France d'en bas) qui ont cotise pour leurs retraites? (En Grece, la retraite d'un retraite fonctionnaire (pere d'un collegue Grec) n'a plus ete payee depuis 1 an, oui 12 mois...heureusement son fils expatrie est genereux et bien paye...Slate devrait faire une enquete sur ce qui se passe vraiment en Grece... ou comment les Grecs moyens paient pour les Grecs fraudeurs). Bien sur, cela ne s'appliquera pas aux Babyboomers de la France d'en haut.
Votre article m'a laisse effondre...mais je ne suis pas sur de bien comprendre pourquoi. Ceci etant dit, je rejoins Legars Bruno sur la necessite de taxer lourdement les heritages et autres transmissions de patrimoine...ne serait ce que pour ameliorer le climat dans nos familles...
Ah, pardon, taxer lourdement les heritages n'est pas possible a cause de la Mondialisation! Tous les patrimoines quitteraient la France!... On respire en haut lieu...
L'autre solution est plus originale. Palier à l'évasion fiscale est relativement simple, il suffit de créer un gouvernement mondial. La où ça se complique c'est au moment de déterminer l'âge de mise à l'écart des personnes très âgées. Dans la nouvelle de K Dick "les pré personnes", la loi fixe l'âge limite de l'avortement à 12 ans. Après les enfants ont une âme, il n'est plus possible de s'en séparer. On pourrait peut être s'inspirer de cette nouvelle?
Comme ultime solution je propose cette bonne vieille solidarité. Désolé mais je n'ai trouvé que ça. Ça passe ou ça casse!
Les plus gros bataillons de baby-boomer sont arrivés sur le marché du travail après 1974 : ils n'ont connu que la crise, et resterons à jamais marqués, comme tous les jeunes qui ont suivi depuis, par la longue et terrible épreuve qu'ils ont connu dans leur jeunesse, même pour ceux qui ont fini par s'en sortir. C'est ce que les économistes appellent l'effet cicatrice.
Seuls les premiers baby-boomer, la minorité arrivée sur le marché du travail avant 1974, et donc née avant 1956, peut se reconnaître dans le portrait brossé par Jacques Attali "qui a endetté ses enfants bien au-delà du raisonnable, qui a eu tous les pouvoirs dans sa vie active, et qui veut maintenant tous les patrimoines dans sa retraite"
Et même plutôt ceux qui sont nés avant 1955, car avec la règle du "dernier embauché, premier licencié" beaucoup de jeunes qui étaient arrivés sur le marché du travail en 1973 et avaient trouvé normalement de l'embauche ont été sacrifiés dans la foulée.
En mai 1968 par contre, il ne s'est rien passé. Il y a bien eu un peu d'animation sur les campus, une authentique révolution culturelle, surtout esthétique, quelques acquis sociaux pour les ouvriers, mais à part cela ni guerre, ni famine, ni désastre, ni catastrophe : rien !
C'est l'année 1974 qui a précipité le peuple français dans l'horreur dont il n'est toujours pas sorti.
"l’héritage n’est plus un moyen de commencer dans la vie active. Tout juste un moyen de compléter une retraite. S’il reste quelque chose"
C'est vrai bien sûr, mais l'essentiel n'est pas là non plus. Ce serait beaucoup moins grave s'il était encore possible de commencer dans la vie active sans héritage, sans soutien, sans piston.
S'il était encore possible de se constituer un patrimoine grâce à son travail, en créant de la richesse.
Si le travail consistait encore à créer de nouvelles richesses, et non à s'emparer de celles qui existent déjà au terme d'une lutte à mort, où tous les coups sont permis, contre les autres.
Si on avait encore le droit de construire des logements en ville, de rendre service à la Nation, de satisfaire les besoins du peuple à la sueur de son front.
En effet il y a de nombreux pays dans le monde où il est encore possible de vivre très bien avec cette somme, ce qui n'est pas le cas chez nous. Et ce serait également une bénédiction pour l'ensemble de la Nation, car cela libérerait de nombreux logements alors qu'on n'a plus le droit de rien construire dans les centres villes, ce qui condamne notre jeunesse à une existence sordide et sans espoir.
Malheureusement inciter ne servirait à rien, ce serait même sadique : il faut tout simplement l'autoriser !
En effet pour percevoir le minimum vieillesse (le RSA et l'allocation de solidarité aussi) il faut obligatoirement résider en France. C'est la raison pour laquelle de nombreuses chambres en foyer sont occupées par de vieux immigrés qui ont construit de grandes et belles maisons en Afrique pour leurs enfants, mais restent condamnés à finir leurs jours ici dans 9 m2 ou moins, sous peine de perdre leur maigre retraite.
Pire que tout, l'administration mène une traque impitoyable contre les "fraudeurs" : pas moyen de tricher, de couler des jours paisibles au soleil en sous-louant la chambre à quelqu'un qui en a vraiment besoin.
Quel gâchis ! Quelle honte ! Quelle misère ! Alors que pendant ce temps les jeunes crèvent faute de trouver à se loger.
Inciter ceux qui parmi les plus âgés doivent se contenter du minimum (742,28 €/ mois à partir de 65 ans, bientôt seulement à partir de 67 ans) A PARTIR sous des cieux plus hospitaliers : quelle excellente idée, M. Attali !
Précision :
Seuls les retraités les plus pauvres, au minimum vieillesse, ont interdiction de s'installer ailleurs qu'en France sous peine de perdre le peu qu'ils touchent.
Les riches retraités par contre (du public comme du privé) sont libres de toucher leur retraite où ils le veulent. Le patron français pourra savourer sa retraite au Maroc dans un véritable palais, par exemple (c'est très à la mode)
Mais son ancienne femme de ménage (fut-elle marocaine d'ailleurs) au minimum vieillesse se verra impitoyablement supprimer sa maigre pension si elle décide de s'installer dans la même ville au Maroc, ne serait-ce que pour trouver un logement un peu plus décent que ce qu'on peut avoir en France pour le même prix.