L'islam interdit-il les images de Mahomet?
Le Coran n'évoque pas la question, et l'histoire de l'art montre qu'elle n'a pas toujours été aussi sensible qu'aujourd'hui pour les musulmans.
- Manifestation devant l'ambassade danoise à Jakarta en 2006, REUTERS/Dadang Tri -
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Le siège de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo a été attaqué au cocktail Molotov dans la nuit du mardi au mercredi 2 novembre, à la veille de la publication d’un numéro spécial intitulé «Charia Hebdo», dont la couverture est un dessin représentant Mahomet. Si l’attaque n’a pas été revendiquée, une autre, virtuelle celle-ci, est venue d’un groupe de pirates turcs qui ont affiché sur la page d’accueil du site de l’hebdomadaire un message dénonçant «des dessins dégoûtants». La page Facebook du journal a également été envahie de commentaires s’offusquant de la caricature du prophète.
Au-delà de la question du caractère offensant ou non du dessin, l’incident a remis sur le devant de la scène un sujet qui avait éclaté de manière souvent confuse aux yeux de l’opinion publique mondiale en 2006 avec l’affaire des caricatures de Mahomet parues dans un journal danois, celui de la représentation du prophète musulman. L’islam interdit-il la fabrication d’images de Mahomet?
Les trois grandes religions monothéistes que sont l’islam, le judaïsme et le christianisme ont comme point commun l’acceptation d’un seul Dieu (Allah pour la religion musulmane) et l’interdiction de le représenter. La représentation de Dieu est ainsi restée taboue tout au long de l'histoire de l'islam.
Pas dans le Coran
Si l’interdiction de faire des images de Dieu dans l’islam n’est pas contestée, il n’en va pas de même pour les images de Mahomet, le prophète de la religion musulmane. Aucun passage du Coran n’interdit la représentation des êtres vivants, et donc de Mahomet, qui n’est qu’un homme et non l’incarnation de Dieu comme Jésus. C’est une différence majeure avec la Bible, qui interdit de manière explicite la création d’images dans le second commandement:
«Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre.» (Exode XX, 4)
Une interdiction plutôt respectée par les juifs mais vite abandonnée par les chrétiens, qui ont considéré que l’arrivée sur terre de Jésus, la réincarnation de Dieu, permettait de représenter ce dernier de manière figurative et d’en faire un vieux barbu.
Hadiths
C’est dans les hadiths, recueils qui rassemblent l'ensemble des traditions relatives aux actes et aux paroles du prophète et de ses compagnons, que l’on trouve des allusions plus claires à la création d’images. Plusieurs textes y font référence à la fabrication d’images d’Hommes ou d’animaux, et donc de Mahomet lui-même. Le problème théologique ne concerne en effet pas le prophète en particulier mais tous les êtres vivants (les végétaux n'étant pas considérés comme tels).
Dans Al-Bukhârî, LXXVII, 87. Al-Sahîh (L’Authentique), l’un des plus grands et importants recueils de hadiths, compilé au IXe siècle, on peut lire:
«Les anges n’entreront pas dans une maison où il y a un chien, ni dans celle où il y a des images.»
L’image est assimilée à une impureté semblable à celle d’avoir un chien, animal impur par excellence, notamment à cause du risque d’idolâtrie qu'elle entraîne, un des pires pêchés dans l’islam comme dans le christianisme et le judaïsme.
Les images seraient aussi proscrites parce que les Hommes qui créent des représentations d’humains ou d’animaux sont perçus comme voulant imiter Dieu. Plusieurs hadiths affirment que le jour du jugement dernier, ceux qui ont peint des Hommes ou des animaux seront sommés de leur insuffler une âme, de leur donner vie. L'artiste qui dessine les êtres vivants se pose en concurrent du Créateur.
C’est de l’interprétation de ces hadiths que vient le désaccord entre ceux qui estiment que la tradition musulmane interdit et a toujours interdit les représentations de Mahomet et ceux pour qui rien ne permet de l’affirmer. La question n’a pas toujours été aussi taboue qu’aujourd’hui. Tout dépend du climat plus ou moins rigoriste de l’époque à laquelle on se trouve, mais aussi de la région où l'on se trouve.
Images de Mahomet au 13e siècle
L’histoire de l’art apporte des preuves de ce passé où Mahomet pouvait être représenté. A partir du 13e siècle, des représentations du prophète ont circulé dans des miniatures islamiques, turcopersanes d'abord, puis aussi arabes. La Bibliothèque nationale de France a ainsi abrité à l’été 2011 une exposition intitulée «Eluminures en islam» dont une partie était consacrée à l’art figuratif islamique, et qui s’est également intéressée au contexte dans lequel sont apparues les images du prophète.
Aux 14e et 15e siècles, les représentations de Mahomet à visage découvert n’étaient pas problématiques et n’ont pas entraîné de réprobation de la part des autorités religieuses. Si les images figuratives du prophète ont toujours été absentes des lieux de prière et des mosquées, certains ouvrages religieux utilisaient des images de Mahomet comme des illustrations, pour promouvoir la connaissance de l’islam ou même pour transcrire des hadits en image. A partir du 16e siècle apparaissent des images de Mahomet avec le visage vide ou caché par un voile ou des flammes, et les premières fatwas contre les images du prophète ont attendu la fin du 20e siècle.
On retrouve des exemples d’icônes religieuses et de dessins figuratifs de Mahomet jusqu’aux années 2000, comme cette image tirée d’un livre pédagogique iranien:

Aujourd’hui, l’idée selon laquelle le prophète ne devrait pas être représenté est très répandue chez les musulmans, même s'il y a des nuances: les musulmans arabes ont tendance à être plus stricts en matière d’imagerie religieuse, et les chiites sont en général plus flexibles que les sunnites sur la question. Mais on assiste dans l’ensemble depuis quelques décennies à un durcissement et à une simplification sur le sujet, une tendance qui s’est accélérée depuis l’affaire des caricatures de Mahomet en 2006. La carte postale iranienne ci-dessous, qui représente un «jeune Mahomet», a arrêté de circuler en Iran en 2008.

Ce raidissement sur une question qui n’était presque pas débattue avant l’époque coloniale est interprété par certains experts comme une réaction identitaire face à l’acceptation des arts figuratifs dans les sociétés occidentales et chrétiennes.
On observe pourtant la diffusion de toutes sortes d’images figuratives à travers les formes modernes que sont la photographie, la télévision, Internet et les réseaux sociaux dans le monde musulman. Il n’y a qu’à voir le nombre d’images et de portraits géants des chefs d’État dans les rues de tous les pays musulmans, même les plus rigoristes, les cinémas arabes et persan ou encore les images figuratives brandies et dessinées lors des révolutions en Tunisie, en Libye ou encore place Tahrir en Egypte.
Grégoire Fleurot
L’explication remercie Christiane Gruber, professeure d’art islamique à l’université du Michigan, Oussama Nabil, professeur de l'Université d'Al-Azhar, Francesco Zappa, maître de conférences en islamologie à l’université de Provence - Aix Marseille 1, Eric Chaumont, chargé de recherche à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM) du CNRS, François Bœspflug, professeur d'histoire des religions à l'Université Marc Bloch de Strasbourg et auteur de Caricaturer Dieu ? Pouvoirs et dangers de l’image.
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Crédit des photos d'illustrations de Mahomet: Christiane Gruber.
Mis à jour le 06/11/2011 à 11h53
















































parmi les rares objets que mes parents ont rapporté de leur maghreb natal, il y avait quelques tapis anciens sur lesquels, si on regarde bien, certains motifs qui ont l'air simplement géométriques peuvent ressembler à des formes animales ou humaines
on m'a toujours dit que c'était une sorte de blagounette que les tisserands arabes avaient l'habitude de faire, comme un pied de nez aux autorités religieuses interdisant ce genre de représentations, et qu'il y avait même des sortes de concours entre artistes-artisans, à celui qui allait arriver à faire la forme la plus ambiguë
je n'ai jamais eu la possibilité de vérifier la véracité de cette histoire, mais elle m'a toujours beaucoup plu, et avec cet article je me dis qu'elle n'est peut-être pas aberrante
En 815, on interdit les images; en 825, on les rétablit, et cela définitivement.Le 11 Mars 844, premier dimanche des jeûnes du Carême, est la date officielle du rétablissement des images.
Tout çà pour dire que chaque religion a ses symboles, la croix pour les catholiques, la Bible pour les protestants, les Bouddhas etc., la non représentation du Prophète pour les Musulmans, pour les Juifs, je ne sais pas. Mais je ne vois pas en quoi s'attaquer à un symbole de la foi fait bouger la Charia?
La Charia, c'est autre chose que la Foi et le spirituel, c'est la religion qui entre dans la Cité. L'église catholique, qui s'est occupée de tout pendant 1000 ans, de politique, d'argent, de cul (plus que de raison), a eu beaucoup de mal en 1905 à se replier sur la spiritualité.
C'est l'essence même de la Loi de 1905: "Les religions s'occupent de spiritualité, leur liberté de culte est assuré par l'Etat, le reste ne les concerne plus." Point barre.
N'en déplaise aux cathos, la Charia est un copié/coller de tous les débordements de la religion dans la Cité. PS: Je suis athée, mais un minimum de connaissances de l'histoire des religions est indispensable, il me semble, pour éviter des erreurs. Il est aussi intéressant de savoir que pendant des siècles en Espagne, Juifs, Catholiques et Musulmans ont vécu en harmonie.